Un an sans travailler, avec un salaire de survie et la pression d’un conflit qui n’en finit plus: c’est ce qu’ont vécu les travailleurs des usines de LaSalle et Longueuil de Béton Provincial, qui restent debout malgré tout. Leur patron, le riche André Bélanger, les empêche de reprendre le travail depuis le 5 décembre 2024.
Ce lock-out touche une cinquantaine de chauffeurs de bétonnière, mécaniciens et hommes de cour membres du Syndicat des travailleurs de Béton Provincial (LaSalle-Longueuil)–CSN.
Depuis le début du conflit, le géant du béton québécois n’a pas changé son offre. Il propose un gel de salaire réel pendant quatre ans et des hausses de salaire minimes en 2028 et 2029. Il veut aussi abolir le régime de retraite et d’assurances collectives.

Des gros reculs dans les conditions de travail
Pour Jean-François Gagné, opérateur de bétonnière et président par intérim du syndicat, ce n’est pas seulement une question de pourcentage. « Oui, le salaire est important, mais les conditions de travail aussi. »
Leur patron veut inclure le samedi dans la semaine normale de travail et calculer le temps supplémentaire par semaine, et pas par jour. Dans un milieu où les journées de travail dépassent souvent 12 heures, cela veut dire une grosse baisse de salaire et moins de vie de famille.
De plus, l’employeur veut empêcher les travailleurs de choisir s’ils feront des journées de huit heures, de 12 heures, ou même de 14 heures. Pour Gagné, c’est inacceptable. Il y a ouvriers près de la retraite « qui ont donné 50 ans de leur vie à l’employeur, et ils veulent juste faire 8 heures par jour! », s’indigne-t-il.

Au-delà des horaires, l’avenir des ouvriers des deux usines est menacé. Leur régime de retraite, dans lequel l’employeur verse l’équivalent de 5,5% de leur salaire, serait remplacé par une « prime de rétention » de 0,50$ l’heure. Les assurances collectives seraient remplacées, elles, par un régime « flex » payé par les employés, que Gagné qualifie de « vraiment médiocre ».
Malgré un an sans salaire normal, le groupe tient bon. « On est moins, mais on est soudés, » dit Gagné. « Ceux qui restent sont là pour le combat, pour la cause. » Il répète que « on ne cassera pas. C’est l’employeur qui va casser ».
Les syndiqués dénoncent le mépris de l’entreprise à leur égard. Ils rappellent que la direction a décrété son lock-out juste avant Noël l’année passée et qu’elle a retardé l’accès au chômage pour les travailleurs. « Tout pour nuire », résume Gagné. « Depuis le début, tout pour nuire aux travailleurs. »

Un conflit plus grand qu’eux
Pour les ouvriers de LaSalle et Longueuil, ce conflit dépasse largement leur situation. Ils sont convaincus que la direction veut faire d’eux un exemple pour imposer des reculs ailleurs dans l’entreprise. Selon Gagné, le message envoyé aux autres est clair: « Tu acceptes mes offres, ou tu vas finir comme Longueuil–LaSalle, tu t’en vas dans la rue. »
Pendant ce temps, le gouvernement Legault reste discret. Les ouvriers soulignent que Béton Provincial a engagé un ancien attaché du ministre Pierre Fitzgibbon et qu’elle « a ses entrées à la CAQ ».
En effet, Alexandre Ramacieri, chef de cabinet au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie jusqu’en septembre 2024, travaille maintenant pour l’entreprise d’André Bélanger. Il y est désormais vice-président, développement corporatif et communications, un rôle qui l’amène souvent à interagir avec le gouvernement.
Gagné est catégorique: « On s’entend que la CAQ ne fera rien contre un employeur qui est son chum. Un chum, c’est un chum. »

Le ministre du Travail n’est d’ailleurs pas intervenu en la faveur des travailleurs, malgré un an de conflit et un rapport confirmant l’usage de briseurs de grève à l’été 2025. Pourtant, il s’était empressé d’agir dans le conflit entre la STM et ses ouvriers, qui causait de gros problèmes de circulation.
Pendant ce temps, Montréal et sa région font face à d’immenses besoins en béton pour réparer des ponts, des autoroutes et des tunnels vieillissants, ce qui contribue aux bouchons. Mais les usines stratégiques de LaSalle et Longueuil, parmi les mieux placées pour répondre à ces chantiers d’infrastructures, restent à l’arrêt parce qu’un seul propriétaire refuse de négocier.
Après un an de lock-out, les ouvriers des deux usines veulent toujours revenir au travail, mais pas à n’importe quel prix. « Nous, on veut négocier depuis le jour un. On aime nos jobs. Mais ce n’est pas vrai que je vais rentrer avec des conditions comme ça », insiste Gagné.
« Nos demandes n’étaient pas exagérées », renchérit Serge Savage, vice-président du syndicat. « On voulait juste se faire respecter dans ce qu’on demandait, et surtout ne pas reculer, ne pas perdre ce qu’on avait acquis au fil des années. »
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