Un signal d’alarme pour les travailleurs du secteur public

Des postiers se mobilisent pour une « nouvelle vague de lutte » en 2026

Un an après avoir été obligés de reprendre le travail par le , les postiers n’ont toujours pas de convention collective ratifiée et incitent à l’action. Leur combat contre l’article 107 et pour sauver leur service est devenu symbolique de la lutte pour préserver le pouvoir des travailleurs face aux entreprises, ainsi que des contradictions de plus en plus complexes entre les bases et leurs dirigeants syndicaux.

Le 20 décembre dernier, des membres du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) et d’autres syndiqués du mouvement ouvrier se sont rassemblés à pour marquer l’anniversaire de l’ et dénoncer l’ingérence persistante de l’État dans le droit de grève. L’événement était co-organisé par le Comité d’organisation de la section locale 846 du STTP et l’East Vancouver Workers’ Assembly (EVWA). Des rassemblements similaires ont eu lieu le même jour par des sections locales à Toronto et Saskatoon, où postiers et sympathisants se sont rassemblés malgré un froid mordant.

L’Étoile du Nord a interrogé des organisateurs et des participants à Vancouver sous la pluie battante. Les intervenants ont évoqué les conséquences politiques des ordres de retour au travail et l’absence persistante d’un contrat ratifié. Ils ont attiré l’attention sur ce qu’ils perçoivent comme une érosion du pouvoir des travailleurs due à la collaboration entre le gouvernement et les employeurs, ainsi qu’à un leadership inadéquat des instances nationales syndicales.

L’article 107

« Quand notre grève a pris fin sur un ordre du gouvernement, on avait l’impression de marcher vers notre propre défaite », a déclaré Alex Bernstein, travailleur de Postes Canada et directeur du Comité d’organisation. Depuis l’ordre de reprendre le travail en vertu de l’article 107 du Code canadien du travail, a-t-il expliqué, la direction viole régulièrement la convention collective, confiante que le levier d’action des travailleurs a été neutralisé.

L’article 107 a été utilisé contre les postiers lors la grève de 2024, alors que le STTP négociait avec le gouvernement canadien pour une nouvelle convention collective. Au moment d’écrire ces lignes, la convention collective n’a pas été mise à jour depuis son expiration en 2022.

Lors du rassemblement, Dustin Saunders, travailleur du rail et membre des Teamsters 945, a prononcé un discours passionné. Selon Saunders, l’article 107 a aussi été utilisé contre les cheminots, faisant écho aux appels de plusieurs postiers pour une résistance contre la législation anti-ouvrière qui dépasse les frontières provinciales et sectorielles.

Les postiers ont souligné que la réponse des travailleurs à l’article 107 ne peut être passive. « Le plus grand défi pour les travailleurs maintenant, c’est de continuer à agiter, à éduquer et à organiser la base », a déclaré Skadi, postier et membre de l’EVWA, appelant à une coopération plus étroite entre les sections locales et les syndicats.

Bernstein abonde dans le même sens. « Si on veut un jour faire reculer notre employeur et remporter des victoires importantes, la base du syndicat doit démontrer qu’elle prend en main la direction qu’on suit », a-t-il affirmé.

Les organisateurs de l’EVWA ont présenté le rassemblement comme un appel plus large à la solidarité ouvrière au-delà de Postes Canada. Ils soutiennent que l’article 107 fait partie d’un schéma plus large d’intervention étatique utilisée pour discipliner les travailleurs de tous les secteurs.

Lindsey Michie, membre à la fois de l’EVWA et du STTP, a décrit l’ordre de retour au travail comme « la manière parfaite d’illustrer ce qui arrive quand on compte sur les institutions bourgeoises pour qu’elles jouent franc-jeu. »

Ce message a été repris par des intervenants d’autres syndicats et régions, notamment des représentants du Syndicat des débardeurs et magasiniers (ILWU), de la Fédération du travail de la Colombie-Britannique, des travailleurs de la santé, et un facteur de la National Association of Letter Carriers de Seattle.

« Le gouvernement a utilisé l’article 107 contre nous [en 2024]. Ils s’en sont servi pour comploter avec les patrons afin de supprimer notre droit de grève et de nous maintenir à terre », a déclaré Dustin Saunders, travailleur de CN Rail et membre des Teamsters 945.

Crédit : @rhicrtr, Instagram.

Conventions collectives et exigences de transparence

« Je vis et je meurs par la convention collective », a déclaré Bernstein, la décrivant comme le produit de victoires chèrement acquises « gravées dans la pierre ». Pourtant, ces acquis, a-t-il expliqué, sont sapés par les violations habituelles de la direction, avec des superviseurs qui défient ouvertement les travailleurs de « déposer un grief », sachant que le processus peut prendre des mois, voire des années.

Cette dynamique, soutient Bernstein, transforme le système de grief en un outil de retardement plutôt que de responsabilisation, épuisant et démoralisant les travailleurs tandis que la corporation continue d’enfreindre les règles en toute impunité.

La direction du STTP a annoncé qu’elle était parvenue à une entente de principe avec Postes Canada le 21 novembre, après plus de deux ans de négociations. Cependant, les détails de cette entente n’ont pas été rendus publics.

Miguel, postier et membre de l’EVWA, a exprimé sa confusion quant au fait que l’entente de principe ait été annoncée, mais que le texte n’ait pas été communiqué aux membres.

Les postiers ont reçu la directive de « mettre en pause » toutes les actions syndicales, y compris la grève de plusieurs mois qui avait commencé le 25 septembre de l’année dernière.

Au moment du rassemblement, l’entente de principe n’avait pas été partagée avec la base. Pour de nombreux travailleurs de la base, l’absence de détails a approfondi un sentiment d’aliénation par rapport au processus de négociation.

Skadi a décrit le moment sans détou : « On reste les bras croisés parce qu’on aurait soi-disant une “entente de principe”. Quand on les presse sur la question, nos dirigeants nationaux refusent de s’expliquer. Mais sur quoi est-ce qu’on s’est même entendus? »

« Quand [l’annonce de l’entente de principe] est sortie, ils ont dit qu’une entente provisoire serait conclue et présentée dans la même semaine. Rien n’avait progressé jusqu’à notre rassemblement du 20 décembre », explique Miguel. « Et le 22, ils ont publié un communiqué disant qu’ils étaient parvenus à des ententes provisoires ».

Dans un communiqué de presse concernant l’entente provisoire, le STTP a promis « un résumé plus détaillé de tous les changements apportés aux conventions collectives ». Cependant, ces mises à jour n’ont pas été mises à la disposition des travailleurs à ce jour, et le texte complet de l’entente provisoire n’a pas été diffusé.

« De mon expérience, les syndicats annoncent soit un contrat complet, soit ils n’annoncent rien. Ça fait un mois, et il n’y a toujours pas d’entente provisoire complète. »

Miguel pense que l’exécutif national du STTP tente « d’empêcher l’action décentralisée des sections locales et des membres de base militants », comme les postiers qui ont organisé le rassemblement du 20.

Il affirme que de nombreux travailleurs perdent confiance en la direction syndicale. « Tout le monde veut juste une offre sur laquelle voter “oui” et stabiliser sa vie… Beaucoup ont souffert financièrement, pour se retrouver face à cette incertitude. »

Les postiers, une « bouée de sauvetage » pour les communautés

Les intervenants et les postiers présents ont répété à plusieurs reprises que le travail postal est un service public d’une grande importance sociale. « On est une bouée de sauvetage pour beaucoup de régions rurales, et une partie intégrante de la construction communautaire partout au pays », a déclaré Skadi. « Il y a d’innombrables histoires de postiers qui aident la communauté et sauvent littéralement des vies. »

Michie a fait écho à ce sentiment, soutenant que les services postaux pourraient jouer un rôle encore plus grand s’ils n’étaient pas limités par la privatisation et l’austérité. « Notre fonction publique pourrait fournir tout, de la banque postale aux vérifications de bien-être », a-t-il dit, « si le gouvernement avait plus d’imagination et moins l’envie de tout privatiser. »

Plusieurs intervenants ont souligné comment ces rôles de service public sont devenus particulièrement visibles en temps de crise. Holly Isaac, factrice suppléante dans la vallée du Fraser, a cité la pandémie de COVID-19 comme un exemple frappant: « On était littéralement le seul point de contact que les gens avaient avec un autre être humain pendant leur journée. »

Elle a averti que l’intensification des routes et des exigences de productivité menacent ce rôle en privant les travailleurs du temps nécessaire pour veiller sur leurs communautés.

Naomi Allen, factrice à la retraite après 27 ans de service, a décrit le travail postal comme indissociable des communautés qu’ils desservent. Elle a cité les « histoires sans fin » de soutien informel qu’elle et ses collègues apportaient aux personnes âgées sur leur tournée. Formaliser ces soutiens, initiés par les travailleurs, fait partie de la stratégie proposée par le STTP pour remodeler Postes Canada au bénéfice à la fois des postiers et du grand public.

« Ça m’émeut beaucoup quand je pense aux gens dont je prenais soin tous les jours… C’est un service public pour lequel il faut se battre. »

Le rassemblement s’est terminé sur un défi ouvert. Les postiers sont toujours sans contrat, toujours confrontés aux violations de la direction, et toujours aux prises avec un cadre juridique qui sape leur rapport de force.

Pour que 2026 marque un tournant, il faudra que cette colère et cette lucidité se transforment en « nouvelles vagues de lutte », indispensables selon les organisateurs pour défendre les droits des travailleurs et les qu’ils fournissent.

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