Lundi matin, environ 300 ouvriers du parc Jean-Drapeau à Montréal sont entrés en grève, alors que les négociations avec la mairie sont dans une impasse. Les employés du parc sont sans convention collective depuis trois ans.
Cette grève coïncidait avec les Championnats du monde de cyclisme sur route de l’UCI, un événement cycliste majeur. La Société du Parc Jean-Drapeau, qui gère le parc, a tenté d’obtenir une injonction contre la grève, en demandant au Tribunal administratif du travail de considérer ces travailleurs comme « essentiels ».
Ingérence de la ville et de l’employeur
La position de l’employeur semble être qu’une grève ne serait justifiée qu’à un moment où les services des travailleurs ne sont pas très sollicités:
« La Société respecte pleinement le droit de grève de ses employés ainsi que les processus prévus par la loi. Les démarches entreprises devant le Tribunal administratif du travail ne visaient pas à remettre en question ce droit, mais portaient sur la notion de services essentiels à assurer dans un contexte d’événement de grande envergure, » a déclaré un porte-parole à L’Étoile du Nord.
« Pendant tout le week-end, ils ont fait des plaidoyers comme quoi leurs employés étaient indispensables, importants et ci et ça », explique Nicolas De Ciccio, président de la section locale 301 du SCFP, qui représente les travailleurs. « On espère clairement leur remettre sous le nez que les belles choses qu’ils ont dit de leurs employés, il faut que ça se traduise par de bons salaires et de bonnes conditions de travail. »
M. De Ciccio affirme que le conseil exécutif de la ville s’est également immiscé dans les négociations en imposant des limites financières strictes à tout contrat éventuel. « Quand on était en train de négocier, on s’est fait dire par les gestionnaires du parc Jean-Drapeau qu’ils se sont fait dire par la Ville de Montréal, “vous ne pouvez pas aller plus loin que ça parce que vous allez dépasser mon cadre financier. » », explique-t-il.
« Le fameux cadre financier que l’administration Soraya Martinez et [le conseiller municipal] Claude Pinard martèlent avec tous les groupes en négociation depuis un an ou deux, mais qui est complètement déconnecté de la réalité du monde du travail. »

Des salaires et des avantages sociaux insuffisants
Les travailleurs des parcs, qui sont régis par une convention collective différente de celle des ouvriers de la ville, ont rejeté à une écrasante majorité une « offre finale » de la ville le 14 septembre. « Pour nous, en tant que syndicat, [une offre finale] est inacceptable », a fait remarquer M. De Ciccio. « Jamais on ne va recommander une entente finale de la part de l’employeur. Ce n’est pas ça de la négociation. Ça, c’est mettre un couteau en dessous de la gorge. »
L’accord proposé aurait entraîné un gel des salaires et rendu l’assurance maladie et d’autres avantages sociaux pratiquement inaccessibles pour de nombreux employés saisonniers du parc.
« Ils ont supprimé la clause d’ancienneté de cinq ans pour l’accès à l’assurance maladie », explique Anne*, une employée du parc. « Ils ont fixé un seuil horaire que nos employés saisonniers n’atteignent généralement pas. Donc, les gens étaient furieux. Ils se sont sentis insultés. »
Anne précise que les salaires des travailleurs du parc sont bien inférieurs à ceux de leurs homologues employés directement par la Ville ou par la STM. « On est payé entre neuf et treize dollars de l’heure de moins que beaucoup de personnes qui font un travail très similaire. Ceux qui travaillent pour la Ville de Montréal au niveau salarial le plus bas, ils vident les poubelles, nettoient les toilettes, nettoient les bureaux—exactement les mêmes tâches que celles qu’on effectue ici. »

Les cols bleus de la ville sont également en négociation, puisqu’ils sont sans convention collective depuis la fin de l’année 2024.
Une question de tactique
Cette grève intervient trois mois après que les employés des parcs ont voté en faveur du lancement d’une campagne de pressions lorsque les négociations se sont enlisées cet été.
« Début juillet, on a été chercher un mandat de moyen de pression pouvant aller jusqu’à la grève illimitée. On a fait des actions de visibilité, mis des beaux collants, des beaux chandails. », explique Di Ciccio.
Anne affirme qu’elle et ses collègues auraient souhaité que le syndicat adopte une approche plus offensive. « Le syndicat parlait de […] faire des t-shirts, des autocollants et des aimants sur les chars pour énerver la directrice lorsqu’elle traverse le parking. Les gens en voulaient plus. Ils voulaient de la combativité. Ils voulaient des actions directes. »
*Un pseudonyme a été utilisé à la demande de la personne interrogée.


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