Pas de référendum d’indépendance

Les Albertains veulent rénover une Confédération chambranlante

75% des votants au référendum albertain d’hier se sont opposés à un processus d’indépendance de la province. Ils ont pourtant aussi mandaté leur gouvernement de réformer la constitution canadienne. Nul doute qu’il s’agit d’une stratégie douteuse, mais qui pourrait donner des résultats vu l’importance économique de l’Alberta dans une Confédération pleine de fissures.

Les résultats du référendum étaient parlants hier: nul doute qu’en Alberta, l’option de la sécession n’avait pas de base populaire suffisante pour l’emporter. Les indépendantistes n’ont gagné de justesse que dans deux circonscriptions de l’ouest de la province: Central Peace-Notley et Rimbey-Rocky Mountain House-Sundre.

Le référendum ne se limitait cependant pas à demander aux Albertains s’ils voulaient quitter le Canada, mais neuf autres questions étaient aussi posées. De celles-ci, une seule, liée aux programmes fédéraux, a été rejetée par 51% des votants. 

Parmi les huit qui ont été approuvées par référendum, cinq sont plutôt réactionnaires et surfent sur la vague anti-immigration qui secoue plusieurs pays, alors que deux autres visent à augmenter l’autonomie provinciale. Évidemment, l’utilisation des comme bouc émissaire des échecs du système est inquiétante. Mais c’est la toute dernière proposition qui attire particulièrement l’attention: se débarrasser du Sénat canadien.   

Il y a de quoi se réjouir si le gouvernement albertain s’engage sérieusement à abolir un vieux rebut comme le Sénat. Cette institution farfelue est, au mieux, une manière de payer d’anciens joueurs de hockey, des gérants de bar de danseuses et des comiques à rester chez eux, mais au pire elle sert les intérêts du statu quo.

Il y avait d’ailleurs de quoi sourciller lorsqu’ont circulé des appels venant de groupes dits pro-travailleurs à voter en défense du Sénat. On se demande bien à quelle classe ouvrière ceux-ci se sont adressés pour en venir à la conclusion qu’il faut s’opposer à l’abolition d’une chambre législative non élue.

Le manque de courage des partis dits « de gauche » des dernières décennies est tel qu’on en arrive à des situations étranges où un gouvernement de droite peut provoquer certains changements plus progressistes que ce que la gauche ose demander depuis l’opposition. 

C’est le cas actuellement au avec le nouveau gouvernement du Parti québécois. Celui-ci a décidé de mener la guerre aux symboles de la , tandis que les « gauchistes » de Québec solidaire ont passé les dix-huit dernières années à prêter serment à la monarchie anglaise. 

Négocier sans levier

Il faut cependant se demander si le gouvernement albertain aura même une quelconque chance d’obtenir des changements constitutionnels. Le banquier en chef Carney a affirmé être ouvert dans un podcast il y a quelques jours, mais la parole d’un élu libéral ne vaut pas grand-chose, c’est bien connu.

Nul doute que le gouvernement conservateur d’Alberta espérait avoir la menace d’un processus référendaire dans sa poche avant de se lancer dans un bras-de-fer constitutionnel avec le fédéral. Historiquement, c’est ce que les classes dirigeantes un peu rusées ont fait: demander des privilèges pour sa gang, en échange de quoi on calme les méchants séparatistes.

Les dirigeants albertains se retrouvent cependant maintenant avec une main dévoilée face à leur adversaire. La machine fédérale sait bien que la Confédération craque de partout, mais c’est contre sa nature d’augmenter l’autonomie provinciale. On ne peut pas lire l’avenir, mais on serait bien surpris de voir l’État canadien céder face à la première ministre de l’Alberta et son référendum. 

Une impasse historique

Le gouvernement québécois de René Lévesque avait été mis dans la même position après la victoire du « non » au référendum d’indépendance de 1980. Environ 60% des votants avaient alors choisi de ne pas engager le gouvernement provincial dans des négociations pouvant mener à la souveraineté du Québec.

Les élites québécoises, représentées par le Parti québécois, puis par le Parti libéral, s’étaient tournées vers la stratégie du « beau risque », soit de faire une entente avec le gouvernement canadien pour que la province ait une place plus confortable dans la confédération. 

Après une décennie de tergiversations et de trahisons constitutionnelles, les provinces ne s’entendront finalement pas sur une entente qui satisfasse la nation québécoise et la nation anglo-canadienne. La seule tentative sérieuse de la part du fédéral pour répondre aux demandes du Québec fut l’accord de Charlottetown, présenté après que le Parti libéral québécois eut bluffé de vouloir organiser un référendum pour l’indépendance du Québec.

L’étrange promesse du Parti libéral du Québec de tenir un référendum avait éventuellement mené à une scission pro-indépendance au sein du parti, menée par Mario Dumont. Il est ici parodié par le groupe d’humour RBO.

Les monopoles, un facteur décisif ?

Désarmé politiquement, le gratin provincial de l’Alberta ne pourra donc pas menacer le gouvernement Carney. Ça tombe bien pour lui, ce n’est pas dans les bureaux de député, mais dans la production de pétrole que le pouvoir réside réellement au Canada.

Une autonomie provinciale plus grande de l’Alberta pourrait assurément profiter aux monopoles de l’énergie qui en pillent le sol pour s’enrichir. Ces entreprises sont généralement contre les mouvements de sécession, puisque cela complique leurs affaires, mais peut-être l’idée d’un paradis fiscal anglo-canadien pourrait-elle leur plaire. 

Peut-être y aura-t-il, donc, une réelle confrontation sur les propositions référendaires où le « oui » a gagné, si les possédants de la province y voient un intérêt financier. Être désarmé politiquement veut seulement dire que le pouvoir économique doit jouer un plus grand rôle. 

On peut cependant douter que les pétrolières et leurs alliés en aient vraiment quelque chose à cirer du Sénat et que plus de quelques propositions seront retenues par les maîtres de l’Alberta. 

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