Coupures des services et gel d’embauche

Un groupe de travailleurs organise une riposte à l’austérité

Depuis le début de leur mandat, les coupes budgétaires et les restructurations par la CAQ dans le secteur public du Québec ont mené à des sur le bord du gouffre. Alors que plusieurs associations étudiantes étaient en grève contre cette vague d’austérité cette semaine, plusieurs syndicats en santé et en éducation sont aussi sur le point de leur emboîter le pas. 

L’Étoile du Nord s’est entretenue avec Philippe Soucy, membre d’Alliance Ouvrière et président du Syndicat des professionnels du Cégep de Saint-Laurent. Les conséquences des actions du l’affectent directement dans son lieu de travail. Pour lui et plusieurs autres, la situation n’est pas prêt de s’améliorer:

« Par exemple, nous, au cégep de Saint-Laurent, on vit beaucoup la vétusté des établissements en ce moment. On a un pavillon fermé, un autre qui menace d’être fermé. La façade menace de tomber, donc il faut le rénover complètement pour le remettre aux normes du bâtiment. »

Soucy ajoute que la demande pour les services en santé et en éducation ne cesse d’augmenter. Il y a de plus en plus d’étudiants, et les délais d’attente pour des sont de plus en plus longs. Pourtant, les équipes de travail n’augmentent pas, elles sont au contraire de plus en plus réduites:

« La solution du gouvernement qu’on observe, c’est plus de privé pour compenser les manques du public, et ça, ça fait un système d’éducation qui est moins accessible puisque c’est plus facile de réussir si t’es dans une famille bien aisée, qui peut se payer les institutions d’enseignement privé. En santé, ça fait qu’on offre un moins bon service public en général avec des soins de moins bonne qualité. Le privé est donc obligé de compenser en ouvrant des nouvelles cliniques privées. »

Selon Soucy, les travailleurs sont donc forcés soit de perdre leur travail et de ne pas être remplacés, sachant que les services à la population seront affectés, ou bien de voir leurs collègues perdre leur emploi en plus de se faire augmenter leur charge de travail.

Le chapitre de Montréal de l’organisation de travailleurs Alliance Ouvrière, dont Soucy est membre, répond en lançant la campagne « Nos jobs, nos services ».

Dans un communiqué publié par l’organisation, Alliance Ouvrière dénonce la dégradation des services publics et les coupures d’emplois dans l’entièreté du secteur public, particulièrement la santé, l’éducation et le communautaire:

« Avec ses coupes, la CAQ attaque les travailleuses et travailleurs du Québec. Tout en engraissant les hauts-fonctionnaires non élus, le gouvernement dégrade nos services publics et a déjà scrappé des milliers de bons emplois. Legault, Boulet, Duranceau et compagnie sacrifient notre qualité de vie pour protéger le profit de leur gang d’oligarques. »

La campagne « Nos jobs, nos services! » vise donc à organiser une réponse de la part des travailleuses et travailleurs pour défendre leurs intérêts:

« Pour gagner, nous devons créer des campagnes locales autour d’enjeux concrets de coupures de postes, et mobiliser les travailleuses et travailleurs affectés pour faire pression sur les dirigeants locaux et gouvernementaux. Nous proposons de lier ces luttes locales ensemble dans un front élargi pour une escalade de moyens de pression en milieu de travail jusqu’à la date symbolique du 1ᵉʳ mai. »

Les étudiants du Cégep de Saint-Laurent sont en grève cette semaine.

Leurs revendications sont séparées en cinq demandes principales:

  • le maintien de tous les emplois du secteur public et du secteur communautaire, ainsi qu’une augmentation du financement du secteur communautaire,
  • la réintroduction de tous les emplois supprimés, 
  • la fin du gel des embauches, 
  • l’accélération de l’affichage des postes vacants, et 
  • la réintroduction du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

En plus de l’état de l’infrastructure plus que déplorable, les coupures de postes et le gel d’embauche mènent à une surcharge importante des travailleurs du secteur public, tel qu’appuyé par le communiqué de l’organisation ouvrière:

« Plus de 20 postes seraient menacés de coupure en 2026 [au cégep de Saint-Laurent]. » Ces postes offrent du soutien aux élèves, servent à l’entretien, etc. Plus de 20 personnes qui [selon le gouvernement] « coûtent trop cher », mais dont le travail est essentiel et dont les tâches devront être reprises par leurs collègues déjà surchargés. Les travailleuses et travailleurs de trois syndicats du cégep, ainsi que l’association étudiante, s’organisent donc maintenant pour sauver les emplois des précaires.

Des tactiques malhonnêtes selon l’organisation ouvrière sont entreprises par la direction du cégep dans le but d’économiser de l’argent:

« Notre directrice des finances au Cégep de Saint-Laurent a affirmé sans scrupule lors d’une rencontre du conseil d’administration qu’il était capable d’économiser de l’argent dans le solde de fonds parce qu’il prenait plus de temps pour les remplacer. C’est une stratégie délibérée », explique Soucy.

« Quand quelqu’un s’en va en invalidité, démissionne, change de poste, on laisse le poste vacant. On prend des mois pour faire l’affichage. Pendant tout ce temps-là, on n’a pas payé personne sur ce poste-là et c’est le reste de l’équipe qui s’annonce avec la surcharge de travail. » 

M. Soucy affirme également qu’une travailleuse a perdu son emploi en raison de l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Ce programme gouvernemental avait été conçu en 2010 pour faciliter l’accès à la résidence permanente pour les immigrants. L’annulation de ce programme ajoute une couche de plus d’instabilité dans le secteur public.

Selon Alliance Ouvrière, c’est une crise économique qui poussent les oligarques du Québec à aller chercher plus de revenus dans le coffre du secteur public. 

« Les élites économiques ont longtemps eu le vent dans les voiles et n’ont pas trop regardé la dépense. À côté de leurs milliards, quelques dizaines de millions d’investis pour financer des hôpitaux et des écoles par-ci, par-là, en échange de main-d’œuvre bon marché, ce n’était rien. Les des dernières décennies les ont cependant poussés à réfléchir davantage à ces miettes qu’ils laissent à la population. Les voilà donc maintenant en mode “austérité”, c’est-à-dire, à la recherche de la maximisation de leurs profits. »

Le gouvernement donne donc maintenant le moins possible au secteur public pour investir plutôt dans des secteurs plus payants:

« Pour les écoles et le communautaire, on donne maintenant le moins possible pour financer des industries plus lucratives, comme l’armement. Dans les cégeps et les hôpitaux, la stratégie est plutôt de transformer la place en machine à profits: on privatise, on coupe des postes et on presse le citron des employés qui restent. »

Alliance Ouvrière vise donc à mobiliser les travailleuses et travailleurs qui sont directement concernés par les coupes du gouvernement:

« En organisant des campagnes locales, nous visons à mobiliser les travailleuses et travailleurs directement concernés par les coupes. Leur motivation sera alors profondément personnelle et immédiate. Ils et elles pourront se battre pour protéger leurs propres emplois, ou bien ceux de leurs collègues. Nous pensons que le mouvement syndical combatif doit miser sur ces liens immédiats pour construire, sur cette base, un mouvement plus large de travailleuses et de travailleurs. »

Le communiqué d’AO souligne finalement des exemples d’actions par des travailleurs et travailleuses du public qui ont mené à des gains dans les dernières années. En janvier 2023, les infirmières de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont ont menacé de démissionner en bloc et ont formé un sit-in, entre autres contre le temps supplémentaire obligatoire causant l’ professionnel.

« Par leur lutte, elles ont montré que ce type de mobilisation peut mener à des gains à l’échelle locale. En menaçant de démissionner en bloc et en maintenant leur sit-in, elles ont exercé une pression réelle sur la direction et le gouvernement. »

Du côté des cols bleus de la ville de Montréal, en juin 2025, une cinquantaine de travailleurs du Sud-Ouest ont organisé un sit-in de six heures contre une menace de la part de la direction de couper une demi-journée de salaire à ceux qui refuseraient d’assister à un barbecue d’appréciation des employés. La ville a finalement reculé et retiré cette menace.

« Ce refus s’inscrivait dans un conflit de travail plus large, qui a mené la section locale 301 du SCFP à déclencher une grève de 24 heures en février 2026, sa première depuis 2009. Ces exemples récents montrent que l’action directe en milieu de travail peut rapidement produire des changements concrets et améliorer les conditions des travailleuses et travailleurs. »

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