Assemblée publique sur la FIFA

La population inquiète avant la Coupe du monde à Vancouver

Lors d’une assemblée publique au sujet de la Coupe du monde, des organisations et des membres de la communauté de ont exprimé leur inquiétude et leur méfiance face à la mairie. Ils craignent que le public, en particulier les personnes les plus précaires, soit affectées négativement par les matchs qui se dérouleront dans la ville en juin prochain.

L’événement s’est tenu le 27 février au Carnegie Community Centre, dans le quartier Downtown Eastside, et a été soutenu par le Carnegie Housing Project. Les groupes communautaires et les personnes présentes ont discuté de l’impact sur le quartier des sept matchs qui se tiendront à Vancouver en juin.

« Nettoyer la ville »

Les membres du groupe de recherche Police Oversight With Evidence and Research (POWER) ont évoqué l’intensification de la destruction des campements de fortune et la relocalisation forcée des sans-abris. 

Une tactique utilisée par les forces de l’ordre, l’établissement de « zones rouges », consiste à interdire à une personne déplacée de revenir à cet endroit pendant une période donnée, sous menace d’arrestation si elle ne s’y conforme pas.

Pourtant, beaucoup de personnes dépendent des nombreux services sociaux concentrés dans le Downtown Eastside. Ces services comprennent des chambres individuelles, des services médicaux, des sites de consommation sécurisés, des tests de drogues, des repas gratuits et des moyens de rester en contact avec leur famille et leurs amis.

Laura Macintyre, avocate à Pivot Legal Society, a dénoncé les nouveaux règlements municipaux visant à « embellir » la ville. Elle explique que la police peut maintenant s’en servir comme base légale pour expulser des sans abri. Cette obligation d’embellissement fait partie des exigences contractuelles imposées par la FIFA à la ville.

L’un des principaux problèmes liés à ces nouveaux règlements est leur imprécision. La communauté ne sait pas vraiment comment ils seront appliqués, ce qui laisse une grande marge de manœuvre aux forces de police et de sécurité pour les appliquer comme ils veulent.

De plus, les tribunaux de la Colombie-Britannique s’apprêtent à faire à des « ajustements de calendrier », notamment au tribunal pénal de Vancouver et au tribunal civil de Robinson Square. 

La ville ayant besoin de plus de policiers pour patrouiller dans les rues, « tous les procès pénaux nécessitant la présence de la police seront annulés, les procédures d’application des règlements municipaux seront suspendues, et certaines procédures qui se déroulent normalement en personne seront transférées vers un système hybride ou vers un autre tribunal ».

« En gros, [les tribunaux] multiplient les façon d’entrer dans le système judiciaire, puis [ils] suspendent tous les moyens viables d’en sortir », a expliqué Macintyre.

« Les gens attendent déjà des mois pour leurs audience de mise en liberté sous caution—c’est très courant. Tout ça ne va qu’empirer la situation, donc toute leur vie va être mise en pause. »

Exploitation et déplacement

Kelly Go et Crystal Laderas, de SWAN, étaient également présentes. SWAN est une organisation qui fournit des services de santé de première ligne (notamment des contraceptifs, des EPI et des tests mobiles de dépistage des ITSS) et défend les droits, la santé et la sécurité des femmes migrantes et immigrées engagées dans la prostitution. 

Go a informé l’assemblée des conditions de vie de ces femmes. « Elles sont très criminalisée, très stigmatisée, et beaucoup d’entre elles sont des immigrantes précaire qui sont aussi confrontées à des barrières linguistiques. »

Mme Laderas a fait remarquer: « Il est prouvé que [lors d’événements sportifs majeurs], on constate une augmentation du trafic de main-d’œuvre et de l’exploitation des . On constate aussi une augmentation de la violence sexiste et de la violence sexuelle. Et ça inclut la violence envers les travailleuses du sexe. » 

Au fur et à mesure que l’événement avançait, il est devenu évident que la majorité des participants étaient agités et exprimaient leur mécontentement face au manque de communication de la ville à l’approche des matchs de la Coupe du monde à Vancouver.

Des résidents ont soulevé des inquiétudes sur la capacité du à répondre aux besoins des habitants et à l’afflux de visiteurs venus assister aux matchs. Certains craignent que les personnes déjà touchées par des problèmes de mobilité ou de déplacement aient encore plus de difficulté à accéder aux services essentiels.

Plusieurs personnes dans la salle ont évoqué leurs souvenirs de l’Expo 86 et des Jeux olympiques d’hiver de 2010. Un dépliant distribué lors de l’événement par le groupe Ayx Community Bus affirme que ces événements ont entraîné « des déplacements massifs, une hausse de la présence policière et des torts durables pour les personnes vivant dans la  ».

Si la communauté redoute de devoir faire face à nouveau à ces problèmes, elle tente également de s’organiser, car les temps s’annoncent difficiles.

« Les méga-événements comme la FIFA risquent de transformer nos communautés en zones de divertissement contrôlées », a déclaré Gal Lee, de Chinatown Together. « Si la ville veut vraiment prendre soin de ses habitants, elle doit redonner du pouvoir aux quartiers et passer le micro aux communautés qui savent depuis longtemps ce dont elles ont besoin. »

Leurs paroles ont semblé trouver un écho auprès de toutes les personnes présentes dans la salle, et leurs sentiments ont été repris tout au long de la soirée.

« Nous sommes là. Nous ne nous laisserons pas réduire au silence, ignorer ou traiter comme des citoyens de seconde zone. Nous continuerons à nous exprimer pour nous-mêmes, pour les autres et pour nos communautés. »

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