Malgré le vent violent et la pluie battante qui s’abattaient vendredi dernier sur Brampton, en Ontario, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le bureau du député et ministre du Commerce international Maninder Sidhu pour réclamer des voies d’immigration prévisibles et transparentes. Les membres du United Immigrant Workers Front (UIWF) ont prononcé des discours, car les travailleurs considèrent que ce combat est indissociable de la justice sociale au sens large.
L’UWIF a présenté une liste de revendications : la prolongation et le renouvellement des 2 millions de visas temporaires qui expirent cette année, l’augmentation du nombre de places attribuées chaque année dans la catégorie de l’expérience canadienne (une voie d’accès rapide à la résidence permanente) et des voies d’immigration prévisibles et transparentes en général.
Compte tenu du nombre record de visas de migrants temporaires qui expirent dans les mois à venir, l’urgence d’organiser la main-d’œuvre immigrée dans la région du Grand Toronto a été identifiée lors d’une réunion organisée en décembre par le comité PGWP (Post Graduate Work Permit) du Naujawan Support Network. Le United Immigrant Workers Front est composé de travailleurs immigrés, d’étudiants et de groupes syndicaux, notamment le Naujawan Support Network, l’Alliance Ouvrière, le groupe Migrante et la Migrant Workers Alliance for Change.
La décision d’organiser le rassemblement de vendredi devant le bureau du ministre libéral du Commerce international était intentionnelle à cet égard, comme l’explique Katherine G., membre de l’UIWF et du comité exécutif du SCFP Ontario, à L’Étoile du Nord. « [Ce bureau] est directement lié au commerce des êtres humains. [Les gens] viennent dans le pays pour être exploités comme main-d’œuvre dans des conditions qui ne s’appliquent pas aux travailleurs canadiens. »
Des revendications pour des parcours équitables et la fin des boucs émissaires
Depuis le début de son mandat en tant que premier ministre du Canada en avril 2025, le gouvernement libéral de Mark Carney a introduit plusieurs lois qui augmentent et accélèrent les expulsions au Canada.
Le projet de loi C-12 (Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada, adopté par la Chambre des communes en décembre 2025) a introduit des restrictions en matière d’asile qui imposent une interdiction d’un an pour les demandes d’asile des migrants qui se trouvent au Canada depuis plus d’un an.
Les permis d’études internationaux ont été réduits de près de 50% dans le premier budget fédéral. Le Canada a cessé d’accepter les demandes dans le cadre des programmes pilotes pour les fournisseurs de services de garde en milieu familial et les aides à domicile en décembre 2025. Ces programmes offraient depuis des années des voies d’accès à la résidence permanente.

Les résidents temporaires, notamment les travailleurs étrangers, les étudiants internationaux et les demandeurs d’asile, ont été particulièrement visés par les nouveaux projets de loi omnibus et les plans de niveaux d’immigration du gouvernement Carney. Les travailleurs étrangers temporaires, qui n’ont aucune garantie d’obtenir la résidence permanente, sont parmi les plus vulnérables et les plus précaires du pays. L’ONU et Amnesty International ont comparé les conditions des travailleurs étrangers temporaires à de « l’esclavage moderne ».
« Ils changent les politiques du jour au lendemain », déclare Mehakdeep Singh, du Naujawan Support Network. « Les gens sont laissés dans l’incertitude… Si je suis titulaire d’un permis de travail à l’heure actuelle, je ne sais pas quelle voie je dois suivre pour obtenir la résidence permanente. En 2027 [par exemple], je ne sais plus quelles options s’offriront à moi. »
M. Singh souligne également la précarité cruelle imposée si soudainement et si durement aux migrants au Canada : « Dans leur pays d’origine, les parents dépendent de leurs enfants. Ils ont beaucoup investi pour les envoyer au Canada. Mais ici, nous sommes exploités à chaque étape de notre vie, des universités aux employeurs, en passant par les propriétaires et le gouvernement. »
Les politiciens libéraux et conservateurs, tant au niveau provincial que fédéral, accusent depuis longtemps les migrants temporaires d’être responsables du ralentissement économique brutal et de la détérioration des conditions de vie que connaissent de plus en plus les travailleurs. Les sentiments anti-immigrants que ça alimente, ajoute Katherine, sont utiles pour diviser les travailleurs à un moment où il est essentiel d’être solidaire pour obtenir des gains collectifs.
« La lutte pour le statut d’immigrant est fondamentalement une lutte pour les droits des travailleurs », explique-t-elle. « Lorsque les travailleurs immigrés constituent une main-d’œuvre hyper-exploitable, cela détériore les conditions de travail de tous les travailleurs d’un pays donné. »
Un front commun pour les travailleurs immigrants et non-immigrants
Katherine note que les travailleurs immigrants précaires acceptent souvent des emplois où ils sont payés moins que le salaire minimum ou ne reçoivent pas d’heures supplémentaires parce qu’ils ont peur de contrarier l’employeur dont ils dépendent pour obtenir un statut permanent. Au Canada, les politiciens, les employeurs et les propriétaires immobiliers enregistrent des profits records année après année, tout en diffusant des discours qui rejettent la responsabilité sur les couches les plus exploitées de la classe ouvrière.
Katherine souligne que la droite diiffuse parmi les travailleurs l’idée que l’expulsion des immigrants améliore les conditions de travail des travailleurs canadiens. Elle suggère de considérer les attaques contre les migrants temporaires au Canada comme des attaques contre la classe ouvrière en général.
« L’élite économique mondiale responsable de la détérioration de nos conditions de vie et de travail veut nous voir mener une guerre culturelle, et non une guerre des classes », dit-elle, « et tant que nous continuerons à être divisés selon des critères tels que l’identité sexuelle, la race ou le statut d’immigrant, nous ne parviendrons jamais à améliorer concrètement nos conditions de vie. Pour y parvenir, nous avons besoin d’un mouvement ouvrier aussi large que possible. »


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