Un groupe de locataires montréalais dénonce des pratiques préoccupantes liées à la gouvernance de l’immeuble où ils résident. Face à l’intimidation, aux menaces et à la mauvaise gestion de la part de l’administration, les locataires se sont associés à un groupe de citoyens locaux pour réclamer la fin du « climat de peur » instauré par l’organisme à but non lucratif propriétaire de leur immeuble.
Les résidents de la Cité des âges, un immeuble d’appartements à but non lucratif situé dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve de Montréal, affirment que l’organisme qui gère l’immeuble ne respecte pas la mission qu’il s’est fixée. Quatre-vingt-douze résidents vivent dans ce complexe, dont de nombreuses personnes âgées.
La Cité des âges est gérée par un organisme sans but lucratif dont les objectifs déclarés consistent notamment à offrir des logements à loyer modique aux aînés et aux familles, ainsi qu’à fournir des services favorisant leur bien-être.
Les locataires ont déclaré à L’Étoile du Nord que leurs problèmes avaient commencé en 2023. Ils affirment être victimes de harcèlement, de menaces et d’une surveillance excessive de la part de la direction. Les résidents dénoncent également le favoritisme, ainsi que le manque de transparence et d’équité de la part des administrateurs.
Cette année, un groupe de locataires a commencé à former un comité pour défendre leurs droits et leur dignité. Pour ce faire, ils se sont alliés à la Ligue 33, une organisation citoyenne locale. Le groupe Offensive populaire leur a aussi offert soutien et conseils, suite à des menaces de poursuite venant de la direction de la Cité des âges.
Mercredi après-midi, le comité des locataires et la Ligue 33 ont tenu une conférence de presse pour faire part de leurs préoccupations et de leurs revendications. Bon nombre de leurs préoccupations portaient sur le comportement de Marina Belskikh, directrice-secrétaire-trésorière du conseil d’administration de la Cité des âges.
Harcèlement, mépris et menaces de violence
Les locataires rapportent que l’administration les traite avec mépris lorsqu’ils posent des questions ou expriment leurs préoccupations. Un résident a rapporté qu’on lui avait dit : « Si vous n’êtes pas content, on ne vous retient pas. On n’espère pas vous revoir l’an prochain. »
Les résidents ont commencé à enregistrer leurs interactions avec les administrateurs afin de documenter les remarques agressives. Les enregistrements obtenus par la Ligue 33 contiennent des commentaires choquants. « Si j’en pogne un à toucher mon char, je l’égorge jusqu’à temps qu’il saigne dans la rue. », a-t-on entendu dire un administrateur.
« J’ai déjà reçu une lettre par quelqu’un ici, par un huissier, puis j’y ai dit: « la prochaine fois que tu me l’envoies, je te l’enfonce dans le fond de la gorge, ton ostie de lettre par huissier ! » », a déclaré un administrateur en parlant d’un résident.
Un communiqué de presse publié par le comité des locataires indique que les résidents handicapés sont particulièrement visés par ce genre de comportement. Ils réclament des mesures concrètes pour protéger les locataires contre l’intimidation, ainsi qu’un mécanisme indépendant et confidentiel de traitement des plaintes.

Surveillance constante
L’une des principales préoccupations exprimées par les locataires concerne la surveillance intensive exercée dans l’immeuble. On note une présence importante de caméras de surveillance, qui, selon le comité des locataires, font l’objet d’un suivi minutieux. Les locataires ont raconté comment les administrateurs, et Mme Belskikh en particulier, examinent avec attention les images des caméras, puis envoient des avertissements pour des infractions mineures, comme le fait de mal fermer une porte.
« Elle voit tout », a déclaré un locataire au North Star, en parlant de Mme Belskikh. « Elle donne 25 piastres [d’amende] parce qu’une madame fait du compost. C’est pas la question qu’elle la donne, mais elle vérifie tout. Tu comprends ? »
Les locataires rapportent que lorsqu’ils défendent leurs droits, les gestionnaires de l’immeuble les avertissent systématiquement qu’ils sont surveillés et que l’administration tient des « dossiers » sur ses locataires.
France Hovington, membre du comité des locataires, a noté que M. Belskikh s’était présenté à la conférence de presse de mercredi et avait pris des photos, vraisemblablement pour surveiller qui y participait.
Lorsque le comité a tenu sa première réunion publique dans une salle commune de l’immeuble, l’administration a immédiatement riposté. Au cours de l’assemblée, un « représentant des locataires » et administrateur est venu tenter de chasser les locataires de la salle. Ceux-ci ont refusé de partir. Les administrateurs ont ensuite envoyé une facture de 350 $ à une membre du comité pour l’utilisation de l’espace.
Or, il est indiqué sur le site Web de l’organisme que cette salle est librement accessible aux locataires. On y lit que « Nous croyons qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre, créer et s’épanouir. C’est pourquoi nous accompagnons les projets de développement personnel de nos locataires et offrons un accès gratuit à la grande salle. Cet espace devient un lieu de partage où naissent des idées, des amitiés et de beaux moments. »
Les locataires ont rapporté que, le lendemain de l’assemblée, une affiche avait été placée, énonçant une nouvelle politique exigeant que les locataires paient pour l’utilisation de la salle commune.
Décisions arbitraires
Le comité des locataires a soulevé des questions quant à l’indépendance du conseil d’administration. « Des préoccupations portent sur les liens familiaux ou amicaux allégués entre certains administrateurs, la secrétaire et des personnes proches de l’organisme. Certaines décisions sembleraient favoriser un cercle restreint plutôt que l’intérêt collectif », a déclaré le comité dans un communiqué de presse.
Les décisions en question portent notamment sur les nominations au sein des comités et, surtout, sur la sélection des nouveaux locataires. Bien que le conseil d’administration compte deux représentants des locataires, les membres du comité affirment que ces derniers ont été élus il y a plus de trois ans et qu’ils ne représentent pas légitimement les intérêts des résidents. Mme Hovington affirme que le conseil a rejeté les demandes des locataires visant à organiser de nouvelles élections.
Certains locataires estiment que les fonds de l’organisme à but non lucratif sont mal gérés. « Ils n’ont jamais d’argent. Ils n’ont jamais de fonds, sauf pour la décoration », affirme Mme Hovington. Plusieurs locataires ont déclaré L’Étoile du Nord que l’argent de l’organisme serait mieux utilisé pour réparer les fenêtres de l’immeuble et la toiture vieille de 35 ans.
Le comité allègue également que le cumul des fonctions de secrétaire, de trésorière et de gestionnaire par Marina Belskikh la place dans une situation de conflit d’intérêt grave. De surcroît, Mme Belskikh est la belle-fille du président du conseil d’administration, André Pion. Dans son communiqué, le comité réclame un examen indépendant des pratiques administratives du conseil d’administration.


Ils exigent de la transparence et un dialogue
Malgré sa vive dénonciation du comportement et des pratiques de gouvernance de l’administration, le comité a espoir qu’un dialogue avec le conseil d’administration puisse avoir lieu. Certains locataires sont toutefois découragés par la détérioration grave des relations avec l’administration.
« Écoute, si on n’avait pas tout fait, moi, je ne serais pas ici. On a tout fait pour leur donner toutes les chances possibles et impossibles », déclare Jules Noël, un locataire. « Donc, les chances, [Marina] les a toutes eues. Elle n’en a pris aucune. Elle n’est pas ouverte. C’est malheureux. C’est malheureux parce que nous, on l’est. »
Pour sa part, la Ligue 33 s’engage à accompagner le comité des locataires dans sa lutte, quoi qu’il arrive par la suite.


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