Un an après le renvoi historique de milliers de travailleurs québécois par Amazon, les promesses de la CAQ de réévaluer ses relations avec le géant sont déjà mises de côté. Son ministère des Ressources naturelles et des Forêts vient d’accorder à l’entreprise un contrat de stockage de données de 18 millions de dollars.
L’Étoile du Nord s’est entretenue avec Félix Trudeau, président du premier syndicat à Amazon au Canada (STTAL–CSN), dont l’entrepôt a été fermé à la suite de la syndicalisation:
« Mon interprétation de ce qu’a dit l’année passée le gouvernement provincial et fédéral, c’est que c’était du PR. […] C’est révoltant. La CAQ démontre encore et encore, à chaque nouveau rebondissement dans cette histoire-là, qu’elle est le parti des multinationales. »
Selon le ministre de la Cybersécurité et du Numérique du gouvernement, Gilles Bélanger, plus de 90% des données sensibles des Québécois sont hébergées chez de grands fournisseurs d’infonuagique américains, comme Amazon, Google et Microsoft.
D’un autre côté, le gouvernement a déposé une politique de souveraineté numérique en février. Celle-ci est critiquée pour ne contenir aucun mécanisme d’application et de contrainte. Elle ne contient pas non plus de critères de respect des lois entourant le travail et la syndicalisation, malgré les actes d’Amazon.
C’est sans compter que le CLOUD Act américain, récemment adopté, pourrait permettre au gouvernement américain de saisir des données stockées chez des entreprises américaines.
Pour Félix Trudeau, les gouvernements provincial et fédéral n’ont jamais voulu s’attaquer au cœur du problème: l’impunité dont jouit Amazon et les autres multinationales pour réprimer le droit d’organisation des travailleurs et licencier sans répercussions.
« C’était toujours centré sur la question de la guerre commerciale avec les États-Unis. C’était très rare que le gouvernement fédéral ou le gouvernement provincial aient abordé de front la question des intérêts des travailleurs, la question des intérêts de la classe ouvrière. »
Sans pointer dans une direction particulière, le leader syndical a rappelé l’importance de la solidarité pour le futur. Il pense qu’il est peut-être trop tard pour un mouvement populaire de masse qui pourrait sauver son ancien emploi, et attend le résultat de la poursuite de la CSN au tribunal du travail.
Mais tout n’est pas perdu pour le futur, alors que d’autres entrepôts pourraient toujours se syndiquer au Canada, et qu’Amazon existe toujours au Québec, notamment à travers Intelcom. Trudeau se dit toujours convaincu du pouvoir de la classe ouvrière qui agit ensemble et en masse pour réclamer ses droits. Il faudra simplement apprendre de ce qui s’est passé, et s’inspirer de la résistance (inédite au 21e siècle au Québec) qu’ont offerte les travailleurs d’entrepôts à la multinationale.
En contradiction avec la “souveraineté des données”
Un autre contrat CAQ-AWS, “c’est révoltant», dit un licencié d’Amazon

Par:
Comité de Montreal
Publié le:
01/04/2026
Type:
Entrevue
Section:
Travail et pouvoir

Joignez-vous à la discussion!
Les commentaires sont réservés aux abonnés. Abonnez-vous à L’Étoile du Nord pour discuter sous nos articles avec nos journalistes et les membres de la communauté. Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.