130 millions d’électeurs ont été rayés des listes électorales à travers l’Inde dans une « Révision intensive spéciale » (RIS) menée par la Commission électorale indienne appelée. Des manifestations ont éclaté dans tout le pays, mais aussi dans la diaspora, pour exiger la démission du président de la Commission électorale. À Vancouver, des manifestants ont qualifié la RIS de « menace pour la démocratie indienne ».
Cette révision nationale s’est déroulée en plusieurs phases à travers le pays, couvrant tour à tour différents États et territoires de l’Inde. En octobre 2026, plus de 130 millions d’électeurs avaient été rayés de diverses listes électorales. Le territoire de la capitale de l’Inde, Delhi, a vu son électorat diminuer de 32,78% par rapport à la liste précédente, à la suite des mesures prises dans le cadre de la RIS.
La Révision a été mise en place plus tôt en 2025 par le président de la Commission électorale, Gyanesh Kumar. Il s’agit d’un exercice visant à vérifier l’existence des citoyens inscrits sur les listes électorales à travers le pays dans le cadre des élections nationales et provinciales. Cet exercice oblige les personnes rayées des listes à aller en appel en prouvant leur existence à l’aide de 11 documents différents.
Après avoir atteint la région de la capitale lors de sa troisième phase, l’indignation croissante du public à l’égard de la RIS a atteint son paroxysme, des millions de personnes s’indignant et des centaines de milliers se rassemblant dans la capitale et ses environs. En réponse, des milliers de militants ont été placés en détention, des figures de proue du mouvement ont été arrêtées et plus de quarante mille agents de sécurité ont été déployés contre les manifestants.
Le Jantar Mantar, bien connu pour les manifestations qui s’y déroulent, a également été déclassé de son statut officiel de site de manifestation, rendant ainsi illégal tout rassemblement à cet endroit.
Des manifestations de solidarité avec les militants en Inde et contre la RIS ont eu lieu le 11 septembre dans plusieurs grandes villes du Canada comme Toronto, Montréal et Vancouver. Les manifestants réclamaient la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, la démission de Gyanesh Kumar et la réinscription de toutes les personnes rayées des listes électorales.

La répression en Inde se poursuit
L’opposition à la RIS a mobilisé diverses forces, notamment des étudiants, des femmes, des membres des castes inférieures, des autochtones, des syndicats et des partis politiques. Des mesures répressives ont été prises à l’encontre de l’ensemble de ces résistances, notamment la détention de Rahul Gandhi, un dirigeant du Congrès national indien qui est le deuxième plus grand parti politique du pays.
La Cour suprême de l’Inde, avant les manifestations contre la RIS, avait statué que les services essentiels ne devaient pas être interrompus. Malgré cela, les autorités ont interrompu les services Internet et le métro. Il s’agissait de la deuxième grande vague de coupures d’Internet à Delhi cette année, la précédente ayant eu lieu lors des manifestations contre le NEET.
La répression de l’opposition à la RIS reprend nombre des mesures prises contre les manifestations étudiantes du NEET qui ont eu lieu il y a deux mois. C’est le cas du déploiement de personnel armé et d’escouades paramilitaires.
Les dirigeants du Cockroach Janata Party, un mouvement clé dans la coordination des manifestations contre le NEET, ont également été arrêtés après avoir publié une vidéo sur les médias sociaux proposant un plan de manifestations pacifiques à Jantar Mantar.
Vérification ou privation du droit de vote?
La RIS vérifie l’identité des électeurs à l’aide de 11 documents différents, ce qui exige des documents approuvés par le gouvernement attestant non seulement de leur identité et de leur lieu de résidence, mais aussi de l’identité de leurs parents et de leurs antécédents électoraux.
Ce processus s’est avéré être un cauchemar bureaucratique pour plusieurs, touchant de manière disproportionnée les communautés défavorisées en Inde comme les migrants et les personnes en situation de pauvreté.
Alors que lors des élections précédentes, une carte d’électeur ou une carte Aadhar (carte d’identité) aurait suffi, les nombreux documents qui doivent désormais être présentés se trouvent dans des endroits inaccessibles pour ces personnes. De plus, la RIS a semé la confusion chez les électeurs comme au gouvernement, le formulaire 6 (inscription des nouveaux électeurs) empêchant plusieurs personnes de le remplir en raison de son manque de clarté.

Bien que les citoyens puissent contester leur radiation de la liste électorale, leur participation à la prochaine élection n’est pas garantie. Sur les 3,8 millions de demandes dûment remplies qui ont été envoyées, seulement environ 120 000 personnes ont été réinscrites sur la liste électorale. 3,6 millions de demandes sont toujours en attente.
« C’est grave, mais on ne peut rien y changer », a déclaré Prabh, un passant présent au rassemblement à Vancouver. « C’est comme ça en Inde. Il faut juste faire profil bas et essayer de survivre. »
Une enquête menée par l’Indian Express a mis au jour des tensions internes et des décisions illégales au sein de la Commission électorale indienne, menées par Gyanesh Kumar.
Le rapport a révélé 14 cas distincts où des objections et des désaccords concernant diverses décisions liées à la RIS ont été ignorés et où ces décisions ont tout de même été mises en œuvre. Parmi ces décisions figuraient des radiations et des ajouts erronés à la liste électorale, la limitation des pouvoirs des agents électoraux et l’octroi de pouvoirs accrus au commissaire en chef aux élections (Gyanesh Kumar).
La Commission électorale indienne est un organisme composé de trois membres, dont un commissaire des élections en chef et deux autres commissaires. Cet organe est sensé fonctionner de manière démocratique, non-partisane et impartiale. C’est lui qui dirige le processus électoral dans le pays. Les décisions qui y sont prises doivent être confirmées par un vote à majorité.
Une manigance du parti au pouvoir ?
Les manifestants remettent en question le caractère de cette commission, puisque ses décisions semblent être de connivence avec le parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP). Bien que Gyanesh Kumar ne détienne aucun rôle formel dans ce parti, les opposants au régime mettent de l’avant les liens qui unissent la carrière de Kumar et plusieurs projets du BJP. Ce fut le cas notamment de la révocation de l’autonomie territoriale du Jammu-et-Cachemire.
Une enquête du média The Wire a découvert que, dans la région du Bihar, la suppression des droits de vote a atteint des plus hauts taux pour les musulmans. Ces derniers ont vu 3,7% de leurs électeurs être rayés de la liste, contre 1,9% pour les membres des autres confessions.
« C’est une manigance par le gouvernement du BJP et Gyanesh Kumar pour gagner la majorité dans des États comme le Bihar », affirme Shaan, un manifestant de Vancouver. Le BJP a un historique de politiques suprémacistes hindoues. C’est le cas notamment de sa nouvelle politique en éducation.


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