Le 8 septembre, 350 employés des laboratoires Dynacare sont entrés en grève. Le 9 septembre, le NPD Manitobain (qui avait signé l’année dernière un contrat de cinq ans accordant à Dynacare plus de 42 millions $ par an) a forcé les grévistes de Dynacare à reprendre le travail. Les travailleurs et les organisateurs affirment que la lutte n’est pas terminée.
Dynacare, détenue par Labcorp, le géant américain de la santé dont le chiffre d’affaires s’élève à plusieurs milliards de dollars, s’est imposée en 2018 comme monopole des services de laboratoire ambulatoires privés à Winnipeg.
Bo, une technicienne de laboratoire chez Dynacare qui a récemment pris sa retraite après 26 ans de service, a déclaré à L’Étoile du Nord que leurs salaires et leurs avantages sociaux s’étaient érodés au fil du temps. Aujourd’hui, les techniciens de Dynacare sont payés jusqu’à 50% de moins que leurs collègues employés dans les laboratoires Shared Health, qui appartiennent à la province.
Ligaya*, une autre employée, explique que la crise du coût de la vie oblige les travailleurs à se mobiliser, mais ajoute que le problème est plus profond: « C’est aussi la charge et la qualité de travail qu’on fait. » Plusieurs autres employés interrogés ont déclaré se sentir épuisés par le rythme de travail chez Dynacare.
Angela*, qui travaille dans l’entreprise depuis 16 ans, a raconté une occasion où elle et un autre collègue étaient les seules personnes présentes dans le laboratoire, et où la direction a refusé de faire venir du renfort. « J’en suis arrivée au point de devoir crier: “On a besoin d’aide!” »
Malgré un sous-effectif chronique, les salariés affirment que la direction surveille la productivité et utilise ces données pour faire pression sur les employés afin qu’ils travaillent davantage, ce qui génère un stress et une anxiété intenses chez les salariés.
Pour Bo, les pressions exercées sur les travailleurs prouvent que Dynacare agit à l’encontre de l’intérêt général, car cela affecte la qualité des services fournis. « On passe sa journée à courir. On n’est pas un soignant. On est un robot. »
Deux semaines avant son départ à la retraite, les supérieurs de Bo l’ont réprimandée pour avoir signalé que « les prélèvements sont compromis parce que les techniciens sont trop surchargés de travail pour respecter les procédures importantes ». C’est important pour elle « parce qu’on considère les patients comme des êtres humains ».
Angela estime que ses collègues méritent davantage de respect. « Dynacare a beaucoup de chance de nous avoir comme techniciens, parce qu’on a de l’empathie et on aime aider les patients, et c’est pour ça qu’on est là. »
« Même si on souffre et qu’on est blessés, qu’on a des problèmes aux hanches, aux épaules et aux poignets, on essaie de répondre à leurs besoins et de leur apporter autant de réconfort que possible. C’est nous qui prenons soin des patients. »

Et ces patients sont toujours confrontés à des délais d’attente extrêmement longs, malgré des subventions massives et la mission avouée de Dynacare de mettre fin à cette situation. Évoquant les petites salles d’attente des laboratoires, qui entraînent de longues files d’attente pouvant s’étendre sur plusieurs pâtés de maisons—même en hiver—Bo estime que la véritable mission de l’entreprise a été « de monopoliser le marché ». Au Manitoba, la moitié de toutes les analyses sanguines sont désormais effectuées par Dynacare.
Angela explique que lorsque des patients souffrant de troubles immunitaires se présentent dans les établissements Dynacare, « on doit les prendre en charge immédiatement, parce que ça serait dangereux qu’ils attendent ici ». Elle explique que cela provoque souvent des conflits avec les patients.
« On ne doit pas leur dire d’aller à l’hôpital, même si on ne peut pas les aider ici. On risque des sanctions si on le dit, car ça éloignerait les patients de Dynacare, quelle que soit l’urgence de la situation », rapporte-t-elle.
Les travailleurs ripostent
Le 1er septembre, le NPD, qui se présente comme pro-travailleurs et qui a été élu sur la promesse de réformer le système de santé, a contraint les travailleurs de Dynacare à reprendre le travail.
Pour ce faire, le gouvernement de Wab Kinew a contesté le statut de « non essentiels » des techniciens de laboratoire, permettant ainsi à la Commission du travail du Manitoba de suspendre la grève le 9 septembre—une disposition cachée dans une loi anti-briseurs de grève adoptée il y a deux ans.
Face à une vive réaction de l’opinion publique, le NPD a semblé tergiverser, Kinew déclarant que « Dynacare, c’est nul » avant d’accuser les travailleurs de « tenter d’utiliser le système de santé public comme carte de négociation ».
Pourtant, « les patients ont fait tant d’efforts pour ne pas se plaindre », explique Angela. « Ils sont tellement compréhensifs. Ils disent qu’ils s’inquiètent pour nous et qu’ils nous soutiennent. Ils nous ont apporté des beignes et du café, et on les remercie parce que c’est exactement ce dont on a besoin. Ces gens nous apprécient. Mais Dynacare? »
Le 1er octobre, la Commission des relations de travail rendra sa décision finale quant à leur statut de travailleurs « essentiels ». Si la Commission donne raison au NPD, il est possible que le droit de grève soit retiré indéfiniment aux employés de Dynacare.
C’est dans ce contexte que la section manitobaine d’Alliance ouvrière a organisé un rassemblement qui a réuni plus de 50 employés de Dynacare et membres de la communauté devant le bureau du ministre du Travail le 20 septembre afin d’exprimer leur mécontentement.

S’adressant à L’Étoile du Nord, Simon Pensato, représentant d’Alliance ouvrière Winnipeg, affirme que les salariés doivent garder la tête haute. « Ça serait une erreur de considérer cette situation comme un échec », déclare-t-il.
« Un ordre de retour au travail montre que les travailleurs sont forts lorsqu’ils font la grève, et que le gouvernement a peur que, s’ils poursuivent leur grève, ils finissent par gagner. »
Selon Pensato, la racine du problème réside dans le fait que le mouvement syndical compte davantage sur le NPD que sur la combativité des travailleurs pour susciter le changement social. Il explique que la loi anti-briseurs de grève du NPD avait été présentée comme la législation du travail la plus progressiste du Canada. « Mais cette loi est maintenant utilisée pour réprimer les travailleurs et porter atteinte à leur droit de grève. Si on veut renforcer notre pouvoir en tant que travailleurs, il faut le construire à partir de la base. »
L’initiative des salariés de Dynacare de refuser les heures supplémentaires jusqu’à la fin des négociations illustre clairement ce à quoi cela peut ressembler. Malgré ce que les salariés ont décrit comme une tentative de l’entreprise de les « démoraliser » en leur proposant des taux pouvant aller jusqu’au triple pour le travail la fin de semaine, un mouvement de base visant à refuser ces offres tient bon.
Pour Ligaya, la décision de ne pas accepter ces offres est une question de principe. « Je fais partie d’un groupe de travailleurs qui estime que la direction devrait nous accorder ce qu’on veut. » Pour elle, adopter cette position de principe implique un sacrifice important, et elle comprend que tous ses collègues ne peuvent pas faire de même.
Mais Ligaya se souvient de la bataille syndicale qui l’a vue, elle et ses collègues, adhérer pour la première fois à l’Association des professionnels de la santé du Manitoba en 2000, plus de huit ans avant le rachat de Dynacare. Grâce à cette lutte, elle et ses collègues ont obtenu le régime de retraite qui lui permettra de prendre sa retraite l’année prochaine. Elle explique que cela lui a appris à aborder la lutte actuelle de la même manière.
Angela nous a confié que ce message l’avait inspirée. « C’est grâce au combat mené par nos techniciens plus âgés que nous disposons de notre régime de retraite, et Dieu merci qu’ils se sont battus. Ce sont nos précurseurs, et maintenant, c’est à notre tour ! »
Elle poursuit : « Si Dynacare peut faire ça, ils pourront s’en tirer à bon compte encore plus à l’avenir, et c’est pour ça qu’on se bat. On essaie de rester fermes, et on essaie de faire comprendre ça à nos collègues. Il faut pas les laisser nous marcher dessus. Il faut commencer à se battre dès maintenant, parce que s’ils s’en tirent comme ça, ça va être quoi la prochaine étape? »
*Des pseudonymes ont été utilisés pour les salariés actuellement employés par Dynacare afin de les protéger contre des représailles.


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