La Colombie-Britannique aux urnes

Pourquoi Eby a-t-il déclenché des élections anticipées?

Malgré les appels et les demandes des administrations municipales, des organisations et des candidats de toute la province, le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a décidé d’aller de l’avant avec des anticipées, semant la confusion parmi les électeurs puisque les élections municipales se déroulaient une semaine plus tôt. Eby affirme avoir déclenché ces élections parce qu’il souhaitait obtenir l’appui de la population pour ses plans économiques, mais une analyse plus approfondie montre que cette justification est douteuse. Le premier ministre a plus certainement tenté de tirer parti des conflits au sein du caucus des Conservateurs.

David Eby a été élu il y a deux ans, le 19 octobre 2024 lorsque son parti, le Nouveau Parti démocratique (NPD), a obtenu la majorité des sièges. Deux ans avant la fin de son mandat, le 22 septembre, le premier ministre a surpris la presse en annonçant des élections anticipées qui auraient lieu le 24 octobre.

L’annonce de ces élections anticipées coïncide alors avec la crise politique qui secouait le caucus des Conservateurs de la Colombie-Britannique. Au cours des derniers mois, quatorze députés provinciaux ont quitté le caucus, invoquant des désaccords avec la direction et son orientation politique. Le mois de septembre mouvementé du Parti conservateur a culminé avec la démission de Kerry Lynne-Findlay le 20 septembre, après moins de quatre mois à la tête du caucus.

Deux jours plus tard, M. Eby a décidé de déclencher des élections anticipées, invitant les électeurs à se rendre aux urnes le 24 octobre, soit une semaine après les élections municipales du 17 octobre. Les électeurs n’ont ainsi disposé que d’un mois pour se pencher sur la question et décider quel parti allait mener la province dans la bonne direction, alors qu’ils devaient, parallèlement, répondre à cette même question pour leurs municipalités locales.

Bart*, un employé d’une aciérie de Surrey, a mentionné que les gens se présentaient aux bureaux de anticipés dans la confusion, ne sachant pas s’il s’agissait d’un bureau pour les ou municipales. « On a voté quand même; ce n’est pas comme si ça allait changer grand-chose de lire tous leurs programmes électoraux mal ficelés. »

L’élection a-t-elle été déclenchée pour contrer Trump?

Le moment choisi pour ces élections anticipées visait très clairement à tirer parti de la confusion et des divisions au sein des Conservateurs de la Colombie-Britannique. Lorsqu’on lui a fait remarquer, lors du débat provincial, que cette manœuvre s’apparentait à une tactique opportuniste, Eby a plutôt invoqué les tensions croissantes entre les et le Canada comme véritable contexte de ces élections anticipées.

« Nous faisons face à une menace existentielle, en tant que province et en tant que nation… Je veux en faire davantage pour la province, mais j’ai besoin d’un mandat fort. Cela signifie chaque vote. » Tout au long de cette courte campagne électorale, les arguments d’Eby ont tourné autour de l’idée de « Building BC Strong » (Bâtir une Colombie-Britannique forte). Son orientation s’est inspirée de, voire a copié, la campagne fédérale « Canada Strong 2025 » de Carney.

David Eby affirme que, pour que le gouvernement provincial puisse adopter des décisions, des mesures et des lois susceptibles de promouvoir la souveraineté du Canada face aux États-Unis, la province aurait besoin d’un gouvernement majoritaire capable de faire adopter ces mesures facilement et sans trop de délai. Une approche similaire avait été adoptée lors des dernières élections fédérales anticipées, mais elle concernait alors la COVID-19. Or, comme l’a justement souligné Emily Lowan, nouvelle chef des Verts de la Colombie-Britannique, le NPD dispose d’un gouvernement majoritaire. Pourquoi ne pourrait-il pas adopter les mesures législatives qu’il souhaite?

L’année dernière, un phénomène similaire s’est produit en Ontario, où Doug Ford avait invoqué les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis pour justifier les élections anticipées qu’il avait déclenchées.

Le plan d’Eby pour une Colombie-Britannique forte

Dans un communiqué de presse publié après l’annonce des élections, le NPD a présenté une stratégie visant à bâtir une économie plus forte, indépendante de Trump, articulée autour de deux points principaux :

  1. maintenir les coûts à un niveau abordable pour les Canadiens pendant la guerre commerciale en investissant dans les services publics et en les renforçant
  2. bâtir une économie indépendante des États-Unis en construisant des infrastructures et des logements, ainsi qu’en développant les industries dont la Colombie-Britannique a besoin.

Ces deux axes sont pratiquement indiscernables de l’orientation des autres principaux partis, à savoir les Verts et les Conservateurs. Ainsi, même les Conservateurs promettent d’investir dans les soins de santé publics. Alors que les deux partis d’opposition ont présenté des chiffres concrets, des projets économiques et des plans visant à résoudre le déficit de 13,7 milliards de dollars de la Colombie-Britannique tout en renforçant l’indépendance économique du Canada, le programme du NPD est resté assez vague quant à ses propositions.

Alors que la cheffe des Verts de la Colombie-Britannique, âgée de 26 ans, a présenté un plan concret, assorti de chiffres et de projections, promettant un impôt sur la fortune pour les plus riches de la province, M. Eby se contente de répéter que les personnes fortunées devraient payer « juste un peu plus ».

L’antagonisme croissant entre différentes nations autochtones et le NPD provincial a également limité les projets du parti en matière de développement économique futur en Colombie-Britannique. Alors que l’alarmisme a dominé le débat autour de la Loi sur la Déclaration des des peuples autochtones (DRIPA), le NPD adopte une posture libérale qui empêche un développement économique coopératif entre le Canada et les nations autochtones.

Alors que les actions d’Eby ne promettent aucune orientation claire quant à la voie à suivre pour développer l’économie canadienne et renforcer les nations autochtones, les partis d’opposition, eux, en ont une. Les Conservateurs de la Colombie-Britannique ont dénoncé le modèle de « vérité et réconciliation » comme étant « vide de sens ». Le parti prévoit plutôt mettre en place un nouveau modèle de « réconciliation économique » qui privilégierait des plans économiques supposés entre les nations autochtones et la province après l’abolition de la DRIPA.

On ignore toutefois sur quelle base ce modèle prétendument nouveau sera construit. Sans la DRIPA, les conservateurs devraient établir un nouveau cadre pour les négociations de nation à nation avec les peuples autochtones, ou bien revenir à la méthode historique du gouvernement consistant à ignorer complètement leur droit à l’autodétermination.

Cependant, les tentatives plus directes visant à faire adopter de force des projets qui profitent de manière disproportionnée aux intérêts anglo-canadiens risquent de se heurter à une résistance accrue de la part des peuples autochtones.

Eby aurait dû inclure les travailleurs dans sa planification

Les sondages prévoient que le NPD sortira clairement perdant du prochain scrutin. Son gouvernement passerait d’une position majoritaire à celle de première opposition face à un gouvernement conservateur, pour la première fois depuis des décennies. Le plan économique d’Eby ne semble pas susciter le même engouement au sein de la population que celui suscité par le programme « Canada Strong » de Carney lors des dernières élections fédérales.

En effet, comme la plupart des partis politiques au Canada surfent actuellement sur la vague de la guerre commerciale dans leurs communications publiques, Eby aurait probablement dû proposer un plan authentique – et novateur – pour séduire l’électorat de la Colombie-Britannique.

*La personne interviewée a demandé à rester anonyme

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