Après enquête sur la manifestation

La version officielle des 78 suspensions à Saint-Jérôme remise en cause

Inspirés par le mouvement des lycéens français, des élèves ont lancé une manifestation à la Polyvalente de Saint-Jérôme (EPSJ), le 16 octobre. En réponse à la mobilisation et à des « gestes de vandalisme » de la part de certains élèves, la direction a annoncé mardi la suspension de 78 élèves. La commission scolaire affirme que les jeunes n’avaient aucune revendication, mais un élève suspendu affirme le contraire à L’Étoile du Nord.

Depuis quelques semaines, l’avalanche de contenu lié au mouvement lycéen semble avoir fait comprendre aux élèves de secondaire québécois qu’ils pouvaient se révolter. Des appels au blocage ont commencé à circuler sur Instagram et TikTok peu après le début des mobilisations.

Selon les informations rapportées dans les médias, le 16 octobre à l’heure du midi, un rassemblement d’étudiants de la polyvalente aurait entamé une manifestation dans les couloirs de l’école. Selon TVA Nouvelles, ce sont 2000 des 3400 élèves de l’école qui auraient participé à la mobilisation. À mesure que les étudiants se déplaçaient dans l’école, de plus en plus de leurs collègues ont rejoint la foule.

La masse s’est rassemblée dans le couloir principal où des actes de et de vandalisme ont été rapportés par l’administration. Le Centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord (CSSRDN) n’a pas souhaité offrir davantage de détails sur la nature des actes de vandalisme. Les seuls actes vérifiables rapportés dans les grands médias et corroborés par L’Étoile du Nord sont le lancer d’une poubelle et de papier toilette. 

Un « dance battle » aurait eu lieu et aurait été perçu comme une bataille par le personnel. Huit voitures de police se sont alors rendus sur les lieux et deux élèves ont été arrêtés et menottés puis, un par un, escortés hors de l’école par cinq policiers avant d’être relâchés. Les cours auraient alors repris, pour finalement être interrompus peu de temps après par le déclenchement de l’alarme d’incendie. 

Suite à la mobilisation, 78 élèves ont été suspendus par l’administration. Après la fin de semaine et une journée pédagogique exceptionnelle le 19 octobre, l’administration prévoyait renforcer son dispositif de contrôle au retour en classe, avec des gardes de sécurité et des policiers. La quantité de suspensions et l’ampleur du dispositif de sécurité représentent du jamais vu dans l’histoire récente des écoles publiques québécoises.

Questionné par L’Étoile du Nord, le CSSRDN affirme qu’il « cautionne effectivement les mesures disciplinaires imposées aux élèves ayant initié ou participé au mouvement de perturbation. » Selon eux, les gestes des manifestants « ont mis à risque la sécurité des élèves et des membres du personnel. » 

Une mobilisation sans revendications?

Selon le CSSRDN, « aucune revendication n’a été formulée par les élèves à l’origine des événements. Il ne s’agissait donc pas d’une mobilisation visant à faire valoir des demandes, mais d’une initiative visant à perturber les activités scolaires. »

Jérémy* un élève de l’EPSJ qui a été suspendu suite à sa participation au rassemblement, rapporte toutefois que des demandes circulaient parmi les élèves: « Y’en a qui étaient écrits comme quoi ils veulent le retour des téléphones et qu’il y a de l’amiante dans les plafonds du troisième étage, et plein de choses ».

L’Étoile du Nord n’a pas pu vérifier qui a formulé ces revendications ni dans quelle mesure elles étaient partagées par les élèves présents.

Une affiche de revendications a aussi circulé sur les réseaux sociaux.

L’élève, contacté par L’Étoile du Nord via la messagerie privée de TikTok, dit ne pas comprendre les raisons de sa suspension de quatre jours. Il raconte avoir simplement fait du breakdance au centre du rassemblement, sans savoir quel geste précis lui était reproché.

« L’école ne m’a même pas dit ce que j’ai fait », déplore-t-il. Il affirme également qu’un autre élève, qui se trouvait en cours de et citoyenneté québécoise au moment des événements, a lui aussi été suspendu.

Le CSSRDN réitère que les suspensions ne visent pas à réprimer les revendications politiques des élèves, mais à sanctionner des actes de vandalisme. « Aucune mesure disciplinaire ne doit être imposée pour la seule expression d’une opinion ou la participation pacifique à une mobilisation. »

Les revendications des élèves rappellent plusieurs points soulignés lors des mobilisations cégépiennes récentes. Un sentiment d’urgence face à la désuétude des établissements scolaires est ressenti par de plus en plus d’étudiants de la province, autant au secondaire qu’aux études supérieures. Des mobilisations en ce sens sont prévues, notamment par la CRUES, une fédération d’associations étudiantes qui appelle à une d’une semaine en novembre.

*Un pseudonyme a été utilisé pour protéger l’identité de l’élève d’âge mineur

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