Arnaqués par une agence de recrutement

Des travailleurs exploités dans des fermes et des hôtels exigent justice

17 travailleurs philippins récemment arrivés en Colombie-Britannique exigent que le gouvernement intervienne, après qu’ils aient été victimes de trafic humain par une agence de recrutement qui les aurait envoyés travailler dans des fermes et des hôtels. Ils affirment qu’on leur doit plus de 2 500 $ chacun en salaires impayés, ainsi que des milliers de dollars supplémentaires en frais illégaux perçus par les recruteurs.

Les travailleurs affirment qu’il ne leur reste pratiquement rien après que deux recruteurs de Helping Hands Immigration Services (HHIS), Cherry May Ricafort et Vincent Macalipay, les auraient escroqués de milliers de dollars en frais illégaux. Ils les auraient aussi fait travailler de force dans deux hôtels de et dans trois fermes de Keremeos, en Colombie-Britannique. 

La Damayan Society for Migrant Education and Resources (Damayan) et Migrante BC, une organisation communautaire au service des migrants philippins en Colombie-Britannique, aident ces 17 travailleurs à obtenir un temporaire, du transport, de la nourriture, un soutien juridique et des services de traduction. Avec les travailleurs, ces organisations ont aussi lancé la campagne « Justice pour les 17 de HHIS ».

L’Étoile du Nord a assisté à une conférence de presse organisée par les travailleurs et leurs sympathisants. Cette conférence de presse a permis de faire connaître les témoignages des travailleurs et a incité plus d’une douzaine d’autres migrants ayant vécu des expériences similaires à se manifester. 

Helping Hands Immigration Services

Les travailleurs philippins étaient initialement arrivés de Taïwan pour aller à Terre-Neuve, où ils ont passé quatre mois comme travailleurs saisonniers dans le secteur des fruits de mer avec l’espoir que travailler au Canada serait la clé pour changer la vie de leur famille. En tant que travailleurs étrangers temporaires (TET) liés à un seul employeur par des permis de travail fermés, ils avaient de la difficulté à trouver un emploi pour le reste de l’année. L’un de leurs collègues les a orientés vers Ricafort et Macalipay, à Vancouver. 

Les 17 travailleurs affirment que, profitant de leur manque de connaissances en tant que nouveaux arrivants au Canada, les deux recruteurs les ont incités à venir travailler en Colombie-Britannique en leur faisant de fausses promesses concernant des évaluations d’impact sur le marché du travail (EIMT) qui leur permettraient de travailler légalement dans la province pendant deux ans. Une EIMT est un document dont les employeurs peuvent avoir besoin pour embaucher des travailleurs étrangers, lequel atteste qu’aucun Canadien ou résident permanent ne peut occuper l’emploi qu’ils comblent. 

Les travailleurs rapportent qu’on leur a demandé à chacun de transférer entre 5 000 $ et 8 000 $ sur le compte bancaire personnel de Ricafort et sur le compte d’entreprise de Strive Employment and Labour Contractors Services Ltd.

Après avoir payé ces frais initiaux exigés par les recruteurs, ainsi que leur billet d’avion de Terre-Neuve à Vancouver, ils ont été séparés. Certains ont emménagé dans des logements fournis par Cherry et Vincent. D’autres ont été envoyés directement dans des fermes à Keremeos, un village du centre-sud de la Colombie-Britannique situé près d’Osoyoos et de la frontière avec les . 

Exploitation dans des hôtels de Vancouver

Cinq des travailleurs ont été embauchés par Cherry et Vincent pour travailler comme préposés à l’entretien ménager dans deux hôtels distincts : le Best Western Plus Vancouver Airport Hotel et le Grand Park Hotel & Suites Downtown Vancouver. 

Le Best Western, un hôtel 3 étoiles de 137 chambres situé dans le quartier Marpole de Vancouver, et le Grand Park, un hôtel 4 étoiles de 141 chambres situé au centre-ville de Vancouver, sont présentés comme des « établissements partenaires » sur le site Web du Grand Park.

Ces travailleurs auraient reçu pour consigne de Cherry de ne pas parler à leurs collègues ou à la direction de l’hôtel, tout en se faisant rassurer que leurs EIMT étaient en cours de traitement. Après avoir travaillé dans ces hôtels pendant environ deux semaines, ils ont découvert qu’ils n’étaient payés que 7,50 $ par chambre nettoyée, plutôt qu’à un taux horaire.

Lorsqu’ils ont découvert qu’il n’y avait en fait aucun EIMT pour les hôtels, ils se sont rendus chez Macalipay et ont demandé le remboursement des frais qu’ils avaient initialement versés. Celui-ci a refusé et a plutôt menacé les travailleurs de les expulser de leur logement, affirmant qu’il appellerait la pour intrusion et les dénoncerait à l’Agence des services frontaliers du Canada. 

Ils affirment que, jusqu’à ce jour, les milliers de dollars en frais initiaux ne leur ont pas été remboursés et qu’on leur doit toujours la rémunération correspondant à deux semaines de travail dans les hôtels. 

Exploitation dans les fermes de Keremeos

La douzaine de victimes restantes de ce réseau présumé de trafic de main-d’œuvre avaient été engagées pour vivre et travailler dans trois fermes distinctes à Keremeos: Lasser Produce, Lidhar Farms et Mom and Pop’s Farm Market.

Carte satellite de Keremeos, en Colombie-Britannique, indiquant l’emplacement de Lasser Produce (A), de Lidhar Farms (B) et de Mom and Pop’s Farm Market (C). Source : Google Earth

Les travailleurs affirment qu’ils n’étaient rémunérés que pour 40 heures de travail par semaine sur les fermes, alors qu’ils étaient en réalité contraints de travailler entre 80 et 100 heures par semaine. Cela signifie qu’on leur doit encore, à chacun, plus de la moitié du salaire correspondant aux heures qu’ils ont réellement travaillées, soit plus de 2 500 $ par mois. 

Sur les salaires qui leur ont été versés, Cherry et Vincent auraient effectué des retenues illégales au titre de la « TPS » et de « frais de traitement ».

Après avoir découvert que les recruteurs leur avaient menti, ainsi qu’à leurs employeurs, au sujet de l’EIMT et du statut de leurs permis de travail, les travailleurs des fermes ont été contraints de continuer à travailler, car ils n’avaient ni argent ni moyen de transport pour quitter les fermes en toute sécurité. 

Ce après que l’employeur des fermes Lidhar ait intimé aux ouvriers de partir que les travailleurs agricoles ont pris contact avec Migrante BC et Damayan BC.

Les organisations répondent à l’appel

Adam Arca, secrétaire général adjoint de Migrante BC, a déclaré à L’Étoile du Nord que leur réponse à l’appel à l’aide des travailleurs avait mis à rude épreuve les capacités de l’organisation. Après une réunion virtuelle avec les travailleurs agricoles, des bénévoles ont fait l’aller-retour en auto jusqu’à Keremeos afin de leur trouver un logement temporaire et d’évaluer l’ampleur de la situation.

Une carte illustrant le trajet de 4 heures entre Vancouver et Keremeos que les bénévoles ont effectué pour aller chercher les travailleurs agricoles. Source : Google Maps

L’organisation mène une campagne similaire depuis 2024, visant à obtenir justice pour les victimes de The Promise Land Consultancy (TPLC). Adam y voit un autre exemple de « ces agences de consultation en immigration frauduleuses qui attirent les Philippins en leur promettant des permis de travail ». Il explique que ces travailleurs finissent par travailler au noir, car les permis de travail promis n’existent tout simplement pas.

Dans les heures qui ont suivi la conférence de presse, les organisateurs de Migrante ont reçu un appel indiquant qu’il y avait potentiellement 12 victimes supplémentaires, voire plus, qui s’étaient manifestées après avoir vu les 17 rendre leur histoire publique. Il a mentionné qu’un travailleur de Kelowna avait regardé la diffusion en direct et s’était immédiatement rendu dans un centre de ressources pour entrer en contact avec les organismes. D’autres, a-t-il ajouté, envoyaient des messages à l’organisme depuis Terre-Neuve et Taïwan, racontant des histoires similaires d’escroquerie de la part de Ricafort et Macalipay. 

« Je m’attendais à ce que ça prenne beaucoup d’ampleur, car il semblait que Cherry et Vincent avaient des liens très étroits avec de nombreux employeurs, surtout dans l’intérieur de la Colombie-Britannique, mais je ne m’attendais pas à ce que le message se propage aussi rapidement », confie Adam.

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