Il y a un nouveau bureaucrate en charge de mener les constables spéciaux du métro de Montréal. L’annonce a été faite le 13 octobre par la mairesse, qui promettait du même coup 6,4 millions $ par année pour ajouter 52 de ces agents. C’est Martin Prud’homme, un ancien dirigeant controversé de la Sûreté du Québec (SQ), qui dirigera la nouvelle direction « Sûreté et résilience organisationnelle » de la Société de transport de Montréal (STM).
Prud’homme a d’abord gravi progressivement les échelons de la SQ, débutant comme patrouilleur en 1988. C’est après une carrière de 21 ans à la Sûreté du Québec que le gouvernement libéral de Jean Charest le nomme sous-ministre associé au ministère de la Sécurité publique. Il y devient sous-ministre en 2011, jusqu’en 2014 où il retourne à la SQ.
Prud’homme est ainsi sous-ministre lorsque sont perpétrées les innombrables violences policières visant le mouvement étudiant contre la hausse des frais de scolarité. Parmi les incidents de brutalité qui avaient fait la manchette, on recense notamment des tirs de projectiles au visage d’étudiants, comme Maxence Valade qui avait ainsi perdu un œil et Alexandre Allard qui avait perdu l’ouïe dans une oreille.

Sûreté du Québec (2014-2021)
Dans la première année de son mandat à la SQ, Prud’homme a dû composer avec une augmentation de la répression visant le mouvement étudiant et syndical contre l’austérité, qui secouait la province durant l’année 2015. De janvier à octobre 2015 uniquement, ce sont 785 000$ qui avaient été dépensés par la SQ pour encadrer les manifestations.
Environ un an après son entrée en poste, Prud’homme voit son corps policier aux prises avec un scandale qui entachera la réputation de la Sûreté du Québec pour tout le reste des années 2010. En effet, l’émission Enquête diffuse en octobre 2015 un reportage où plusieurs femmes autochtones de Val-d’Or, en Abitibi-Témiscamingue, racontent que des policiers de la SQ les ont agressées sexuellement.
En soutien à leurs collègues du poste 144, les policiers de la SQ lancent alors un mouvement où ceux-ci arborent un bracelet rouge orné du numéro du poste. C’est à l’automne 2018 que ce mouvement des bracelets va cesser.
Un mémoire de l’organisme Femmes autochtones du Québec montre que Martin Prud’homme n’a jamais voulu utiliser son droit de gestion pour imposer aux policiers le retrait de ces bracelets. Celui-ci avait aussi évité de s’excuser pour les viols commis par ses policiers, selon Radio-Canada.
Martin Prud’homme est suspendu en 2019 dans la foulée d’une enquête policière qui avait mené à l’arrestation de Guy Ouellette, un député du Parti libéral du Québec qui avait voulu saboter une enquête de corruption visant son parti. Prud’homme était un ami de Ouellette, ce qui avait éveillé nombre de spéculations quand le DG a été accusé, par une procureure, d’avoir mené une faute déontologique dans ce dossier.
Prud’homme sera finalement trouvé non coupable d’actes criminels. Visé ensuite par une enquête en déontologie, il avait répliqué par une contre-poursuite au civil. Il est finalement arrivé à une entente avec le gouvernement en 2021, laquelle mettait fin à son emploi à la SQ et, du même coup, à l’enquête en déontologie qui le visait. Durant ses deux ans de suspension, Prud’homme a touché environ 500 000$ en salaire.
Ville de Montréal (2022-2026)
En 2022, Prud’homme est embauché par la ville de Montréal pour être en charge de la sécurité urbaine à la Ville de Montréal. Sa première tâche importante sera de mener le processus de sélection du chef du Service de police de la ville de Montréal (SPVM). C’est ce qui mènera à l’embauche du chef actuel, Fady Dagher.
En 2023, un rapport commandé par le SPVM pour remédier à son problème interne de racisme est dévoilé publiquement. On y trouve une recommandation principale, soit de cesser les interpellations policières au hasard puisque celles-ci ciblent six fois plus souvent des Autochtones et 3,5 fois plus souvent les Noirs. Le SPVM refusera de suivre cette recommandation et misera plutôt sur l’éducation interne.
La dernière année de Prud’homme en fonction a été marquée par une bavure policière ayant mené à la mort d’Abisay Cruz, un père de famille de 29 ans. Le SPVM avait ensuite attaqué une manifestation réclamant des conséquences pour sa mort.

Prud’homme perdra son poste en février 2026, alors que la mairesse Soraya Martinez Ferrada abolit son poste. Celle-ci lui offre néanmoins un poste de « conseiller stratégique » sur les questions policières, qu’il accepte.
Niant d’abord au début octobre avoir embauché Prud’homme, la STM dévoilera plus tard avoir créé une nouvelle direction principale, celle de la « sûreté et résilience organisationnelle », qui sera confiée à Martin Prud’homme.
Appelée à commenter sur l’embauche d’un personnage au passé trouble comme Prud’homme, la STM a affirmé à L’Étoile du nord que « Martin Prud’homme a toute notre confiance pour accomplir son mandat ». Celui-ci « a été blanchi de toute allégation criminelle selon la Loi sur la police », ajoute-t-on.


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