L’élection québécoise se passe-t-elle seulement à la télé? Les politiciens écoutent-ils le peuple? À l’occasion de cette campagne, les journalistes de L’Étoile du Nord à Montréal ont décidé de se rendre dans les débats locaux de la métropole pour constater l’état d’un système, vendu à sa population comme une des meilleures démocraties au monde.
Trois débats ont donc été choisis comme échantillon: un dans la circonscription de Verdun, un dans la circonscription de Mercier, et un au centre-ville de Montréal.
Verdun
Lors d’un débat organisé par les organismes communautaires de la circonscription de Verdun le 17 septembre, ce sont neuf des treize candidats qui ont croisé le fer. L’absence la plus remarquable de la soirée était la candidate de la CAQ, la chercheuse et propriétaire d’entreprise Roseline Olory. Celle-ci ne semblait pas avoir jugé utile de venir répondre aux questions de ses électeurs sur des sujets comme la crise du logement et le génocide en Palestine.
Après une question à ce sujet, Antoine Dionne-Charest, candidat libéral et fils de l’ancien premier ministre Jean Charest (dont beaucoup se souviennent pour ses scandales de corruption), a dit ne pas vouloir « importer les conflits », étant toutefois forcé d’avouer que la situation à Gaza est « une tragédie humaine ».
Bien malgré lui, celui-ci s’est retrouvé au centre des discussions de l’événement. Plusieurs membres du public ainsi que des candidats présents ont soulevé des questions quant au népotisme entourant sa candidature. Le consultant de métier n’a pas cru bon de rassurer le public sur le sujet, poussant plutôt des soupirs d’agacement et de frustration lorsqu’on l’appelait « Monsieur Charest ».

Mercier
Au débat de la circonscription de Mercier, le 21 septembre, la CAQ était toujours absente—tout comme la majorité des partis. Seuls Ruba Ghazal (QS), ancienne cadre dans une usine, Thierno Diallo (Parti libéral), commissaire au développement économique à la Ville de Montréal, et Adrien Welsh (Parti communiste du Québec), militant professionnel, ont jugé pertinent de répondre aux questions de leurs électeurs.
L’événement étant organisé par des organismes communautaires du quartier, chaque candidat a répété ad nauseam son soutien à leurs causes, en particulier Thierno Diallo. En effet, celui-ci s’est réclamé à plusieurs reprises de ce milieu peu financé et concentré à aider les plus pauvres, alors qu’il travaille auprès des petites et moyennes entreprises.
Les organismes présents ont posé des questions sur de nombreux sujets, comme l’itinérance, l’insécurité alimentaire ou la crise du logement. Ghazal et Diallo se sont relayés pour rappeler les millions que leur parti veut investir pour régler ces problèmes, sans jamais proposer de solution définitive. Welsh, lui, tentait parfois d’aller à la racine des problèmes, mais son langage académique et peu accessible l’empêchait de connecter avec la foule.

Centre-ville de Montréal
Le débat « Pensons haut et fort le Québec de demain », organisé le 22 septembre par l’UQAM et animé par Pierre-Olivier Zappa de TVA, avait une formule un peu différente des autres. Cette fois-ci, aucune question ou participation du public. Les candidats discutaient plutôt de trois thèmes choisis d’avance et présentés par des professeurs de l’UQAM. Ainsi, des candidats de circonscriptions variés appartenant à QS, au PLQ, au PCQ et au PQ ont pu débattre en duo de l’enseignement supérieur, de la santé et de l’environnement.
Comme à l’habitude, la CAQ était absente de l’événement, tout comme l’ensemble des petits partis provinciaux, qui ne semblent pas avoir été invités. Les autres candidats en ont donc profité pour s’attaquer au bilan de la CAQ et pour vendre le programme de leur Parti, en évitant souvent les questions du modérateur.
L’avocat et ancien propriétaire d’entreprise Adrien Pouliot, du Parti Conservateur, a notamment refroidi la salle de jeunes étudiants en défendant l’exploitation des gaz de schistes comme mesure environnementale et en s’attaquant au « dogme » du système de santé public.

Des élections à la télévision
Alors, l’élection québécoise se passe-t-elle seulement à la télé? À voir les débats locaux, il est difficile de répondre par autre chose que « oui », ou au moins « surtout ». Que ce soit dans la représentation ou le contenu, les fissures étaient partout.
Là où L’Étoile du Nord s’est rendue, pas d’infirmiers, d’ouvrières, de camionneurs, de coiffeuses, mais plutôt des avocats, des conseillers, des chercheurs, des patrons, des intellectuels et des gestionnaires. Bref, la très grande majorité de la population était absente chez les candidats.
Ce n’est pas mieux pour les partis, alors que les débats locaux réunissent rarement les cinq principales formations, encore moins les petites, et presque jamais tous les candidats de la circonscription.
Et pour dire quoi? Souvent les mêmes lignes pré-écrites que dans les grands débats télévisés. L’Étoile du Nord n’a pas pu relever de position particulièrement originale. Les questions du public ont parfois servi de décor, mais ont plus souvent qu’autrement été ignorées au profit de phrases toutes faites. Les candidats n’y ont pas appris à connaître leur électorat et encore moins ses priorités.
Nous sommes à l’heure où les commentateurs répètent que la démocratie est « fragile » et où les chefs de parti se félicitent de « l’exercice démocratique » qu’étaient les débats de TVA, Noovo et Radio-Canada. Si la démocratie est une série télévisée soigneusement préparée par les équipes de communication des chefs, il ne faut pas se surprendre de l’absence de fondations solides.


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