ICI RDI sur Prime Vidéo

Radio-Canada « se vend aux américain », dit un ex-employé d’Amazon Québec

Pendant qu’ils attendent toujours le résultat d’un procès contre Amazon, d’anciens travailleurs de la multinationale au Québec ont appris que Radio-Canada a signé une entente avec le géant du web pour diffuser ses chaînes d’information. En réponse, ils organisent une manifestation vendredi matin devant les bureaux de la société d’État à .

Le 5 mars 2026, CBC/Radio-Canada a annoncé que ses chaînes ICI RDI et CBC News Network sont maintenant offertes sur la plateforme Prime Video d’Amazon, à 4,99 $ par mois chacune. News Network est disponible sur la plateforme Gem de CBC, mais RDI n’est pas disponible sur son pendant francophone, Tou.tv.

Dany Meloul, vice-présidente des services français du diffuseur public, prétend que cette entente permettrait de pallier à la chute des abonnements au câble. C’est de là que les chaînes d’information en continu de CBC/Radio-Canada tirent la majorité de leur profit en ce moment.

Jeff Bezos. Crédit @dmoberhaus, Flickr.

En parallèle, Mark Carney et son ministre François Philippe-Champagne ont coupé 192 millions au budget du diffuseur pour 2026-2027. Des revenus qui pourraient donc financer directement le diffuseur s’en iront donc vers le milliardaire Jeff Bezos, aux . Et ça frappe encore plus quand on connaît l’historique de la multinationale au Québec.

Wesley Marceau a travaillé presque deux ans dans les entrepôts québécois d’Amazon avant leur fermeture. Il était vice-président santé et sécurité du Syndicat des travailleuses et travailleurs d’Amazon Laval–CSN (STTAL). Pour lui, l’entente avec Prime Video est une trahison. « Radio-Canada va avec Amazon parce que c’est plus facile, ça coûte moins cher. Ils nous vendent encore aux Américains pour le profit », a-t-il déclaré à L’Étoile du Nord.

Le 22 janvier 2025, Amazon annonçait sans préavis la fermeture de ses sept entrepôts au Québec, jetant à la rue plus de 4 500 travailleurs. Ces fermetures sont arrivées quelques mois après la syndicalisation du premier entrepôt de la multinationale au Canada, à Laval. Les négociations pour un contrat de travail étaient sur le point d’aboutir à l’arbitrage, qui aurait forcé la première convention collective de l’histoire d’Amazon.

La CSN a déposé une plainte devant le Tribunal administratif du travail, disant que les fermetures sont un « vaste subterfuge » dans le but d’éradiquer le syndicat. La centrale demande la réouverture des sept entrepôts, le versement à chaque employé de plus d’un an de salaire en indemnité, ainsi que des dommages moraux et exemplaires.

Pas juste dénoncé par les syndicat

L’annonce de Radio-Canada est aussi contestée dans le monde des médias. Selon Alain Saulnier, ancien directeur de l’information de la société d’État, la direction aurait pris cette décision sans l’accord de son conseil d’administration. « Il ne faudrait pas que la seule façon de s’informer soit dorénavant de passer par les géants du web américain », a-t-il ajouté. Six anciens dirigeants et journalistes de Radio-Canada ont également publié une lettre ouverte dans les médias pour dénoncer l’entente.

La PDG Marie-Philippe Bouchard a par ailleurs été convoquée devant le comité permanent du Patrimoine canadien à Ottawa.

Marie-Philippe Bouchard.

Pour Marceau, tout ça est une question de respect de la classe ouvrière du Canada et de souveraineté. « Ils nous trahissent face à Amazon, face aux oligarques américains qui menacent de nous envahir. Ils prennent le contrôle des entreprises du Canada, ils rachètent tout. Puis Radio-Canada va juste se vendre à eux. Ça va faire. »

« C’était quoi le but de nos actions, du boycott, de se tenir debout, si nos compagnies d’État se vendent aux Américains? » s’insurge-t-il. « Si ça vous répugne comme moi, venez manifester vendredi devant la maison de Radio-Canada, à Montréal. Le CCMM de la CSN va se pointer. Les travailleurs d’Alliance Ouvrière vont se pointer. Et les travailleurs d’Amazon vont être là dès 7h30 du matin. »

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