Pas de répit pour les travailleuses en Centre de la Petite Enfance ce printemps, alors qu'elles entament aujourd'hui une nouvelle grève de trois jours. Le gouvernement refuse toujours de répondre de bonne foi aux demandes des 13 000 syndiquées, qui veulent améliorer les services aux enfants et faire respecter leur métier.
« Il y a de plus en plus d'enfants à besoin de soutien particulier, » explique Anne-Joëlle Galipeau, présidente du syndicat des CPE de Montréal-Laval de la CSN. « On demande un soutien au niveau du gouvernement pour venir faire un meilleur travail auprès de ces enfants-là, pour augmenter le nombre de rencontres avec les spécialistes, pour augmenter les rencontres avec les parents. »
Elle observe que cette augmentation des besoins particuliers rend le travail de plus en plus difficile, ajoutant : « On est déjà en pénurie de main-d'œuvre parce que les conditions ne s'améliorent pas. » Pour pallier cette pénurie, les travailleuses en CPE demandent entre autres d'obtenir des salaires semblables à ceux du secteur public.
Un exemple frappant de cette disparité est celui des responsables à l'alimentation. L'Étoile du Nord a pu trouver une offre d'emploi d'aide-cuisinier au CIUSSS du Nord-de-Montréal avec un salaire d'entrée de 24$/h. L'échelon maximum pour les cuisiniers en CPE est de 22,70 $/h, après 6 ans d'expérience. D'un autre côté, les éducatrices en garderie qualifiées débutent à environ 41 000$ annuellement, comparé à près de 53 000$ pour une enseignante au préscolaire.
Cette disparité crée également un cercle vicieux: le salaire d'entrée n'est pas avantageux et est comparable à d'autres emplois non-qualifiés, donc moins d'étudiantes suivent les formations pour devenir éducatrices en garderie. Et cette situation rend le travail encore plus difficile.

À cause de la pénurie de main-d'œuvre, il manque souvent de remplaçantes. Quand une travailleuse est malade, « ça tombe sur les épaules de la travailleuse, de dire 'Si je suis absente, il faut que j'appelle tous les parents pour dire qu'ils ne peuvent pas amener leur enfant au CPE aujourd'hui.' Il y a beaucoup de travailleuses qui rentrent malades, même si elles auraient pris en temps normal leur congé personnel, leur congé de maladies, pour ne pas avoir ce fardeau-là. »
Mme Galipeau est consternée par la situation. « Le programme au Cégep Gérald-Godin a fermé ses portes. Dans une autre région, c'est seulement six travailleuses qui sont aux études, dont trois qui ne veulent pas faire ça de leur vie. On n'a pas de relève. Il n'y a pas de personnes qui veulent s'inscrire. »
Elle ajoute : « Ce ne serait pas nécessairement des gens qui ne veulent pas faire ce métier-là, que ça reste un beau métier. C'est vraiment les conditions de travail qui ne sont pas assez alléchantes pour dire, 'je vais en faire mon métier, puis je vais m'épanouir dans ce métier-là jusqu'à ma retraite.' »
Parmi les autres problèmes dénoncés par le syndicat, on compte : le recours grandissant aux agences privées, l'effritement du droit des travailleuses de participer à la gestion des CPE, l'épuisement des éducatrices, un nombre élevé de blessures et les coupes budgétaires qui affectent, entre autres, la qualité des infrastructures et de la nourriture servie aux enfants.
Face à tout cela, les travailleuses en CPE ont voté le 19 mars dernier en faveur d'une possible grève générale illimitée. En attendant, elles planifient de continuer à faire des journées de grève pour augmenter la pression.
« Ce n’est que lorsqu’on fait la grève que le gouvernement se décide à négocier, » déclarait le 18 mars dernier Stéphanie Vachon, représentante des CPE de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN). Elle ajoutait que s'il y a eu du mouvement à la table de négociation, c'est « parce que les 13 000 travailleuses des CPE de la CSN se mobilisent pour se faire entendre. »