Tynan Liebert, militant du SCFP à Toronto et organisateur du Communist Workers Circle, a écopé d’une probation et de restrictions à son droit de manifester après sa condamnation, début novembre, par la Cour de justice de l’Ontario. Il avait été accusé d’avoir interrompu une activité de financement pour les libérales Chrystia Freeland et Yara Saks. Son cas fait partie d’une vague plus large de militants visés par le « Project Resolute » de la police de Toronto, pour avoir dénoncé le génocide en Palestine.
Près de deux ans après son arrestation lors de cette levée de fonds libérale, Tynan Liebert a finalement été condamné: un an de probation, une amende de 100$, une interdiction de posséder des armes pendant cinq ans, une série de restrictions concernant sa participation aux manifestations, et un engagement de bonne conduite. Cela revient, selon lui, à lui interdire tout simplement de manifester contre le Parti libéral du Canada.
Devant la cour, Liebert a tenté de lire sa réaction au jugement:
« En me condamnant, le juge Rick Libman n’a fait que révéler que la justice est une machine de répression du travail par le capital, et il a prouvé que sa fonction est indissociable de l’impérialisme et du projet sioniste en Palestine. »
Mais avant qu’il puisse terminer sa déclaration devant des dizaines de sympathisants, la police est rapidement intervenue pour faire sortir tout le monde et l’escorter hors de la salle.
Une répression qui s’intensifie
Liebert a expliqué à L’Étoile du Nord ce qui l’avait poussé à participer à cette action. « C’était une activité de financement pour la ministre libérale Chrystia Freeland et Yara Saks. Chrystia Freeland était à la fois vice-première ministre et ministre des Finances. Elle était directement responsable de l’exploitation du travail par le capital, non seulement au Canada, mais aussi dans des mines mortelles en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Elle est une sympathisante de longue date des nazis ukrainiens et une fervente partisane du régime sioniste qui perpètre un holocauste à Gaza. »
À Toronto, les manifestations antisionistes sont devenues fréquentes. Entre 2023 et 2024 seulement, le Service de police de Toronto (TPS) estime qu’il y en a eu 1 500 liées aux attaques israéliennes en Palestine. Le TPS, à la demande présumée de la PDG d’Indigo et mécène de l’armée israélienne, Heather Reisman, a lancé le « Project Resolute ». Ce programme, créé peu après le 7 octobre par l’unité des crimes haineux, vise les militants pro-Palestine par la surveillance, les arrestations et des descentes à l’aube.

Depuis son lancement, Project Resolute a fait passer l’unité des crimes haineux de 6 à 32 agents et élargi ses capacités de surveillance. À ce jour, plus de 130 militants, travailleurs et organisateurs ont été arrêtés dans le cadre de cette initiative.
Liebert note que, malgré la crise du logement et du coût de la vie, l’État dirige ses ressources contre les manifestants, et qu’il a été accusé malgré l’absence de preuves. Il a été reconnu coupable en août pour s’être trouvé près d’une ancienne haute conseillère de Trudeau lorsqu’elle a été bousculée. Selon son avocat, Matthew Campbell-Williams, « le tribunal a conclu que Tynan avait participé à l’agression. Il n’a pas été jugé comme l’auteur du geste, mais comme quelqu’un qui l’a encouragé ».
Un enjeu qui le dépasse
Alors que les manifestations continuent à s’accumuler à travers le pays, la décision de la Cour de l’Ontario crée un précédent inquiétant. Il pourrait permettre d’impliquer toute personne qui soutient physiquement ou verbalement un blocage ou une ligne de piquetage. « Le même gouvernement qui poursuit les militants pro-Palestine brise aussi des grèves, coupe dans le financement et passe des lois favorables aux propriétaires comme le projet de loi 60 », souligne Liebert.
Malgré la longueur du processus, Tynan estime que « je suis assez chanceux d’être un exemple où la répression d’État se retourne contre elle-même. Parce qu’au fil de cette affaire interminable […] les gens se sont mobilisés. L’État nous apprend, malgré lui, à nous organiser et à gagner en expérience. »
Il a été frappé par l’élan de solidarité. Comme la police devait arriver le matin, « des gens sont venus chez moi la veille. C’est un tout petit appartement. Ils ont dormi par terre. Le matin, mon président syndical est venu. Il n’est pas spécialement solidaire de la cause, mais il voulait agir en bon avocat. On a fait sortir tous les appareils électroniques et quelqu’un a fait le tour du pâté de maisons avec. On avait plusieurs angles de caméra. Les policiers sont arrivés, et ils ont demandé : “on peut entrer ?” J’ai répondu “non”. J’ai eu des gens avec moi tout le long. »
« Il faut tenir bon. On ne peut pas céder à l’intimidation. Il faut s’organiser et continuer jusqu’à ce qu’on obtienne une percée. »
Liebert compte porter la condamnation en appel, un processus difficile, urgent et coûteux. Une collecte de fonds est en cours pour l’aider dans sa défense.


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