À la fin du mois de mars, le ministre des Finances du Québec, Éric Girard a déposé son budget pour l'année financière 2025-2026. Prétextant un « déficit record », la CAQ fait d'importantes coupures dans la santé, l'éducation et le transport en commun. Pourtant, les subventions aux entreprises augmenteront de plusieurs milliards.
Déficit record
L'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) rejette l'idée que le Québec fait face à un déficit record pour une deuxième année de suite. Le déficit est chiffré à 11,4 milliards, ce qui représente 1,8% du PIB. Dans les années 1980, le déficit s'élevait à 4% du PIB de la province.
De plus, la dette du Québec continue de diminuer. Elle se chiffre à 40,4 % du PIB, alors qu'elle s'élevait à 52,6% il y a dix ans.
Même si la dette et le déficit semblent sous contrôle, le gouvernement mène une campagne de peur sur ce supposé déficit record et compte appliquer son plan pour atteindre le déficit zéro en 2029. Pour cela, la CAQ veut redoubler d'ardeur dans ses mesures d'austérité, comme en témoigne le présent budget.
Subventions aux entreprises
Des enveloppes de plusieurs milliards sont prévues en subventions aux entreprises dans le budget du ministre Girard. Parmi celles-ci, 1,6 milliard sont alloués en soutien aux entreprises qui seront assujetties aux nouveaux tarifs douaniers. Le budget prévoit aussi 604$ millions pour soutenir l'innovation des entreprises.
Éducation
L'éducation est le secteur le plus touché par les compressions de la CAQ. L'augmentation prévue de l'enveloppe en éducation pour 2025-2026 est de 2,2%, alors que les dépenses requises pour couvrir les hausses de coûts dans le système requièrent un financement additionnel de 4,7%.
Malgré la vétusté du parc immobilier scolaire, aucune hausse du financement de l'entretien des bâtiments n'est prévue et aucune somme additionnelle pour construire de nouvelles écoles n'est prévue. Plutôt, le gouvernement accorde 95 millions pour la location d'espaces temporaires. La location d'espaces privés où seront installées des salles de classes improvisées est donc préférée par la CAQ à la construction ou la rénovation des écoles et CÉGEPS
Santé
En santé, le gouvernement prévoit des économies en limitant le recours aux agences de placement. Toutefois, il n'est pas clair si les montants économisés ainsi seront réinvestis dans le système de santé.
De façon globale, l'augmentation du budget en santé de 3% est inférieure aux 3,8% nécessaires pour couvrir les augmentations de coûts. On parle donc de coupure dans le financement réel du réseau.
Logement
Aucun fond supplémentaire n'est alloué à la construction de logements hors marché, malgré la crise du logement qui frappe le Québec depuis des années. Rappelons que plus de 40 000 Québécois sont inscrits sur la liste d'attente pour un logement social.

Transport
Le transport en commun écope lui aussi de coupures. Le gouvernement abandonne le projet de tramway vers Lachine et sabre 258 millions de dollars dans le budget de maintien des actifs à la STM.
Environ 40% des infrastructures du métro de Montréal sont en mauvais état, une baisse de financement dans l'entretien des infrastructures pourrait donc mener à plus de bris de services.
Culture
La mobilisation des travailleurs du secteur de la culture dans la dernière année peut se targuer d'avoir porté fruit. En effet, le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec sera augmenté de 317 millions sur cinq ans.
Cette augmentation survient après une année de manifestation et de pression sur le ministère de la Culture par 21 organisations de travailleurs du milieu des arts regroupées dans le Front commun pour les arts.
Réponse syndicale
Avec ce budget, la CAQ garde le cap et vise toujours d'atteindre le déficit zéro pour 2029. C'est donc dire qu'il faut s'attendre à plus de coupures dans le genre dans les prochaines années, malgré l'augmentation des besoins d'une population vieillissante et grandissante.
Parallèlement, la réponse des syndicats aux attaques de la CAQ contre les services publics s'intensifie, surtout lors des négociations de conventions collectives. Pensons aux travailleuses des CPEs, qui pourraient entrer en grève générale bientôt.
Les gains obtenus lors des négociations se heurtent toutefois aux réformes et coupures successives du gouvernement. L'implication restreinte des syndicats dans la lutte politique limite cependant leur capacité à affronter ces attaques majeures.