Le Cégep de Saint-Laurent s'effondre, et ses étudiants en ont assez. Environ 4 000 étudiants y étaient en grève aujourd'hui pour dénoncer les coupures de centaines de millions dans le budget des cégeps.
Le gouvernement de François Legault a annoncé à l'été 2024 le retrait de 200 millions de dollars de l'enveloppe destinée à ces institutions. Pourtant, leur déficit d'entretien est passé de 326 millions de dollars en 2021-2022 à plus de 700 millions de dollars en 2024-2025.
Dans le cas du Cégep de Saint-Laurent, ce déficit d'entretien s'élève à 20 millions de dollars, alors que plus de la moitié de ses édifices sont considérés en mauvais état. « Maintenant, il y a un pavillon complet de notre cégep auquel on n'a plus accès, » explique à l'Étoile du Nord Ariane Paradis-Théberge, trésorière de son association étudiante.
L'administration du cégep a dû fermer son pavillon A l'automne dernier, et doit maintenant déplacer des cours de son pavillon B. Les bâtiments ont été si peu entretenus que leur structure est menacée. Pour compenser, le cégep a été forcé de louer des locaux dans l'ancien bâtiment de l'ONF, à deux kilomètres de là.
« Là, à cause des bâtiments, ils ont fermé l'Okafhé [le café étudiant dans la grande salle], qui était vraiment une place importante », a déclaré Paula Ernzerof, responsable à l'action et à la sensibilisation à l'Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent (AECSL).

Puisque les étudiants doivent faire des allez-retours entre différents bâtiments, la grande salle, lieu de rassemblement pour les étudiants, est de plus en plus désertée. « C'était supposé être un lieu d'échange, » ajoute Paradis-Théberge, qui dénonce l'effritement de la communauté étudiante suite à la délocalisation des cours.
Le trajet à pied entre le cégep et le nouveau pavillon K dure près de 25 minutes. « Ça semble très peu, mais ça s'accumule quand même, » explique Ernzerof. Paradis-Théberge renchérit: « Des gens m'ont dit personnellement, “Je viens en transport en commun à l'école d'habitude, mais parce que je vais devoir aller au K, je prends la voiture.” » Tout ça entraine des coûts supplémentaires pour le stationnement et l'essence.
Des coupes au-delà de l'entretien
Les deux étudiantes dénoncent aussi les coupes de la CAQ en éducation en général. « S'il y a un gel dans les heures supplémentaires des employés, on ne peut pas avoir d'activités le soir parce que les profs ne peuvent pas être là pour surveiller », déplore la trésorière de l'AECSL.
« Si un prof est en congé de maladie, il ne peut pas être remplacé parce qu'il y a un gel d'embauche. Les bibliothèques n'ont pas pu avoir des nouveaux livres, même si ça avait déjà été accepté dans le budget. »
Elle rappelle aussi la fin des bourses perspectives, qui devaient supporter financièrement des étudiants dans des secteurs stratégiques, comme l'éducation. « Il y a plein d'étudiants qui se sont dit “Merde, vu que je n'ai plus mes bourses, je ne vais pas pouvoir continuer.” »
Sa collègue, parlant d'un étudiant en architecture du Cégep, mentionne que « cette bourse-là, il en dépend pour payer son appart. »

Un réseau en ruine
D'autres compressions majeures ont été annoncées par le gouvernement dans son nouveau budget, alors que 65% des édifices dans le réseau des cégeps sont toujours considérés en mauvais état.
Plusieurs programmes ont également été supprimés. Par exemple, le cégep de Montmorency, à Laval, a dû supprimer six programmes d'Attestations d'études collégiales. Ces programmes courts sont souvent utilisés par les travailleurs pour réorienter leur carrière, ou par des jeunes d'origine ouvrière pour obtenir un emploi plus rapidement.
Mais Ernzerof et Paradis-Théberge ne lâchent pas le morceau. Elles tentent actuellement de réunir des fonds avec d'autres associations étudiantes pour mandater un groupe de recherche, l'IRIS, de produire un rapport approfondi sur la situation.
Elles veulent aussi raviver la mobilisation. Les deux étudiantes affirment tenter de créer des liens avec les syndicats dans le cégep et avec d'autres associations étudiantes. « Le but, c'est de faire monter le mouvement pour que lors des élections provinciales, ce soit un sujet qui est dominant », conclut Paula Ernzerof.