Répression sans précédent

Des militants écologistes privés d’un procès avec jury

Une audience a eu lieu le 8 et 9 décembre pour deux militants écologistes qui, en octobre 2024, avaient bloqué la circulation sur le pont Jacques-Cartier. La revendication du blocage était la création d’une agence de protection contre les catastrophes climatiques ainsi que la fermeture de l’oléoduc de la ligne 9b, un oléoduc de 639 km allant de l’Ontario jusqu’à .

Olivier Huard et Jacob Pirro font face à deux chefs d’accusation punitifs considérés comme sans précédent par des organisations militantes telles que Last Generation Canada et le Collectif Antigone: méfait et obstruction au travail d’un agent de police. Ces deux infractions étaient originalement considérées comme graves et les militants étaient passibles de 10 ans de prison, ce qui est en soi une première pour des activistes non violents. Les accusés ont donc opté pour un procès devant un jury.

En raison d’une tactique du procureur général du Canada qui n’a jamais été utilisée auparavant, l’acte d’accusation a été modifié pour les inculpés d’une infraction sommaire (donc de gravité moindre), les privant désormais d’un procès devant jury, en plus de risquer deux ans de prison. 

Le ministère public avait également tenté de brimer la liberté d’expression des accusés en essayant de les empêcher de parler aux médias comme condition de libération au moment de leurs détentions initiales de plus d’une semaine en automne 2024. L’audience du 8 et 9 décembre a donc pour but de faire annuler la procédure pour abus de procédure. S’ils perdent cette motion, le procès aura lieu en février 2026.

Source de l’image: @lastgenerationcanada, Instagram

Mary Lawlor, rapporteure spéciale des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l’homme, dans un communiqué publié en ligne le 2 décembre, dénonce l’abus de procédure du gouvernement contre les militants qui font des actions pour la protection de l’environnement :

« Je suivrai de près l’audience […] concernant la motion visant à rejeter l’affaire contre les défenseurs du climat Oliver Huard et Jacob Pirro. Tous deux ont été placés en détention provisoire abusive en 2024 avant d’être libérés sous conditions et risquaient initialement jusqu’à 10 ans de prison pour un acte public non violent de désobéissance civile. Je crains qu’une condamnation ne crée un dangereux précédent en matière de traitement sévère des défenseurs du climat dans le pays. »

Jacob Pirro, un des accusés, décrit cette comme étant anti-démocratique et attaque directement la liberté d’expression :

« Ce que nous faisons en tant que citoyens est nécessaire lorsque les gouvernements n’écoutent pas leur peuple et ne tiennent pas compte des données scientifiques. Lorsque les citoyens ordinaires ne sont pas écoutés, ils sont contraints de recourir à des méthodes qu’ils n’utiliseraient pas en temps normal. »

Selon lui, les ressources de l’État devraient plutôt être consacrées à supporter les communautés touchées par les incendies et les inondations qui ravagent le Canada, particulièrement dans les dernières années, en raison de la crise climatique :

« Ceux qui sont pénalement responsables ne sont pas avec nous dans les salles d’audience. Les procureurs devraient se battre pour ceux qui ont soif, faim et sont fatigués, au lieu de lutter contre ceux qui se dressent face à l’injustice. »

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