Pensez à un service municipal essentiel: déneigement, collecte des ordures, entretien des routes et des parcs. Derrière chacun de ces services, il y a presque toujours un col bleu. Mais pendant 24 heures, entre le 4 et le 5 février, les plus de 4 800 cols bleus de Montréal ont cessé de faire ce travail. C’est leur première journée de grève depuis plus de 15 ans, qui pourrait mener à une escalade des moyens de pression, alors que les négociations sont au point mort depuis la fin de 2024.
Comme dans beaucoup de négociations depuis la crise d’inflation au Canada, ça bloque au niveau des salaires. La Ville de Montréal refuse d’offrir plus de 11% sur cinq ans, une hausse à peine suffisante pour couvrir l’inflation en temps « normal ». Après les fortes hausses du coût de la vie des dernières années, accepter une telle offre reviendrait, selon le syndicat, à signer pour s’appauvrir.
L’Étoile du Nord s’est entretenue avec Jean-Pierre Lauzon, président du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, au sujet de ce qu’il décrit comme l’incapacité de la Ville à reconnaître le travail de ses travailleurs avec des offres jugées inacceptables.
« On trouve ça inconcevable que la Ville, avec tous ses cols bleus, les 4 800 cols bleus, prenne ça comme si c’était rien. Il n’y a aucun respect. On est là jour, soir, nuit, dehors. Pendant la pandémie, on était là, on ne parlait pas de nous. »

« Je pense qu’ils comprennent pas qu’on n’acceptera jamais 11%. Ça appauvrirait nos cols bleus. Il y a des cols bleus qui ont deux jobs, trois jobs. Puis on a perdu 7% de pouvoir d’achat depuis 2022. Donc c’est inconcevable. Ça prend au moins le rattrapage salarial, et des augmentations. »
Questionné sur les raisons derrière une offre aussi basse, M. Lauzon affirme que la Ville n’a fourni aucune explication claire, se contentant de parler d’un vague « cadre financier ».
« C’est leur cadre financier. Ils ne sont pas capables de nous donner des chiffres. Ils ne sont pas capables de nous expliquer pourquoi leur cadre financier est fait comme ça. Ils font des “comparables”, mais ils ne sont pas capables de nous donner leurs comparables. »
Reste maintenant à voir comment le gouvernement provincial réagira à une possible escalade des moyens de pression. Celui-ci a récemment adopté la « Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out », qui élargit les pouvoirs d’intervention de l’État dans les conflits de travail (même dans des secteurs non essentiels) au nom de la « protection de la population ». Déjà, durant cette grève de 24 heures, certains services ont été maintenus, comme l’épandage de sel sur les routes.

Jean-Pierre Lauzon s’est aussi dit indigné par le projet de loi 3 récemment proposé par le ministre du Travail Jean Boulet, qui a suscité de vives réactions dans le mouvement syndical québécois.
« Bravo, M. Boulet. Il enlève le droit de négocier. C’est notre seule pouvoir de se faire entendre, de faire des grèves, de faire des manif. Il nous rentre dedans pour aider les patrons. » Et avec le projet de loi 3, « ce qu’on voit, c’est que les patrons veulent contrôler nos budgets pour nous empêcher de nous mobiliser. »
Mais pour l’instant, la priorité du syndicat est de démontrer son rapport de force à la table de négociation et freiner la baisse bien réelle du niveau de vie des cols bleus montréalais.
« On fait des paniers de Noël à tous les ans, et de plus en plus on les donne à nos confrères. »


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