Alors que la session d’hiver se termine et qu’un mandat de grève a été exercé, les étudiants du Cégep de Saint-Laurent, à Montréal, concluent une année importante de mobilisation contre la dégradation des services et des bâtiments de leur école. Ancien épicentre du mouvement étudiant de 2012, le cégep a aussi vu des organisateurs tenter de relancer une culture de mobilisation qui s’était affaiblie ces dernières années.
Les étudiants ont tenu leurs premières journées de grève en novembre 2025, suivies d’une semaine complète de débrayage en mars 2026, puis d’une dernière journée de grève le 1er mai. Présente sur la ligne de piquetage le 1er mai, L’Étoile du Nord a rencontré Nour El-Hage, organisateur au sein de l’association étudiante, pour faire le bilan de l’année et des gains réalisés.
« Je pense que ça a été incroyable. Pendant la semaine de grève, on était peut-être cinq personnes à faire tout le travail, puis c’était correct. Mais après la grève, on s’est retrouvés avec des comités de 20 personnes. Pour moi, c’est une énorme victoire. Peut-être qu’on n’a pas obtenu des gains immédiats de la direction, mais honnêtement, réussir à relancer l’association étudiante, redonner de l’intérêt aux étudiants, faire revivre cette communauté et redonner le goût au monde de s’impliquer, ça vaut plus qu’une petite victoire ponctuelle. »
Selon El-Hage, même si l’administration a réussi à repousser les négociations à la session suivante, sa façon de gérer le conflit a aussi poussé davantage d’étudiants à se mobiliser.
« Le fait que les gens aient vu que la direction ne représentait pas forcément leurs intérêts a vraiment aidé à rallier des centaines d’étudiants. Avant, il y avait surtout un sentiment d’impuissance. Tout le monde voyait bien que le cégep allait mal, mais les gens n’avaient pas d’exemple concret. Comment faire une grève? Quel genre d’action organiser? Le fait de montrer que c’était possible, je pense qu’aujourd’hui ça donne envie au monde de s’impliquer et d’arriver avec des idées. »
« On a maintenant une bonne base. On peut continuer et monter d’un cran dès la prochaine session. Bien sûr, ça aurait été le fun d’obtenir nos revendications tout de suite. Mais le potentiel qu’a maintenant l’association étudiante nous permet d’aller beaucoup plus loin. »

Le mandat de grève est arrivé dans la foulée des compressions de 151 millions de dollars imposées aux cégeps par le gouvernement de la CAQ, de la détérioration des services et des infrastructures du cégep, ainsi que de la sous-traitance de certains emplois d’entretien. Parmi les revendications étudiantes figuraient un local permanent pour l’infirmière de l’école, des postes permanents pour les employés, un accès complet aux espaces d’étude et une prise de position du cégep contre l’austérité du gouvernement Legault.
Le 1er mai, L’Étoile du Nord a aussi rencontré Jess Corneau, travailleur de soutien au cégep et délégué syndical, afin de recueillir son regard sur le mouvement étudiant de cette année.
« On a vu une mobilisation très rapide et très grosse. Pendant la semaine de grève en mars, il y avait quasiment 300 personnes, juste des étudiants. Puis ce matin, il y en avait encore facilement 150. Il n’y a pas si longtemps, le piquetage devant le cégep, c’était surtout une centaine d’étudiants en résidence, puis même ça, c’était difficile. Là, tout le monde débarque. On voit que les jeunes font leur part et apprennent vite. Mais ce qui est triste, c’est qu’ils apprennent vite parce qu’ils n’ont pas le choix. Le réseau des cégeps est en train de s’effondrer. En ce moment, tous les cégeps de Montréal ont l’air de ça. »
L’année a aussi été marquée par la mobilisation des syndicats du personnel professionnel et de soutien, qui font eux aussi face à leurs propres défis, notamment les gels d’embauche et la menace de sous-traitance. Selon Corneau, un effort plus grand a été fait pour rapprocher les luttes des différents groupes du cégep.
« On a mis sur pied un comité de mobilisation intersyndical au lieu que chacun reste dans son coin à faire ses activités et sa campagne. On parle de tout le monde dans le cégep: les étudiants, les profs, les professionnels. On a uni nos efforts. On a même fait un journal ensemble, avec la participation des étudiants. Ça a vraiment changé la nature de la lutte, parce que la direction est très déstabilisée. Ils ne sont pas habitués à nous voir aussi organisés. Le patronat a toujours peur de l’organisation au travail. Ça fonctionne très bien. Notre direction panique un peu. Ils ne savent pas trop quoi faire avec ça. »
El-Hage dit que cette collaboration entre étudiants et travailleurs a aussi eu un effet positif sur le moral et la vision des étudiants.
« C’était vraiment fort, surtout pour les étudiants qui voyaient leurs profs sur les lignes de piquetage. Ce n’était plus juste l’association étudiante qui faisait grève comme d’habitude. Là, ça devenait clair que c’était un vrai problème, un front commun pour un service public qu’on partage tous. Les profs donnent les cours, les professionnels les soutiennent et font rouler le cégep. On fait tous partie de cette institution. C’est normal qu’on se batte ensemble pour elle. »
Pour la suite, El-Hage insiste sur l’importance de continuer le travail de mobilisation pendant l’été afin d’être prêts pour la session d’automne et une semaine de grève prévue en novembre, déjà votée dans plusieurs cégeps montréalais. Il voit aussi un potentiel plus large pour l’association étudiante, alors que différentes luttes commencent à se rapprocher, comme l’a montré la participation de certains étudiants à une action des cols bleus de Montréal en grève le matin du 1er mai.
« Idéalement, j’aimerais voir l’association étudiante devenir — pas un centre d’organisation nécessairement — mais un endroit où des étudiants mobilisés peuvent ensuite appuyer des campagnes et des luttes dans le quartier. Ça voudrait dire qu’ils jouent un vrai rôle dans leur communauté et qu’ils participent concrètement à l’organisation. Les voir aller à l’action des cols bleus, les voir prêts à travailler avec les syndicats d’enseignants… Ça me donne vraiment l’impression qu’il y a un chemin intéressant à suivre. »


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