Pete Hoekstra au Club St-James

Perturbation d’un dîner de l’élite patronale avec l’ambassadeur américain

Les responsables du prestigieux Club Saint-James de Montréal ont sans doute regretté d’avoir invité l’ambassadeur américain à prendre la parole lors d’un dîner prévu à 11h30 aujourd’hui. Vers 10h30, des dizaines de travailleurs de l’Alliance ouvrière ont bloqué l’entrée afin de perturber l’événement et de dénoncer l’impérialisme des États-Unis.

Les militants ont formé une ligne compacte devant le stationnement souterrain et l’entrée principale de l’établissement, bien connu de l’élite montréalaise. Les billets pour cet événement réservé aux membres du club coûtaient 150$.

Dès le début du blocage, le directeur de la sécurité s’est emporté. Il criait aux militants que leur attitude était violente, alors qu’ils se tenaient simplement en ligne, bras dessus, bras dessous. Accompagné d’un autre agent, il a ensuite poussé des militants et foncé dans leur rang pour tenter de le briser, avant d’appeler la police.

L’équipe d’intervention tactique du SPVM est finalement arrivée peu avant 11h. Les militants sont restés sur place jusqu’à midi, semant la confusion chez les organisateurs, incapables de lancer l’événement à l’heure prévue. Aucune autre confrontation n’a eu lieu et personne n’a été arrêté.

Pete Hoekstra, ambassadeur des États-Unis au Canada, a finalement pu entrer par une porte de service après être resté coincé à son hôtel. L’événement a accusé un retard important, et les patrons qui avaient sacrifié leur heure de dîner pour entendre l’émissaire de Donald Trump ont dû passer par la ruelle et reporter certaines activités.

Des dignitaires américains « pas les bienvenus »

« Les États-Unis bombardent, envahissent et kidnappent pour le pétrole », s’indigne Sandra, mère de famille d’origine chilienne présente au blocage. « Ils ne sont pas bienvenus. » Elle dit être là pour dénoncer les politiques internationales américaines et l’appui du Canada à celles-ci.

Les militants voulaient se faire voir et afficher clairement leur opposition en perturbant la tenue de l’événement. Selon Sandra, il n’y a rien d’exagéré là-dedans, bien au contraire. « Les États-Unis, c’est un pays qui sème la terreur partout dans le monde, en Amérique latine, même chez eux », lance-t-elle. « Les gens ont peur. On en a marre. Yankee go home. »

Sandra est arrivée au Québec avec ses parents dans les années 1970, fuyant la dictature de Pinochet, « à cause de la torture, des emprisonnements, des disparitions. N’importe qui avec un minimum de conscience pouvait être réduit au silence très rapidement ».

Répression du régime de Pinochet lors d’une manifestation au Chili.

Pinochet est arrivé au pouvoir avec l’appui des États-Unis, après l’assassinat du président socialiste Salvador Allende, élu quelques années plus tôt. « À cette époque-là, les États-Unis ont fait la même chose dans plusieurs pays, renversant des présidents et faisant assassiner des opposants. Aujourd’hui, c’est le Venezuela, mais ça fait des décennies que ça dure: créer des crises, piller les ressources de notre continent. Ça doit cesser. »

« L’empire américain investit énormément d’argent pour détruire et pour désinformer », rappelle-t-elle. « Pour faire croire, par exemple, qu’ils avaient le droit d’envahir l’Irak. Pour faire croire que c’était justifié parce qu’il y avait un dictateur et des armes de destruction massive. Finalement, il n’y en avait même pas, mais il y avait beaucoup de pétrole. Tout ça était monté de toutes pièces. » Cette guerre aurait fait entre 200 000 et 450 000 morts civiles.

« Les États-Unis font ça régulièrement et ne se font jamais taper sur les doigts », ajoute Sandra.  « Ils pensent pouvoir faire ce qu’ils veulent avec nous. Mais à un moment donné, la révolte, c’est à nous de la porter. Il y a des limites. »

Elle conclut: « C’est pour ça que j’ai voulu être là, pour le dire haut et fort, pour scander des slogans, pour dire qu’ils ont les mains pleines de sang. Et quand on critique les États-Unis, on ne parle pas du peuple américain. On parle des gouvernements. Que ce soit Trump, Obama ou Bush, ils ont tous fait la même chose. »

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