Fermeture de South Shore et Bestar

300 ouvriers du meuble jetés à la rue en 24h

Le mois dernier, deux fabricants québécois de meubles ont fermé leurs portes, jetant près de 300 travailleurs à la rue. Leurs ouvriers, dont certains comptaient 45 ans d’ancienneté, se trouvent ainsi balayés par un marché mondialisé sur lequel ils n’ont aucune prise.

Le 27 avril, Meubles South Shore a cessé ses activités à Sainte-Croix et à Coaticook, après 86 ans. Le lendemain, Bestar a déclaré faillite à Lac-Mégantic, 75 ans après sa fondation. 

South Shore employait environ 100 personnes dans ses deux usines. Bestar en employait 175, dont la plupart à Lac-Mégantic. L’usine de Sherbrooke était déjà à l’arrêt depuis plusieurs semaines, et les travailleurs de Bestar étaient en travail partagé depuis neuf mois. Les deux entreprises disent avoir dû fermer à cause du dumping étranger, qui a fait baisser les prix, et donc leurs profits.

« On savait que ça n’allait pas bien. L’annonce fait mal », a dit Nancy Robert, présidente du syndicat Bestar. Sur Facebook, Sylvie Campeau, une internaute qui dit avoir travaillé chez Bestar près de 30 ans, écrit que c’est « très difficile ». Jean-Luc Hallee, qui y a passé 16 ans, souhaite « bon courage » à ses ex-collègues, à qui personne n’a demandé leur avis.

La direction de Bestar a reconnu avoir considéré plusieurs options avant de fermer (restructuration, vente de l’entreprise), mais n’a pas impliqué les travailleurs au processus. La décision finale a été annoncée verbalement un dimanche soir.

Un travailleuse à Bestar. Photo par Béatrice Pomerleau.

Mais les impacts dépassent les pertes d’emploi. Daniel Cloutier, directeur québécois d’Unifor, rappelle que « chaque fermeture d’une entreprise manufacturière historique est un coup dur pour nos communautés ». Sainte-Croix perd son dernier grand employeur industriel et a aussi perdu sa seule épicerie il y a peu. « Quand tu perds ton épicerie et ton employeur local coup sur coup, ayoye », écrit un internaute sur Reddit.

Les deux fermetures surviennent alors que Duchesne et Fils, un autre fabricant de la région, fait face à une liquidation imminente. Tafisa, fournisseur de panneaux de bois établi à Lac-Mégantic depuis 1992 en partie grâce à la présence de Bestar, pert aussi South Shore comme client. Son PDG dit qu’aucun emploi n’est à risque à court terme. Mais Unifor « craint des répercussions sur ces emplois, » alors que l’entreprise pourrait peiner à écouler sa production.

Un marché sans pitié

Quand les ont fermé leurs frontières aux meubles chinois et vietnamiens, ces producteurs se sont retrouvés en surproduction. Ils ont écoulé leurs stocks ailleurs, vite et à bas prix pour éviter une crise. « On est devenu le déversoir pour ces meubles-là, dans une situation de dumping », a dit Daniel Cloutier, directeur québécois d’Unifor. South Shore avait perdu 77% de ses ventes entre 2022 et 2025, et au final, ce sont leurs ouvriers qui subissent cette concurence incontrôlée sur laquelle ils n’ont aucune influence.

La réponse des gouvernements se résume à peu. Ottawa a lancé une enquête sur les importations de meubles dont la conclusion est attendue au début 2027, pendant que les usines ferment. Sur Facebook, la députée provinciale de Lotbinière-Frontenac, Isabelle Lecours, a dit être « peinée » et remercié la famille Laflamme pour leurs 86 ans de bons services. Une citoyenne lui a répondu: « Qu’avez-vous fait de concret, Mme Lecours ? » La question est restée sans réponse.

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