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Première grève de son histoire à la LCBO

Tandis que Ford donne des fonds publics aux entreprises, des travailleurs veulent protéger leur emploi

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Depuis minuit le 5 juillet, plus de 9 000 travailleurs de la LCBO représentés par le Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario (SEFPO) sont en grève, dans l'ensemble de la province. Les travailleurs ont voté à 97% en faveur d'un arrêt de travail pour réclamer une augmentation de salaires, l'augmentation du nombre de postes à temps plein et la protection des emplois syndiqués. Cette action marque la première grève dans l'histoire du principal détaillant d'alcool de l'Ontario.

« Ce soir, l'été 'à sec' de Ford commence », déclare Colleen MacLeod, présidente de l'équipe de négociation du SEFPO pour les employés de la LCBO. « Doug Ford veut simplement améliorer la vie de ses amis riches. C'est pourquoi il gaspille plus d'un milliard de dollars de l'argent de l'Ontario pour accélérer la privatisation des ventes d'alcool et remettre davantage de recettes publiques générées par la LCBO à des PDG et à des chaînes d'épiceries grandes surfaces et aux dépanneurs comme Circle K et 7-11. »

« Je trouve absolument ridicule que Doug Ford ait payé des entreprises comme Walmart, Costco et Circle K, des entreprises américaines, pour vendre notre alcool. C'est absolument atroce », a déclaré Erica, une employée de la LCBO, lors d'un entretien avec l'Étoile du Nord. « Nous voulons protéger nos emplois. »

« Je suis moi-même une employée occasionnelle et je n'ai pas d'avantages sociaux », ajoute-t-elle. « Je porte des lunettes, je n'ai pas accès à des soins dentaires ni aux services de santé privés, et je n'ai pas les moyens de les payer par moi-même. Je ne dirais pas que je gagne un salaire décent. Je vis toujours chez mes parents, et c'est difficile, vous savez? Tout le monde mérite de gagner un salaire décent. »

La grève fait suite à l'annonce du gouvernement progressiste-conservateur de la déréglementation de la vente d'alcool et de l'autorisation de vendre du vin, de la bière et du cidre dans toutes les épiceries et les dépanneurs de la province.

En outre, les travailleurs ont dû ont dû subir de plus en plus de sous-traitance de postes syndiqués à temps plein utilisant des entreprises non syndiqués. Les emplois externalisés concernent notamment l'impression, le traitement des commandes en ligne, le travail en entrepôt et la gestion des données. 

Le SEFPO a annoncé que les 680 magasins de la LCBO en Ontario fermeront leurs portes pendant 14 jours. Si la grève se poursuit après cette période, le SEFPO déclare qu'il ouvrira 32 magasins avec des horaires limités, du vendredi au dimanche. 

La menace d'une grève a incité la LCBO et le gouvernement de l'Ontario à se préparer; une semaine avant la fête du Canada, les heures d'ouverture des magasins ont été augmentées pour ouvrir dès 9h30 et fermer jusqu'à 22h00 afin de permettre aux consommateurs de « faire des réserves » avant le long week-end et une grève éventuelle. 

Une autre mesure prise par la LCBO est de continuer à assurer le traitement des commandes en ligne par des sous-traitants non syndiqués, avec livraison gratuite pendant la durée de la grève.

« Cette lutte ne concerne pas seulement un seul lieu de travail ou un seul employeur », déclare le communiqué de presse du SEFPO. « Il s'agit d'une lutte pour l'ensemble de notre province et pour tous les biens publics dont nous bénéficions, qu'il s'agisse de soins de santé, d'éducation ou d'infrastructures. Chaque année, la LCBO génère 2,5 milliards de dollars de revenus, qui contribuent à financer ces services publics vitaux. »

Les mesures de déréglementation auront donc pour effet de réduire le budget de l'État, sans mesures de remplacement claires, alors que le financement de nombreux services publics est en baisse: par exemple, le financement par élève dans le système d’éducation n'a pas suivi l'inflation ces dernières années, Ford ayant diminué le financement par élève de près de 10% depuis 2018, selon la Fédération des enseignantes et enseignants des écoles secondaires de l'Ontario.

La privatisation et la réduction des dépenses publiques ont été des revendications récurrentes dans les récentes grèves du secteur public en Ontario. Avant que les travailleurs de la LCBO ne partent en grève, les coupes budgétaires et les tentatives de privatisation du gouvernement Ford dans le secteur de la santé ont incité la Coalition ontarienne de la santé, une organisation regroupant des ONG, des sections locales de syndicats et des enseignants du secteur de la santé, à manifester devant le parlement ontarien en mai dernier.

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