Des militants pour le logement ont occupé un immeuble abandonné dans le quartier de la Côte-Saint-Paul à Montréal pendant trois jours et trois nuits avant d’être expulsés par la police jeudi. À l’approche des élections provinciales, cette occupation politique a attiré l’attention sur la pénurie de logements locatifs abordables, qui s’est considérablement aggravée ces dernières années.
Cette occupation a été organisée par la Coalition contre le logement cher (COLOC), qui regroupe plusieurs associations de défense du logement et collectifs communautaires de toute la province. Flav Choquette-Giguère est organisatrice au sein du POPIR, le comité logement local. Elle a expliqué les motivations de cette occupation lors d’une conférence de presse jeudi matin:
« La crise [du logement], ça ressemble à 100 000 logements vides, pendant que le nombre de personnes en situation d’itinérance n’arrête pas d’augmenter, que des dizaines de milliers de personnes sont sur la liste d’attente pour avoir un HLM et que les gens vivent dans toutes sortes de mauvaises conditions d’habitation. Les logements abandonnés, c’est une insulte pour les personnes qui sont mal logées. »
Sur ces 100 000 logements vacants, 20 000 se trouvent à Montréal. L’occupation politique a coïncidé avec la « Riposte populaire », une semaine d’action à l’échelle de la province contre la hausse du coût de la vie, organisée par des associations de défense du logement, des associations communautaires et des syndicats à l’approche des élections provinciales au Québec.
« Sachant très bien que même les plus nombreuses manifestations des dernières années n’ont pas empêché le gouvernement de nous ignorer, on a décidé d’amener notre action politique à un autre niveau en ouvrant un squat dans un bâtiment vacant. On occupe donc ce triplex abandonné depuis trois jours pour rendre visible la crise du logement cher », a expliqué Choquette-Giguère.
« Le squat sert à visibiliser ces demandes qui ont été ignorées pendant la campagne électorale et à rappeler à la population qu’on détient un pouvoir d’action et de mobilisation. »

À l’intérieur du squat
Dans l’immeuble, les militants avaient installé des bâches pour recouvrir les planchers, des matelas gonflables et même une toilette chimique. Des sympathisants leur ont apporté de la nourriture, et un voisin qualifié a aidé à démonter le panneau électrique afin d’assurer la sécurité des squatteurs.
Choquette-Giguère considère l’abandon de cet immeuble comme un exemple du gaspillage flagrant de ressources permis par un modèle de logement fondé sur le marché:
« Les travailleurs ne construisent pas des logements pour enrichir le monde. On construit des logements et on extrait des ressources pour que les gens vivent dedans. Quelque chose comme ça qui, il y a six ans, était probablement encore habitable et que ce soit gaspillé pour qu’un propriétaire fasse du cash dans 15 ans, quand il va pouvoir démolir. »

Les squatteurs ont maintenu une présence constante dans le bâtiment pendant trois jours et trois nuits, dix personnes dormant à tour de rôle. Pour entretenir la dynamique de la mobilisation, ils ont organisé des activités quotidiennes avec des sympathisants, telles que des projections de films et un atelier de fabrication de bannières.
Les militants espéraient maintenir l’occupation au moins jusqu’au jour des élections, le 5 octobre, mais un groupe d’une vingtaine de policiers montréalais les a expulsés des lieux jeudi après-midi.
Les besoins des locataires ignorés par les partis électoraux
Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire pour le réaménagement urbain (FRAPRU), estime que les propositions des partis politiques de la province en matière de logement sont sérieusement insuffisantes:
« En fait, il n’y a pas été question de droit au logement durant la campagne. On continue à nous parler de l’offre qu’il faut augmenter, et ça, ça devrait nous inquiéter, parce que si on continue à inonder le marché de logements très chers, ce sont l’ensemble des locataires qui vont s’appauvrir. »
Au Québec, on entend par « logement abordable » tout logement dont le coût est inférieur au loyer médian du marché. Selon le cabinet d’analyse du marché locatif Door Insight, le loyer médian d’un appartement de deux chambres à Montréal s’élevait le mois dernier à 1 895 dollars par mois, soit près de 23 000 dollars par an.
Le discours des chefs de partis provinciaux s’est en effet concentré sur l’augmentation de l’offre de logements. Tous ont promis de stimuler la construction neuve par le biais de réductions d’impôts, de mesures de déréglementation, ou les deux.

« À cause du discours de l’offre et de la demande selon lequel il faudrait simplement construire plus pour aider les locataires, on voit se construire des centaines de condos alors qu’il y a des tours qui sont pratiquement vides dans nos quartiers proches du centre-ville. Les citoyennes et les citoyens qui font moins de 2000$ par mois n’auront aucun répit avec les logements soi-disant abordables qui vont coûter plus de 1000$ par mois et qui sont promis en ce moment », affirme Choquette-Giguère, soulignant que les revenus des locataires n’ont pas suivi la flambée des coûts du logement.
Seul Québec Solidaire a proposé une mesure modeste de contrôle des loyers: plafonner les loyers au taux d’inflation, avec des exceptions pour les propriétaires qui, par exemple, entreprennent des rénovations majeures.
Québec Solidaire n’a toutefois pas pris position en faveur de l’occupation. Sur Instagram, Lyn O’Donnell, participante à l’occupation, a dénoncé le silence du député local du parti, Guillaume Cliche-Rivard. « Où est Québec solidaire? », demande-t-elle dans une vidéo qui approche les 2 000 « j’aime ».

Autres actions en faveur du logement
Dans la même journée de jeudi, la COLOC a organisé des manifestations à Rouyn-Noranda, devant l’Assemblée nationale à Québec, ainsi qu’au centre-ville de Montréal.
Alors que le squat et la Riposte populaire réclament des engagements de la part des partis politiques, Choquette-Giguère espère que cela contribuera également à promouvoir un changement de paradigme en matière de logement:
« C’est du bien collectif, c’est nos ressources collectives, c’est notre travail collectif. Je pense qu’il faut tomber dans cette conception-là de nos bâtiments, qu’on dise « C’est nos bâtiments. Vous avez utilisé nos ressources naturelles collectives. Vous avez utilisé notre travail. Si vous ne l’entretenez pas, nous on va l’entretenir. » »


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