Projet d’infrastructure d’IA de Telus

Des manifestants disent non aux centres de données à Vancouver

Des résidents de s’organisent contre un projet de Telus soutenu par le , qui prévoit la construction de deux centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Le 23 mai, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues du centre-ville pour s’opposer à ce projet.

Les centres de données proposés occuperaient une superficie de 500 000 pieds carrés. L’un devrait être construit au centre-ville, et l’autre dans le quartier résidentiel de Mount Pleasant. 

Telus a dévoilé les détails de ce projet d’expansion le 11 mai, affirmant qu’il permettrait de construire « les centres de données souverains les plus durables au monde ». Pourtant, aucun plan n’est en place pour réglementer l’utilisation future des ressources par l’entreprise. 

Dans son communiqué de presse, l’entreprise indique qu’elle collabore avec le gouvernement fédéral dans le cadre d’un programme majeur appelé « Initiative visant à faciliter la mise en place de centres de données souverains à grande échelle pour l’IA », afin d’étendre et de consolider le contrôle du Canada sur la technologie de l’IA. 

« C’est une infrastructure dont le Canada a besoin pour rester compétitif à l’ère de l’IA », a déclaré le ministre chargé de l’IA, Evan Solomon, lors d’une conférence de presse annonçant le plan. Il a affirmé que cette initiative s’alignant sur les valeurs canadiennes et servait les intérêts de la communauté canadienne. 

Evan Solomon prend la parole lors d’une conférence sur l’IA en 2025, photo par Gabriel Hutchinson, CC BY-SA 4.0

La consommation d’eau et d’énergie parmi les principales préoccupations

La manifestation a été organisée par un groupe appelé « No AI Data Centres in Vancouver ». Celle-ci a reçu un soutien important des jeunes habitants de la région, qui ont défilé de la station Waterfront à Granville Island, puis jusqu’à l’hôtel de ville. Parmi les préoccupations évoquées par les manifestants auprès de L’Étoile du Nord figurent les pertes d’emplois, l’intensification de la surveillance, le déclin de la créativité humaine et les impacts environnementaux négatifs.

En effet, l’enjeu de la consommation importante d’eau potable de l’IA est sans cesse au palmarès des inquiétudes face à cette technologie. Face à cela, les récentes informations venant de la ville de Vancouver n’ont rien pour rassurer: elle indique que son réseau d’approvisionnement en eau subit des pressions causées par un été sec à venir et la fermeture de l’un des deux principaux approvisionneurs en eau provenant des montagnes de la rive nord. 

« On est actuellement en niveau 2 de restrictions d’eau [et] nous devrions passer au niveau 3 d’ici juin », a fait remarquer Torin LaRocque, l’un des organisateurs de la manifestation. « Je me demande pourquoi le gouvernement devrait donner autant d’eau à ces grandes entreprises plutôt qu’à sa communauté et à sa population. »

LaRocque a expliqué qu’il s’était intéressé aux questions liées aux infrastructures d’IA lorsqu’il a pris conscience des impacts négatifs que ces centres de données ont eux aux sur les communautés environnantes.

Torin LaRocque, l’un des organisateurs de la manifestation du 23 mai

Les estimations d’une étude de 2024 montrent qu’en 2023, les centres de données mondiaux auraient consommé 560 milliards de litres d’eau et rejeté 182 millions de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Les riverains de certaines usines ont également signalé des nuisances sonores importantes.

« Les centres de données IA fonctionnent 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et génèrent un bruit constant », explique James Choi, un manifestant. « Ça va être insupportable pour les personnes qui vivent là-bas », a-t-il déclaré à propos du projet de centre de données de Mount Pleasant. 

Un grand nombre de ces entreprises refusent toujours de divulguer certains indicateurs opérationnels, tels que la consommation d’eau indirecte liée à la production d’électricité. Selon les chercheurs, le manque de transparence et l’absence de réglementations gouvernementales rendent difficile l’évaluation précise de l’ampleur réelle des impacts environnementaux. 

James Choi tient une pancarte sur laquelle on peut lire « Utilise ton cerveau, pas l’IA ».

De jeunes s’inquiètent des pertes d’emploi

Choi, récemment gradué du collège, s’inquiétait de la pression que l’expansion de l’IA allait faire peser sur un marché du travail déjà sous tension.

LaRocque va dans le même sens, soulignant que l’expansion de l’IA a déjà des répercussions sur les artistes. « Ça leur vole leur travail », a-t-il déclaré à L’Étoile du Nord

« Les milliardaires ne se soucient que de leurs profits, pas des gens », a fait remarquer Choi. « Ça va faire disparaître les postes de débutants et creuser encore plus les de richesse. »

Tout ça alors que le rapport sur l’emploi d’avril publié par Statistique Canada révèle que le taux de chômage national a atteint 6,9%, son plus haut niveau depuis septembre 2025. Une analyse récente de Statistique Canada fait état d’une stagnation de la croissance de l’emploi chez les travailleurs plus jeunes et titulaires d’un diplôme d’études secondaires ou d’un niveau inférieur. 

Au début de l’année, Telus a proposé des indemnités de départ volontaires à 700 employés dans le cadre d’un plan pluriannuel visant à réduire ses effectifs au Canada. 

Des universitaires, des dirigeants mondiaux et même les dirigeants de grandes entreprises technologiques ont mis en garde contre d’importantes suppressions d’emplois de premier échelon dues à l’adoption de l’IA sur le lieu de travail. Dans un rapport publié en février, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a déclaré que l’intégration de l’IA au travail pourrait réduire les opportunités de début de carrière pour les jeunes Canadiens. 

Parmi les slogans scandés lors du manifestation, on pouvait entendre (en anglais): « Financez les gens, pas l’IA », « L’IA, c’est nul » et « Expulsez Ken Sim ».

Un enjeu pancanadien

Telus fait partie des nombreuses entreprises technologiques qui bénéficient du soutien des différents niveaux de gouvernement à travers le pays pour la mise en place d’infrastructures d’IA. 

Les centres de données prévus à Vancouver ne sont pas les seuls à susciter une forte opposition de la part des communautés locales. Les citoyens de Lorneville et de Saint John, au Nouveau-Brunswick, se battent depuis 2024 contre les projets d’implantation de centres de données dans la région. La communauté s’oppose à la destruction potentielle de son environnement et de ses ressources, qui seraient ravagés par l’exploitation de ces usines. 

Quant à Vancouver, LaRocque a annoncé la prochaine étape de la mobilisation contre la construction de centres de données d’IA. La deuxième manifestation aura lieu le 27 juin. 

« On aimerait que [le gouvernement] accorde davantage d’importance aux personnes et à l’environnement dans lequel il se trouve et qu’il est censé représenter », a déclaré LaRocque. 

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