En 2025, la classe ouvrière de la Colombie-Britannique a été confrontée aux attaques des employeurs et des gouvernements qui privilégient les intérêts des entreprises. L’année a également été marquée par un renforcement des mesures policières, des lois inéquitables en matière de logement et une crise croissante du coût de la vie. Voici les événements que L’Étoile du Nord a trouvés les plus marquants cette année.
Grève historique dans le secteur public
Le Nouveau Parti démocratique de David Eby s’est opposé à plus de 34 000 travailleurs du secteur public représentés par le Syndicat général des employés de la Colombie-Britannique (BCGEU) lors d’une grève historique qui a duré huit semaines. Le gouvernement avait refusé d’augmenter les salaires et d’améliorer les conditions de travail dans la province où le coût de la vie est le plus élevé.
Les loyers moyens dans les régions métropolitaines de Vancouver et de Victoria, centres névralgiques du gouvernement, occupent respectivement la première et la troisième place au classement national. Étant donné que le coût d’un appartement de deux chambres au début de l’année 2025 était respectivement de 3 170 $ et 2 680 $ par mois, il n’est pas surprenant que de nombreux travailleurs de première ligne dans ces régions déclarent avoir besoin de la banque alimentaire et/ou d’un deuxième emploi pour subvenir aux besoins de leur famille.
Bien que des progrès aient été réalisés dans la convention collective ratifiée après des mois d’actions syndicales difficiles, les ajustements salariaux pour de nombreux employés de la fonction publique ne suivront pas le rythme de l’inflation des prix des denrées alimentaires, qui dépasse les 3% d’augmentation annuelle. Les déclarations publiques trompeuses du NPD de la Colombie-Britannique, ses offres dérisoires et son refus pendant des semaines de négocier avec ses propres travailleurs ont poussé de nombreuses personnes à réclamer une rupture avec le parti.

Une grande victoire contre un géant
Dans un revirement de situation majeur, les travailleurs du centre de traitement des commandes d’Amazon YVR2 à Delta ont obtenu la certification syndicale après une longue affaire devant la Commission des relations de travail de la Colombie-Britannique (BCLRB).
L’affaire a été portée devant le BCLRB après une demande de certification syndicale en 2024. Unifor, estimant avoir atteint le seuil minimum de 55% de cartes syndicales signées, a demandé à syndiquer l’entrepôt, mais a retiré sa demande à la dernière minute. Il semble qu’Amazon ait embauché un grand nombre de nouveaux travailleurs afin de compenser leur nombre.
En juillet, la BCLRB a statué en faveur des travailleurs, déclarant qu’Amazon s’était livrée à une « campagne antisyndicale généralisée » qui enfreignait le Code du travail.
Si ces travailleurs remporte un contrat avec le géant du commerce électronique, il sera le premier syndicat d’Amérique du Nord à y parvenir. Reste à voir si Amazon ripostera, comme elle l’a fait au Québec, où l’entreprise a fermé tous ses entrepôts, laissant 4 500 travailleurs sans emploi.
Des travailleurs de l’Université Simon Fraser réclament un syndicat plus démocratique
En juillet de cette année, une travailleuse du nettoyage, Kulbir Kaila, est décédée pendant son quart de travail à l’université Simon Fraser.
Avant son décès, Kulbir et ses collègues avaient signalé leurs conditions de travail pénibles et dangereuses à leur syndicat, le SCFP 3338, et à leur employeur, BEST Services Pro. Leurs préoccupations ont été rejetées comme étant des histoires inventées de toutes pièces pour créer du « drame ».

En réponse, les agents d’entretien ont tenté de se porter candidats à des postes syndicaux lors d’une assemblée générale syndicale en ligne, mais ils en ont été empêchés par la direction de leur propre syndicat.
Certains collègues de Kulbir ont déclaré à l’Étoile du Nord que les conditions de travail étaient épouvantables. Ils ont notamment mentionné les insultes racistes de la part de la direction, la surveillance constante des superviseurs et la normalisation du surmenage, voire sa nécessité, pour éviter d’être licenciés.
Face à la détérioration de leurs conditions de travail, les employés de la SFU se sont organisés et ont surmonté divers obstacles pour se présenter aux élections à la direction de leur syndicat.
Les agents d’entretien de la SFU affirment vouloir reconstruire le SCFP 3338 afin que les travailleurs puissent exiger de leurs patrons des conditions de travail équitables et sûres grâce à un syndicat fort et démocratique.
Municipal

Au début de l’année, le gouvernement ABC de Ken Sim a annoncé qu’il allait injecter au moins 5 millions de dollars dans la police de Vancouver. Il a également lancé le nouveau groupe de travail Barrage, dont l’objectif déclaré est de lutter contre le crime organisé dans le quartier Downtown Eastside.
Garth Mullens, membre du Vancouver Area Network of Drug Users et animateur du balado Crackdown, s’est entretenu avec l’Étoile du Nord au sujet de ce nouveau groupe de travail. Il a déclaré que les barons et les grands acteurs du crime organisé qu’il était censé cibler ne sont pas présents dans le quartier Downtown Eastside. Il affirme que le renforcement des mesures policières rappelle trop « l’époque de la guerre contre la drogue ».
Des membres de la communauté touchés par des problèmes tels que la consommation de substances, la criminalisation, l’incarcération, la pauvreté, l’itinérance et la répression policière ont estimé qu’il s’agissait simplement d’une nouvelle vague de répression à leur encontre, qui n’aurait que peu d’effet sur ceux qui tirent profit du trafic de drogue.
Logement
En mai, l’Étoile du Nord s’est entretenue avec Abby Leung, une locataire confrontée à un avis d’expulsion invoquant le « droit d’usage du propriétaire » après avoir refusé une augmentation de loyer supérieure à la limite autorisée, soit 42%. La politique d’utilisation par le propriétaire permet aux propriétaires de mettre fin à tout contrat de location à condition qu’eux-mêmes ou un membre de leur famille souhaitent, « de bonne foi », occuper le logement.
Mme Leung s’est organisée avec le syndicat des locataires de Vancouver pour tenter de lutter contre l’expulsion, portant l’affaire devant la Residential Tenancy Branch (division des locations résidentielles), où elle a finalement été battue.
Tragédie au festival Lapu-Lapu

Le 26 avril 2025, un véhicule a foncé dans la foule rassemblée pour la fête populaire du Lapu Lapu Day, un festival rendant hommage à l’héritage de Lapu-Lapu, héros national des Philippines. L’attaque aura fait 11 morts et des dizaines de blessés.
Kevin Quicho, président d’Anakbayan BC, a déclaré à l’Étoile du Nord que les politiciens locaux utilisaient les veillées du Lapu-Lapu Day pour promouvoir leurs propres agendas politiques. Quicho a également établi un lien entre la répression dont sont victimes les membres d’Anakbayan BC de la part de la police de Vancouver et celle dont sont victimes les militants aux Philippines.
Les jeunes Philippins appellent à un changement systémique
En octobre, Tama Na BC, une coalition d’organisations philippines locales, s’est vu interdire de remettre une lettre au consulat des Philippines à Vancouver. Cette lettre exprimait le mécontentement des Philippins locaux face à la corruption qui a entraîné des destructions massives après le passage d’un super typhon dans différentes régions des Philippines.
L’Étoile du Nord s’est entretenue avec Noa Sison, de Bayan BC, qui a expliqué que la corruption qui sévit aux Philippines est le symptôme d’un problème plus profond. Les divers problèmes qui sous-tendent la société philippine obligent une grande partie de la population à émigrer à l’étranger, où la promesse d’une vie meilleure est souvent brisée par une législation gouvernementale répressive.
Par exemple, la Chambre des communes a récemment approuvé le projet de loi C-12, une version révisée du projet de loi C-2, qui, selon Sison, réduirait les possibilités d’emploi et les salaires des Philippins immigrants.

Dans le cadre de ces deux événements, Quicho et Sison ont toutefois établi un lien entre les difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs philippins en matière de stagnation des salaires, d’augmentation du coût de la vie, d’inflation et de discours politiques creux, et celles auxquelles sont confrontés les travailleurs canadiens.
« Aux Philippines et au Canada, nous pouvons constater un intérêt commun pour la classe ouvrière… et nous pouvons voir la nécessité d’un changement dans le système qui améliore la situation de la classe ouvrière », a déclaré Sison.
Profiter du génocide et soutenir le nettoyage ethnique
Des rapports publiés depuis le début de l’année ont révélé le rôle clé des fabricants d’armes canadiens dans le génocide en cours en Palestine. Une usine située à Delta, en Colombie-Britannique, appartenant à Asco Aerospace, est directement impliquée dans les massacres par la fourniture de cloisons d’ailes pour la flotte d’avions de combat F-35 qu’Israël utilise continuellement pour bombarder des cibles civiles depuis 2021.
Victoire pour le militantisme propalestinien au Canada
Dans la lutte contre ces injustices ici au Canada, une victoire modeste, mais significative a été remportée grâce à une décision judiciaire en faveur d’une enseignante du Langara College qui avait été mise à pied puis licenciée pour avoir tenu des propos politiques propalestiniens.
La Dre Natalie Knight a été officiellement réintégrée en novembre après que l’arbitre ait conclu que le collège n’avait pas réussi à « trouver un équilibre proportionné » entre ses obligations légales, les faits et les protections prévues par la Charte.
Dans une interview exclusive accordée à l’Étoile du Nord, la Dre Knight a déclaré: « J’espère que l’issue de cette affaire encouragera d’autres personnes à rester fermes, ou à se manifester si elles ne l’ont pas encore fait, et à se tenir aux côtés des Palestiniens et de tous les peuples exploités et opprimés à travers le monde. »
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