ICE, Renée Good et Alex Pretti

Pourquoi le Minnesota manifeste contre la police de l’immigration de Trump?

Le Minnesota connaît une agitation majeure depuis plusieurs semaines. Après un an de Trump et de déclarations répétées d’opposition, c’est dans cet État du nord que la résistance annoncée prend une forme plus claire et plus structurée. Depuis plusieurs semaines, la police de l’immigration de Trump (que des militants comparent ouvertement à la Gestapo) mène une opération d’une agressivité extrême, entraînant une vague de violence… et même des morts.

Ces événements arrivent dans le contexte de l’« Operation Metro Surge » de l’administration Trump, une grande campagne de contre l’immigration lancée en décembre 2025. L’opération a mobilisé des milliers d’agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans la région de Minneapolis–Saint Paul et partout au Minnesota. 

Mais les promesses de Trump de cibler les immigrants dits illégaux afin de réduire la violente ne cadrent pas avec la réalité sur le terrain. Selon ICE elle-même, seulement 5% des 3 000 personnes arrêtées dans le cadre de l’opération ont un dossier lié à un crime violent. De nombreux citoyens américains qui n’avaient pas l’air blancs, ou qui parlaient avec un accent, ont été détenus et, dans certains cas, arrêtés violemment et sans justification.

Sans compter les nombreux témoignages de citoyens, de pères et de mères travaillants, et même d’enfants atteints de cancer qui ont été déportés par ICE depuis le retour de Trump au pouvoir.

Portland Avenue et 34th Street, dans le sud de Minneapolis, après la fusillade ayant coûté la vie à Renee Good.

Un meurtre en plein jour

Le 7 janvier 2026, Renee Nicole Good, âgée de 37 ans, a été tuée par un agent de l’ICE alors qu’elle tentait de s’éloigner en voiture. Des vidéos diffusées en ligne la montrent en train d’essayer de partir, avant que l’agent ne tire plusieurs coups de feu, alors qu’elle ne représentait clairement plus une menace. Les réseaux sociaux se sont enflammés autour des justifications de de l’ICE, tandis que l’administration Trump a qualifié la femme de « terroriste intérieure ».

Sa mort a déclenché des manifestations et une vague de condamnations à travers le pays, particulièrement au Minnesota, et a galvanisé des réseaux d’opposition qui se développaient depuis des mois. Des citoyens surveillent désormais les opérations d’ICE près de son quartier général presque en continu. De vastes salons de discussion en ligne permettent à des groupes se décrivant comme des « équipes de réponse rapide » de documenter le travail des agents et de mobiliser le voisinage pour tenter d’empêcher l’arrestation et l’expulsion de travailleurs et d’enfants.

Le 23 janvier 2026, une journée de perturbation économique d’envergure a été organisée, que les organisateurs ont qualifiée de «  ». L’action a vu des petits commerçants fermer boutique, des travailleurs manquer volontairement leur quart ou prendre congé, des étudiants s’absenter des cours, et de nombreuses personnes éviter complètement de magasiner. Les organisations syndicales ont endossé la journée d’action, sans toutefois en être les organisatrices.

Grande vigile en hommage à Renee Good, dans le sud de Minneapolis. Good, qui observait des opérations d’ICE, a été tuée plus tôt dans la journée par un agent de l’agence.

Mais moins de trois semaines plus tard, une deuxième personne a connu le même sort que Good, dans des circonstances encore moins ambiguës.

Le matin du 24 janvier, des agents fédéraux de l’immigration ont abattu Alex Jeffrey Pretti, un infirmier de soins intensifs de 37 ans, résident du sud de Minneapolis. Pretti, citoyen américain et habitant de longue date de la ville, filmait et observait une opération de l’ICE lorsqu’il a été mortellement atteint par un agent de la U.S. Border Patrol.

Des images vidéo et des témoignages recueillis lors de l’incident du 24 janvier montrent Pretti désarmé, un téléphone à la main, au moment où les agents l’ont maîtrisé. Les autorités fédérales soutiennent qu’il résistait et qu’il était armé, mais les vidéos de témoins semblent contredire cette version.

Dans les heures suivant la mort de Pretti, les plus hauts élus du Minnesota ont publié de fermes condamnations de l’opération fédérale et ont réclamé la fin du déploiement massif d’agents dans l’État, tout en appelant les manifestants au calme. 

Des réponses politiques insuffisantes?

Le gouverneur Tim Walz a dénoncé un geste insensé et a demandé au président de retirer les agents fédéraux de l’immigration du Minnesota. En conférence de presse, Walz a affirmé que ce déploiement avait franchi une ligne morale, estimant que l’État avait assez souffert et que l’intervention fédérale était « devenue une campagne de brutalité » contre les Minnesotans, plutôt qu’une application légitime de la loi. 

Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, a lui aussi condamné la fusillade, se demandant combien de vies devront encore être perdues avant que ces opérations cessent. Il a appelé les agents fédéraux à quitter la ville, avertissant que leur présence continue mine la sécurité publique et la confiance envers les forces de l’ordre. 

Manifestation du 23 janvier à Minneapolis. Crédit: Chad Davis, Flickr.

Ces paroles n’ont toutefois pas rassuré les résidents de Minneapolis. Lors d’une vigile en hommage à Pretti, un manifestant a lancé: « Alex faisait ce qu’il fallait et il a été assassiné pour ça. Des immigrants se font kidnapper et disparaître… Des familles se font déchirer… Tim Walz et Jacob Frey nous disent qu’il est temps de baisser le ton. Quand ICE assassine nos voisins, c’est notre devoir de monter le ton. »

Des dizaines de milliers de Minnésotains ont participé aux manifestations contre les opérations menées dans le cadre de l’« Operation Metro Surge », exigeant l’arrêt des actions d’ICE et des comptes pour le meurtre de Renee Good.

Une journée de perturbation économique similaire a également eu lieu le 30 janvier, mais à plus petite échelle, avec moins d’arrêts de travail.

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