Une campagne populaire a vaincu un projet de règlement municipal qui aurait sévèrement restreint le droit de manifester à Winnipeg. La campagne a rapidement mobilisé plusieurs centaines de personnes lors d’un rassemblement organisé le matin du 17 février pour protester contre le vote. Cependant, alors que les gouvernements de tout le Canada cherchent à adopter des lois similaires, les manifestants affirment que la lutte est loin d’être terminée.
Le 10 février, Evan Duncan, conseiller municipal de Winnipeg et président du comité de l’immobilier et du développement, a discrètement lancé une procédure visant à adopter le règlement municipal sur « l’accès sécuritaire aux infrastructures vulnérables ». Ce règlement aurait puni d’une amende pouvant aller jusqu’à 5 000 dollars toutes les manifestations à moins de 100 mètres des installations désignées « vulnérables » par la ville.
Une carte réalisée par des groupes communautaires interprétant avec bienveillance les conditions du projet de règlement montre qu’une grande partie de la ville aurait été couverte par cette restriction. Le règlement définissait la manifestation comme « l’expression d’une désapprobation à l’égard d’une idée, d’une action, d’une personne ou d’un groupe ».
L’Étoile du Nord s’est entretenu avec des personnes réunies lors du rassemblement du 17 février.
« J’étais troublé. Je pensais que le conseil municipal allait beaucoup trop loin », explique Josh, employé de Safeway et membre du 1919 Workers Collective. « Je n’ai jamais entendu mes collègues parler de ce que font le conseiller municipal ou le maire, mais cette affaire a tellement fait parler d’elle qu’en quelques jours, j’ai entendu plusieurs discussions à ce sujet. Les gens étaient en colère, certains étaient très touchés par cette question. »
« Winnipeg a récemment connu de nombreux rassemblements en faveur de la Palestine et contre l’ICE, alors quand le gouvernement tente de nous empêcher de protester contre ces horreurs qui se produisent dans le monde, j’ai bien l’impression qu’il se trouve du mauvais côté. »
Tout au long de la journée, la mairie a été envahie par des intervenants issus du public qui avaient pris connaissance du vote grâce aux efforts de mobilisation de la communauté. Le conseiller Duncan est resté inflexible face aux accusations selon lesquelles le comité exécutif du conseil municipal était utilisé pour contourner la transparence, qualifiant les réactions négatives de « désinformation ».

Dans les jours qui ont précédé le vote, le conseiller Duncan, qui représente le quartier aisé de Charleswood-Tuxedo à Winnipeg, a fait de nombreuses références aux événements aux États-Unis pour justifier le projet de règlement. Daniel, qui a immigré au Canada depuis les États-Unis il y a 12 ans, conteste cette affirmation.
« Cette idée selon laquelle le renforcement des capacités policières et la réduction des droits des citoyens constituent une réponse à ce qui se passe aux États-Unis laisse vraiment entendre qu’ils considèrent que ce sont les citoyens qui défendent leurs droits qui commettent des actes répréhensibles, et non la police et l’armée qui enfreignent ces droits », déclare-t-il. « Je pense que ça en dit long sur la direction que prend ce pays. »
Revenant sur la manifestation, il déclare: « C’était une manifestation importante. Elle montre ce qu’on peut pouvons accomplir lorsqu’on reconnaît qu’on nest tous du même côté et qu’on mène une lutte verticale plutôt qu’horizontale. »
Alors que l’opposition publique se répandait dans toute la ville, Evan Duncan a annoncé qu’il retirait son soutien au règlement municipal, déclarant qu’il n’avait « aucune intention » de restreindre le droit de manifester. Au contraire, M. Duncan affirme que le projet de loi fédéral C-9 « répondrait à une grande partie de nos préoccupations ».

Le projet de loi C-9 est une proposition d’amendement au Code criminel canadien qui renforcerait considérablement les pouvoirs du gouvernement en matière de criminalisation des manifestations populaires. Le projet de loi est actuellement en suspens après avoir rencontré une opposition farouche de la part de nombreux groupes, dont la Fondation canadienne pour la Constitution.
« Je pense que c’est extrêmement dangereux pour la démocratie de chacun, beaucoup d’entre nous sont préoccupés par le projet de loi C-9 et on ne veut pas non plus que ça se produise », déclare Candace, qui s’est engagée politiquement pendant le Convoi de la liberté. « Honnêtement, c’est difficile à voir. Quand on voit ces politiciens, la façon dont ils nous ignorent et agissent comme s’ils pouvaient nous contrôler, ça me met en colère. »
Pendant que L’Étoile du Nord menait des entrevues parmi la foule, plusieurs militants munis de blocs-notes recueillaient les noms et les coordonnées des manifestants afin que les organisateurs de l’événement puissent assurer le suivi auprès des participants.
Candace affirme que les manifestations comme celle-ci sont des étapes importantes pour résister aux tactiques de division et de conquête des personnes au pouvoir. « L’événement d’aujourd’hui est une coalition. Quand les gens s’unissent pour faire bouger les choses, c’est passionnant. On a connu une grande division au cours des dernières années, et c’était très agréable de se réunir avec des personnes de tous horizons. Je suis très enthousiaste à l’idée de réparer les clôtures et de construire des ponts. Les gens ont besoin de se rassembler », dit-elle.

L’Étoile du Nord s’est également entretenu avec Melahat, une militante autochtone et jardinière communautaire qui a contribué à l’organisation de la campagne, au sujet de son expérience en tant que l’une des 120 déléguées intervenant contre le règlement municipal à la mairie.
Les délégués ont dû fournir leur nom complet, le nom de leur organisation et se faire prendre en photo pour être admis dans le bâtiment. « Les conseillers municipaux se sont montrés très agressifs, très dédaigneux », explique Melahat.
« Ils nous faisaient passer pour des tyrans, et on a été très prudent dans la manière dont on a organisé ça. Ça montre simplement qu’on sera toujours les méchants, qu’on sera toujours les nuisibles, même si on respecte toutes les règles. »
« Beaucoup d’entre eux étaient sur leur téléphone pendant toute la durée de la réunion. Un avocat sioniste s’est connecté par Zoom pour prendre la parole en faveur du règlement. Ils lui ont accordé 10 minutes supplémentaires et lui ont posé une série de questions. Pour nous, on n’avait pas l’impression d’être écoutés, ils nous ont mis à la porte. »
Melahat estime qu’il est important de tirer les bonnes leçons de cette expérience et de ne pas se reposer sur ses lauriers. « On leur parle, mais ils ne nous écoutent pas. Ils veulent qu’on manifeste dans des zones désignées, comme l’hôtel de ville et l’Assemblée législative, où ils peuvent simplement nous ignorer et rester assis dans leurs petits bureaux confortables. »

« On doit continuer à les surveiller. On doit les garder sous contrôle. Ce n’est pas parce que ç’a pas été adopté que c’est fini », conclut-elle.
Josh affirme que même si le règlement a été rejeté, toute cette expérience l’a amené à réfléchir à la suite des événements. « C’est presque comme si la démocratie ne fonctionnait pas. Les personnes élues ne représentent pas les citoyens qu’elles sont censées représenter […] Quelle sera notre réaction si notre voix ne suffit pas? On doit réfléchir à ce que signifierait une escalade si on peut pas obtenir ce qu’on veut simplement en nous rassemblant devant l’hôtel de ville. »
« Il est plus important que jamais que les gens s’organisent autour du pouvoir qu’ils ont en tant que travailleurs et locataires. On vit dans une société capitaliste qui repose sur notre participation, donc s’organiser collectivement pour refuser cette participation est le seul moyen vraiment garanti d’empêcher les gouvernements de profiter de nous », dit-il.


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