À qui profitent les projets canadiens d’IA?

Les infrastructures d’IA et le discours sur la souveraineté des données

Au Canada, la souveraineté des données est souvent invoquée pour justifier la construction de centres de données dédiés à l’IA. Cependant, bon nombre des entreprises qui construisent ces centres de données au Canada sont détenues par des intérêts américains et liées aux opérations de surveillance et militaires des États-Unis.

Par exemple, Beacon Data Centers, une entreprise basée en Alberta qui prévoit de construire un nouveau centre de données à Lorneville, au Nouveau-Brunswick, appartient à Nadia Partners, une société d’investissement dont le siège social est à New York. Plusieurs niveaux de gouvernement ont fait passer le projet Beacon en force malgré les objections de la communauté concernant des questions de santé et de sécurité.

En mars 2025, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a annoncé une réduction de 905 000 dollars du financement provincial destiné au tourisme. Un an plus tard, il a dévoilé son nouveau chatbot touristique Explora, développé par la société américaine Matador Network. Un porte-parole du gouvernement a déclaré qu’aucune entreprise canadienne ne pouvait offrir ce que le modèle d’IA de Matador Network était capable de fournir. Une enquête journalistique a également révélé que le chatbot était truffé d’erreurs.

Actuellement, les États-Unis et la sont les acteurs dominants dans le secteur de l’IA. Les infrastructures d’IA construites au Canada, telles que les centres de données, sont principalement destinées à être utilisées par des entreprises étrangères spécialisées dans l’IA. Cela signifie que de nombreuses réglementations canadiennes en matière de sécurité, de santé, de confidentialité et d’éthique ne s’appliquent pas aux utilisateurs finaux de ces infrastructures.

Le président s’entretient avec le Premier ministre canadien Mark Carney, mardi 6 mai 2025, dans le Bureau ovale. (Photo officielle de la Maison Blanche prise par Daniel Torok)

Le premier ministre Mark Carney a supprimé la taxe sur les services numériques en juin 2025, au profit des géants technologiques américains. M. Carney détient personnellement près de 7 millions de dollars américains en options sur actions de Brookfield Asset Management. En novembre 2025, Brookfield a annoncé un investissement de 100 milliards de dollars dans un programme visant à construire des infrastructures d’IA.

Cohere, une start-up canadienne spécialisée dans l’IA et financée par les contribuables, développe de grands modèles linguistiques et des programmes d’IA pour les entreprises et le gouvernement. Elle utilise l’infrastructure de Google et est partenaire des entreprises américaines Oracle, Nvidia et Salesforce. Une autre entreprise américaine, CoreWeave, a construit le centre de données de Cohere à Cambridge, en Ontario.

Cohere a également conclu un partenariat avec Palantir, une entreprise américaine spécialisée dans la surveillance et l’IA dont les technologies ont été utilisées pour favoriser le en , dans la guerre contre l’Iran et par l’ICE pour cibler et expulser des personnes innocentes. Cohere déploie des modèles d’IA via la plateforme Foundry de Palantir.

Une action en justice a été intentée par 14 éditeurs contre Cohere pour avoir utilisé leurs articles sans autorisation afin d’entraîner des systèmes d’IA.

Une projection sur les bureaux de Palantir en Californie. Photo par Jesse Kornblum, ProBonoPhoto.

Les spécialistes de l’IA et informaticiens canadiens Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton affirment qu’aucune entreprise canadienne ne propose actuellement de chatbot grand public. Ils ont appelé à la formation d’une coalition de pays pour développer une version éthique destinée au public et avertissent qu’une réglementation sérieuse en matière d’IA doit être mise en place.

La Loi sur l’intelligence artificielle et les données, un projet de loi visant à établir des règles pour un développement responsable de l’IA, a été abandonné au Parlement fédéral en janvier 2025. Les syndicats et les organisations de défense des droits humains ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’absence de protections pour les travailleurs et les communautés vulnérables dans ce projet de loi.

Par ailleurs, la Commission sénatoriale canadienne des droits de la personne poursuit son étude sur les impacts de l’intelligence artificielle sur les droits humains et la sécurité économique. Les dangers potentiels de l’IA pour la , l’environnement et les travailleurs à l’échelle nationale n’ont pas encore été pleinement compris ni réglementés.

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