Depuis son ouverture il y a plus de 50 ans, aucune grève n’avait eu lieu à l’usine d’emballage de Kruger à LaSalle. Ce record est maintenant brisé. Le 12 janvier 2026, 150 travailleurs ont déclenché une grève générale illimitée, en réponse à de longues négociations et à des offres salariales jugées inacceptables.
L’Étoile du Nord s’est entretenu avec Benoit St-Cyr, président du Syndicat des employé-es de Kruger LaSalle–CSN, au sujet des événements ayant mené à cette grève sans précédent. Pour les travailleurs, dont la dernière convention collective couvrait la période du 1er mai 2021 au 30 avril 2025, l’enjeu central demeure les hausses salariales nécessaires pour rattraper l’inflation survenue dans la foulée de la pandémie.
« Nous, ce qu’on veut éviter, c’est l’appauvrissement des membres. On veut récupérer notre pouvoir d’achat. On sait aussi que l’épicerie, les loyers, ça coûte très cher. C’est aussi pour aider les gens à ne pas être dans la misère. »
La convention collective de quatre ans signée en 2021 prévoyait des augmentations salariales moyennes de 3% par année, alors que l’inflation moyenne annuelle durant cette période a atteint 3,46%. Cela représente une perte de pouvoir d’achat de plus de 2,5% sur quatre ans pour les travailleuses et travailleurs de Kruger LaSalle. La plus récente offre de l’entreprise, qui propose une hausse salariale de 16% sur quatre ans (dont 8 % dès la première année) a été rejetée par une large majorité des membres, à la lumière de la détérioration réelle des salaires observée lors du contrat précédent.

« L’offre refusée à 92,5%, c’était un message clair à l’employeur que ça ne passait pas au yeux des membres. Mais eux, ils restent sur leur position, en sachant très bien que les membres ne veulent rien savoir de cette proposition-là. »
Un mandat de grève générale illimitée avait déjà été adopté lors des négociations de 2021, mais la grève avait alors été évitée grâce à la signature d’une convention collective. L’enlisement des négociations en vue d’un nouveau contrat en 2025 a mené à un mandat de grève voté à 99% en septembre, suivi d’une première grève de 36 heures en novembre, puis d’une grève de sept jours en décembre, avant le déclenchement de la grève générale illimitée en janvier 2026. Jusqu’à présent, Kruger n’a pas réagi à ce geste inédit posé par les travailleurs.
St-Cyr décrit une base syndicale prête à livrer bataille, malgré le caractère inédit de la situation.
« Ils sont très mobilisés; ils sont prêts à affronter ce qui va arriver. C’est quelque chose de nouveau pour tout le monde. Ce n’est pas une façon de faire normale pour nous, mais on est rendus à ce point-là. On a fait une séquence de grève de 36 heures pour essayer de faire bouger les choses, puis on a fait une séquence de une semaine, mais l’employeur, il est resté campé sur ses positions, il n’est pas ouvert à la discussion par rapport au salaire. »
Lors de la visite de L’Étoile du Nord sur la ligne de piquetage, le moral élevé des grévistes était manifeste. Si l’usine est peu visible pour une grande partie de la population montréalaise, un travailleur a salué l’emplacement du site, en raison de la forte visibilité et des marques d’encouragement reçues de la part d’autres ouvriers ainsi que de camionneurs de passage. Sur la route menant à l’usine de Kruger, le journaliste a d’ailleurs croisé la ligne de piquetage de Béton Provincial, où les travailleurs sont en lock-out depuis plus d’un an, à seulement quelques minutes de là.

Questionné sur la possibilité que leur lutte s’inscrive dans une tendance plus large au sein de la société, St-Cyr a évité les spéculations, préférant souligner les réponses concrètes des travailleurs de Kruger dans différentes villes:
« Honnêtement, je ne sais pas. C’est-tu une nouvelle façon de faire des entreprises? J’en ai aucune idée. Mais ce qu’on sait, c’est qu’il y a eu la grève à Trois-Rivières, il y a eu une grève à Crabtree, maintenant il y a une grève avec nous autres à LaSalle. »
Les actions des travailleurs de Kruger LaSalle pourraient aussi avoir un impact sur celles d’autres employés de l’entreprise.
« Ce qu’on sait aussi, c’est que les prochains à négocier, c’est une usine soeur à Brampton.Si ma mémoire est bonne, parce qu’on discute quand même avec le président de là-bas, c’est que leur convention est échue depuis septembre. Ils attendent, parce quand ils auront terminés avec nous, ils s’en vont à Brampton, en Ontario. »
« Je sais qu’ils suivent notre conflit, pour voir comment ça va se passer. »

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