Quatre mois après un vote de grève historique de 92,3%, l’association représentant 26 000 travailleurs communautaires de la Colombie-Britannique a conclu une entente de principe la semaine dernière. Des membres ont confié à L’Étoile du Nord qu’ils n’accepteront aucun recul et qu’ils demeurent prêts à déclencher la grève si leurs revendications ne sont pas respectées dans cette entente. Au cours des prochaines semaines, les membres recevront les détails complets avant de voter pour l’adopter, ou non, comme prochaine convention collective.
L’association regroupe le BC General Employees’ Union (BCGEU), le Hospital Employees’ Union (HEU), la Health Sciences Association (HSA), le Syndicat Canadien de la Fonction Publique (SCFP), les Travailleurs Unis de l’Alimentation et du Commerce (TUAC), le BC Nurses’ Union et les Métallos.
« Assez, c’est assez »
Face à l’aggravation de la crise du coût de la vie en Colombie-Britannique, au recul de la décriminalisation des drogues, à l’épidémie de drogues toxiques et à l’aggravation de la crise du logement, les travailleurs communautaires de la santé sont en première ligne face aux échecs répétés du Nouveau Parti Démocratique de C.-B. à combler les brèches dans le filet social.
« Chaque jour, on peut faire la différence entre la vie et la mort », affirme Che Baines, intervenante de proximité représentée par la Community Bargaining Association (CBA). Elle travaille au Coast Mental Health Resource Center, un organisme sans but lucratif de services de soutien. « On trouve du logement aux gens. On les relie à des ressources en santé mentale. On offre du matériel de réduction des méfaits pour la consommation. On aide les personnes à entrer en désintox et en traitement. »

Baines et ses collègues occupent des rôles essentiels en Colombie-Britannique. Ils forment l’ossature du soutien à domicile, des programmes de désintoxication et de traitement, des refuges d’urgence, des maisons de groupe en santé mentale et des unités régionales de santé. La CBA est dirigée par le BCGEU, qui représente 16 000 travailleuses et travailleurs et négocie avec la Health Employers Association of BC.
Fatima*, préposée au soutien à domicile et membre du BCGEU, raconte: « Quand j’ai appris que le vote de grève était passé avec une majorité aussi écrasante, j’ai ressenti un soulagement. On sait que ça se détériore d’année en année. C’était un message clair: assez, c’est assez. »
« On manque de personnel de façon chronique et on est épuisés », dit Baines. Elle explique que les pressions s’accentuent dans le Downtown Eastside de Vancouver, où les crises se superposent. « La façon dont le gouvernement traite les personnes qui consomment et celles qui sont sans-abri, alors qu’il prétend vouloir régler la crise des opioïdes et de l’itinérance, c’est impardonnable. Nos usagers ne reçoivent pas le soutien qu’ils devraient avoir. Nous non plus. »
« Ça fait presque dix ans que je fais l’équivalent de deux ou trois emplois », dit Natasha*, intervenante en maison de groupe. « On s’attend à ce qu’on fonctionne au dévouement. Nos patrons se servent de l’importance de notre travail et de notre attachement aux gens qu’on aide pour nous faire accepter le minimum. »

Non aux horaires « uberisés »
L’association affirme que l’une de ses principales revendications vise à mettre fin aux « pratiques d’horaires précaires que les travailleuses et travailleurs subissent depuis 30 ans », comparées à des horaires de travail à la pièce « uberisés ». Les personnes rencontrées par The North Star appuient l’affirmation du BCGEU selon laquelle ces travailleuses et travailleurs « méritent la même sécurité d’horaires fixes et de pauses que les autres employés du réseau de la santé ont depuis des décennies ».
« L’industrie des OBNL part du principe qu’on va toujours en faire plus que ce qui est prévu, par passion. Ce n’est pas juste », dit Che. « On nous dit: fais des heures supplémentaires gratuites, tes usagers en ont besoin. Fais des tâches bien au-delà de ta description de poste parce qu’il n’y a personne d’autre. »
Matthew, administrateur chez Foundry, un organisme de soutien en santé mentale pour les jeunes, explique: « Notre travail est stressant. Idéalement, on aurait accès à du soutien psychologique, mais c’est très limité. Même quand j’ai trouvé une conseillère, je me suis demandé quand j’allais avoir le temps. Est-ce que je dois sacrifier mon heure de lunch? »
Une grève au minimum contractuel
La quantité d’heures supplémentaires non payées devenue la norme signifie que, si une grève éclatait, elle prendrait probablement la forme d’un refus des heures supplémentaires et d’actions au strict minimum prévu par la convention. Ce type d’action consiste à ne faire que ce que le contrat exige, rien de plus.
« Je ne pense pas que la majorité de mes collègues auraient voté pour la grève s’ils croyaient qu’on allait abandonner nos patients », dit Fatima. « Mais honnêtement, juste refuser les heures supplémentaires mettrait nos patrons à genoux. La moitié du secteur tourne grâce à notre travail gratuit. »

« Je leur donne deux jours », lance Baines. « Deux jours et ils mettraient toute la pression sur les employeurs pour nous faire revenir. »
Même si leur travail essentiel leur donne un levier important, ce statut complique la décision de faire grève. Des lois fédérales et provinciales peuvent bloquer les grèves de travailleurs dits essentiels, notamment l’article 72 du Code du travail de la Colombie-Britannique et l’article 107 du Code canadien du travail.
« La façon dont le gouvernement a utilisé ces lois contre les débardeurs et les postiers récemment est dégoûtante », dit Baines. « Ça vide complètement la négociation collective de son sens. On crée un précédent où l’employeur n’a même plus besoin de négocier. »
« Ma mère était infirmière en Alberta dans les années 80. Quand les United Nurses of Alberta ont fait grève, elle a été déclarée illégale immédiatement », se souvient Natasha. « Le syndicat a été poursuivi à répétition et des gens ont même fait de la prison. C’est ce que ça a pris pour obtenir des protections de base et des salaires décents. Depuis, les gouvernements ont adopté des lois qui rendraient une grève semblable presque suicidaire. On part avec deux prises contre nous. Voilà comment on en est arrivés là. »
Les défis de la négociation en coalition
Selon Natasha, l’esprit combatif de la grève historique de 1988 des infirmières en Alberta représente « le genre de détermination dont on a besoin de la part de nos syndicats. C’est le minimum qu’on mérite ».
D’autres, comme Matthew, expriment des doutes sur l’engagement réel de leur syndicat, le HEU, envers la santé communautaire. « J’aimerais qu’il y ait plus de canaux de communication entre mon syndicat et nous. Ça fait deux ans que je suis en poste. La première fois qu’un délégué syndical est venu nous voir, c’était en novembre 2025, avec un tract pour annoncer la prochaine assemblée locale. »

Baines reconnaît que « la communication ne va pas aussi vite que les membres le souhaiteraient », mais elle rappelle que la négociation en coalition comporte ses contraintes. « Souvent, c’est une négociation fermée. C’est difficile pour la base. Les mises à jour arrivent seulement quand toute la coalition syndicale s’entend pour les diffuser. On est plus forts ensemble, mais ça a un prix. On doit faire mieux pour rejoindre chaque membre de la base, pas seulement ceux qui ont déjà de l’expérience ou un poste syndical. »
Prêts à se battre
Le BCGEU affirme que l’entente de principe comporte des « améliorations ». Des travailleurs rétorquent que seule la base pourra juger si ces gains répondent aux problèmes ancrés depuis des années.
« Avant même qu’on voie les détails, notre syndicat nous dit déjà que la grève n’aura probablement pas lieu », dit Natasha. « Moi, je veux lire le texte. On ne peut pas écarter ça d’un revers de main. Le vote de grève, c’était notre levier le plus fort. »
« C’est à nous de dire si c’est une amélioration », ajoute Fatima. « Si tu ne fais pas mon travail, tu ne peux pas me dire que c’est mieux parce que ça paraît bien sur papier. On va regarder ça de près. Et on doit rester prêts si ce n’est pas suffisant. »
« Si j’ai un message pour mes collègues partout en Colombie-Britannique, c’est celui-ci: notre travail compte. On a du pouvoir. Il faut croire qu’on peut s’en servir pour obtenir ce qui nous revient, si on veut continuer à faire ce travail qu’on aime », conclut Baines.
Alors que les membres s’apprêtent à voter, l’issue mettra à l’épreuve la force de la coalition syndicale et les limites imposées au droit de grève des travailleurs essentiels en Colombie-Britannique. Pour ceux en première ligne, la question reste entière: est-ce un vrai tournant pour un système social à bout de souffle, ou une simple pause dans un long bras de fer sur qui doit payer pour prendre soin des plus vulnérables?
*Des pseudonymes ont été utilisés pour protéger les travailleurs.


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