Le lundi 4 mai, plusieurs locataires des appartements Norgate dans le quartier St-Laurent à Montréal se sont mobilisés pour bloquer des rénovations qui auraient pu exposer de l’amiante dans les murs et causer une coupure prolongée du chauffage et de l’eau chaude. L’action a permis d’empêcher les travaux dans 74 bâtiments jusqu’à ce qu’une enquête indépendante soit réalisée.
Selon les résidents, organisés avec le groupe Offensive Populaire, les travaux prévus par les propriétaires visaient à modifier le système de chauffage des immeubles. En plus de potentiellement exposer les locataires et leur famille à de l’amiante, une coupure de l’eau chaude et du chauffage dans les bâtiments était aussi à prévoir. Celle-ci aurait privé plusieurs centaines de personnes de ces services essentiels de 8h à 17h pendant deux à trois mois.
L’Étoile du Nord était présente lorsque les locataires ont physiquement bloqué les travaux et s’est entretenue avec Aissatou Diallo, résidente de Norgate depuis six ans. « Aujourd’hui, on est venu empêcher les travaux pour que des études soient faites, pour être rassurés par des experts qualifiés que de l’amiante ne se propage pas, pour que nous et nos enfants ne soyons pas exposés à ces substances cancérigènes ».
Les grands propriétaires critiqués
Diallo affirme que plusieurs propriétaires se sont succédé depuis qu’elle habite à Norgate, mais que les bailleurs actuels sont « les pires que nous ayons eus ». « Ils sont irrespectueux, envoient des lettres de menaces et font des augmentations abusives ».
Les propriétaires actuels, Jean-Philippe Claude, Frédéric Aubry, William Lande et Nicolas Luna ont fait l’acquisition des 1100 logements pour la somme de 197,5 millions de dollars en 2024. Selon La Presse, ces derniers ont obtenu un prêt fédéral de 140,8 millions de dollars avec des conditions avantageuses en échange de la promesse de maintenir 444 logements « abordables » pendant 19 ans.
Il s’agit selon toute vraisemblance de promesses non tenues, considérant que Diallo et ses voisins font face à des augmentations de loyer jugées « arbitraires » et allant jusqu’à 151$. Une centaine de locataires de Norgate prévoient d’ailleurs contester leur augmentation de loyer au Tribunal administratif du logement.
L’Étoile du Nord a obtenu une copie d’un courriel envoyé à l’ensemble des locataires de Norgate par Nicolas Sima, gestionnaire immobilier tristement célèbre pour s’être vanté dans les médias pour son efficacité dans l’expulsion de locataires. Dans la lettre, il affirme que le blocage est « inacceptable », que les rénovations ne sont « pas optionnelles » et que « tout refus ou obstruction pouvant entraîner des retards ou des coûts supplémentaires pourrait donner lieu à des recours appropriés ».
Les résidents s’organisent collectivement
Face aux différents problèmes auxquels font face les résidents de Norgate, ceux-ci ont choisi de s’organiser collectivement pour augmenter leur rapport de force face aux grands propriétaires financiarisés.

Selon Nicholas Harvest, coordonnateur de l’Offensive Populaire à Montréal, la mobilisation dans les immeubles s’est construite sur plusieurs mois à travers du porte-à-porte, des assemblées de locataires, ainsi que plusieurs visites au conseil d’arrondissement.
Au conseil d’arrondissement, les locataires ont confronté Alan DeSousa, maire de Saint-Laurent, sur son inaction en ce qui concerne la question du logement. « Le maire nous dit qu’il veut ce qu’il y a de mieux pour les locataires, on trouve ça étrange, considérant qu’il vient de couper le budget du Comité logement de plus de 30 000$ », explique Harvest lors d’une entrevue avec l’Étoile du Nord.
À la suite de la mobilisation et du blocage des travaux, les locataires et les organisateurs célèbrent un premier gain concret : une enquête indépendante devra être menée pour vérifier la présence d’amiante dans les murs et évaluer les risques liés aux rénovations. Des préoccupations demeurent toutefois concernant la suite du projet et la vie dans les appartements Norgate.
« Ces bâtisses-là n’ont de la valeur que lorsqu’elles sont occupées », dit Diallo, « Imaginez, si demain on en sortait tous les habitants, qu’est-ce qu’ils feraient de ces bâtiments? Je veux les interpeller sur le fait que l’humain est plus important que le matériel. »
« Nous sommes des habitants de Norgate, nous avons des enfants qui sont nés ici. Saint-Laurent, c’est notre quartier, c’est notre ville, nous aimons ce quartier, nos enfants y sont intégrés et nous y avons formé des communautés. Ils doivent savoir qu’ils ne pourront pas tous nous chasser, car nous comptons vraiment y rester. » Conclut-elle.


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