Le 22 octobre dernier, Postes Canada a communiqué à ses employés une partie de son plan de transformation en dévoilant les installations et les secteurs visés par la fin de la livraison à domicile et la transition vers les boites postales communautaires. Ces changements, qui s’étendront à l’échelle du pays, seront déployés sur une période de cinq ans et devraient être complétés d’ici 2031.
Cette annonce a toutefois été faite avec un manque flagrant de sensibilité. Dans certaines installations, la gestion locale s’est limitée à transmettre le guide de discussion qui lui avait été fourni, sans offrir d’explications supplémentaires. Pourtant, dans certains secteurs, les pertes d’emplois pourraient représenter jusqu’à 40 % des effectifs. Une telle approche néglige l’impact humain de ces décisions, qui risquent de provoquer de la détresse et d’alimenter un climat d’anxiété chez les travailleurs concernés.
Cette annonce n’est malheureusement pas une surprise. En septembre 2025, la société d’État a obtenu l’aval du gouvernement fédéral pour procéder à d’importantes réductions de service, une décision justifiée par les pertes financières répétées enregistrées au cours des dernières années.
Les abolitions de postes ont d’ailleurs déjà commencé. Il y a quelques semaines, un peu plus de 90 postes de commis à temps partiel ont été supprimés au centre de tri de Montréal. La plupart des travailleurs touchés ont été réaffectés à d’autres installations ou affectés à la livraison de colis la fin de semaine. Ailleurs au pays, le centre de tri d’Ottawa a tout simplement été fermé.
L’installation de La Prairie est la première de la région métropolitaine de Montréal à mettre fin à la livraison à domicile. Jusqu’à présent, l’implantation des boîtes postales communautaires se déroule sans véritable communication avec les parties concernées. Aucun échange n’a eu lieu avec le comité mixte local ni avec les représentants syndicaux. Les élus municipaux et les députés fédéraux se heurtent eux aussi à un manque de collaboration. Plusieurs préoccupations ont été soulevées quant à la sécurité des emplacements retenus, notamment lorsqu’ils se trouvent à proximité de corridors scolaires, de pistes cyclables ou d’arrêts d’autobus.
Notre société d’État a pour mandat d’offrir à la population des services universels et abordables tout en procurant des emplois de qualité aux Canadiens, et ce, dans une perspective d’autosuffisance financière. Pour certains, les déficits successifs observés au cours des dernières années donnent l’impression d’un véritable autosabotage. Pourtant, des mesures concrètes et relativement simples auraient pu contribuer à limiter les pertes.
À titre d’exemple, la hausse de 26 % du prix du timbre en janvier 2025 a généré près de 200 millions de dollars de revenus supplémentaires dès le premier trimestre suivant son entrée en vigueur. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’adopter une mesure déjà appliquée par la plupart des administrations postales ailleurs dans le monde?
Malheureusement, la machine de transformation de notre précieux service postal public semble désormais bien enclenchée. Pourtant, tout ceci pourrait encore être évité si Postes Canada choisissait de diversifier ses activités afin de générer de nouvelles sources de revenus, comme le font déjà plusieurs services postaux à travers le monde. Miser sur l’expansion plutôt que sur le recul permettrait de mettre à profit l’expertise de son personnel, de préserver des emplois de qualité et de maintenir un service public fort au bénéfice de l’ensemble de la population.
À l’heure où l’économie des petits boulots prend de plus en plus d’ampleur et où nos institutions publiques sont mises à rude épreuve, il est plus important que jamais de défendre notre société d’État et de préserver un service postal public fort, accessible et au service de nos communautés.
– Emilie Garneau et Pierre Wilson, organisateurs de la campagne « Ne touchez pas à mon bureau de poste » de la région du Montréal métropolitain


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