« No War on Cuba »

Les cubains tiennent tête aux ambitions impérialistes des États-Unis

Depuis janvier, les États-Unis intensifient leurs sanctions économiques pour tenter d’abattre sept décennies d’indépendance cubaine face à l’impérialisme américain. Les militants solidaires réclament plus de soutien matériel et moral.

Fin janvier, l’administration Trump a émis un décret imposant un blocus sur les importations de pétrole de Cuba, juste après l’invasion du Venezuela et l’enlèvement illégal du président vénézuélien Nicolás Maduro, qui a privé Cuba de son principal fournisseur de carburant. Ce siège pétrolier a lancé une lutte de plusieurs mois pour éviter l’effondrement total de l’économie et de l’État.

Dans un rapport publié le 20 juillet, la Maison-Blanche justifie l’escalade des sanctions de 2026 comme des mesures pour protéger la sécurité nationale américaine contre la propagation du « terrorisme de gauche » par Cuba. L’île avait déjà adopté un plan de réformes économiques en réponse à l’agression américaine, mais rien n’y fait. Washington n’a pas relâché la pression.

« [Cuba] traverse une grave crise énergétique en ce moment », affirme Nigan Juniper, vice-président de la Canadian-Cuban Friendship Association et membre de la brigade de travail volontaire Che Guevara 2026. « Il n’est pas rare qu’il n’y ait pas de courant pendant la majeure partie de la journée. »

Quand l’électricité tombe, l’eau suit. Sans gaz, sans électricité et sans eau, les gens peinent à cuisiner, à se laver et même à dormir, a confié M. Juniper à L’Étoile du Nord.

Le parlement cubain dans le noir. Source: Wikipedia,

Les conditions de vie du peuple cubain se dégradent à mesure que le blocus le coupe des biens essentiels du quotidien. Exclue du réseau commercial , l’île fait face à de graves pénuries alimentaires.

Cuba manque aussi cruellement de matériel médical, dit M. Juniper. « [Les hôpitaux cubains] n’ont pas accès aux antibiotiques, aux médicaments contre les convulsions, aux seringues ni aux sutures. Ce sont des produits qu’ils ne peuvent pas fabriquer sur place. »

Malgré un système de santé impressionnant, gratuit et accessible, Cuba dépend d’importations de matériel médical que les sanctions ont coupées. Avec des ressources limitées, impossible pour les hôpitaux cubains de répondre à la demande croissante de soins.

Le 23 juillet, l’administration Trump a annoncé des sanctions supplémentaires visant le programme cubain de missions médicales à l’étranger ainsi que d’autres entreprises énergétiques liées à l’État.

Ce programme de missions médicales est l’une des principales sources de revenus et d’influence diplomatique de Cuba. Chaque année, l’île envoie du personnel médical dans plusieurs pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Océanie, et forme des étudiants en médecine sur son territoire en échange de devises et de marchandises. Depuis janvier, la pression de Washington a forcé certains pays, comme la Jamaïque et le Guyana, à suspendre leur collaboration avec Cuba.

Les cubains tiennent bon

« Le manque d’électricité rend la vie des gens misérable », a confié à L’Étoile du Nord Jeannine Mitchell, directrice générale de Not Just Tourists . « Mais en même temps, les Cubains sont d’une résilience incroyable. »

Not Just Tourists est un groupe de solidarité bénévole qui livre de l’aide médicale à Cuba. Mme Mitchell est revenue d’une de ces missions au début juin.

« Je connais une famille d’agriculteurs qui perd de l’argent chaque jour, parce que l’essence coûte plus cher que ce qu’elle tire de la traite de ses vaches », raconte Mme Mitchell.

Malgré les difficultés, le peuple et le gouvernement cubains trouvent des solutions pour que les enfants continuent d’aller à l’école et les adultes, au travail.

Le Canadian Network on Cuba, chargeant divers dons à destination de Cuba, début 2026. Source : canadiannetworkoncuba.ca

Cuba vit une des transitions énergétiques les plus rapides de l’histoire, grâce aux investissements de la Chine et à ses importations de panneaux solaires et de batteries.

L’île se tourne maintenant vers le solaire. Elle construit des arénas solaires, des sources communautaires d’électricité où les gens peuvent recharger leurs téléphones et leurs ventilateurs. Grâce au soutien de proches à l’étranger et aux subventions gouvernementales, les tricycles solaires sont devenus un moyen de transport essentiel sur l’île, dit Mme Mitchell.

Pour résister aux sanctions américaines renforcées et stabiliser l’économie, le gouvernement cubain a décidé le 17 juin d’entreprendre les réformes économiques les plus vastes et les plus radicales depuis la chute de l’URSS. Elles visent à décentraliser l’économie, à ouvrir des portes au secteur privé et à accueillir les investissements des Cubains vivant à l’étranger.

« Aussi vite que les États-Unis leur rendent la vie infernale, les Cubains continuent d’essayer », remarque Mme Mitchell.

Le récit impérialiste face à la réalité populaire

Le blocus américain contre Cuba est le plus long de l’histoire entre deux pays souverains. Il existe, sous diverses formes, depuis la cubaine et la naissance de l’État populaire. En 2025, l’Assemblée générale des Nations unies réclamait pour la 33e année consécutive une résolution pour y mettre fin.

Ce blocus de longue date sabote les efforts du peuple cubain pour prospérer économiquement. Dans son rapport de 2025 aux Nations unies, Cuba estime que les dommages du blocus depuis les années 1960 atteignent jusqu’à 2 100 milliards de dollars américains en prix d’aujourd’hui. Selon le rapport, deux mois de blocus équivalent au coût du panier alimentaire rationné pour toute la population pendant un an, soit environ 1,6 milliard de dollars américains.

« Sans le blocus, le PIB de Cuba aurait pu croître d’environ 9,2 % en 2024 », indique le rapport.

Tess Stuber, coordonnatrice de la brigade Che Guevara, rappelle qu’à cause du blocus, les pénuries d’énergie et de biens n’ont rien de nouveau sur l’île. Cuba a réussi à survivre un temps grâce à des mesures de production adaptées et à ses relations commerciales avec ses proches alliés.

Brigade Che Guevara. Source : canadiannetworkoncuba.ca

Une étude de l’économiste Pavel Vidal montre que les sanctions économiques américaines n’ont pas réussi à isoler économiquement Cuba ni à renverser le gouvernement populaire. Mais l’escalade des sanctions cette année pousse l’île au bord du gouffre.

Le récent siège pétrolier vise à ajouter une couche d’isolement supplémentaire en séparant Cuba du reste du monde par une « sanction secondaire » qui menace de hausser les tarifs sur les marchandises importées de tout pays fournissant du carburant à l’île.

Dans un décret de janvier, l’administration Trump accuse le gouvernement cubain de violer les droits de la personne et de s’associer à des pays jugés menaçants pour la sécurité américaine, comme la ou la Chine.

« [L’accusation] manque de crédibilité et semble conçue pour justifier le recours à des pouvoirs extraordinaires et coercitifs », déclarent des experts de l’ONU dans un communiqué. Des journalistes indépendants du média Belly of the Beast ont aussi démonté les allégations américaines selon lesquelles Cuba serait une menace terroriste.

Mme Mitchell et M. Juniper croient tous deux que les sanctions visent à garantir aux États-Unis l’accès aux ressources cubaines et à renforcer leur influence en Amérique latine.

« Ils veulent la richesse », dit Mme Mitchell au sujet des États-Unis. « [Et ils veulent] ramener le bon vieux temps de Batista », en référence à la dictature de 29 ans de Fulgencio Batista, une période où le pays était dominé par l’hégémonie américaine.

« On nous vend l’idée que [les sanctions] ciblent des dirigeants corrompus, [mais] elles ciblent les gens ordinaires », dit M. Juniper. Selon lui, le plus gros « problème » des États-Unis avec Cuba, c’est que l’île « donne le bon exemple aux travailleurs du monde entier ».

Mme Stuber affirme que la majorité des Cubains voient leur gouvernement comme un vrai représentant du peuple, avec lequel ils travaillent en solidarité pour défendre l’autodétermination et la souveraineté de Cuba contre l’intervention américaine.

Le Canadian Network on Cuba organise une campagne pancanadienne de solidarité baptisée « No War on Cuba ». Elle presse le Canada de dénoncer le blocus, de maintenir son vote contre celui-ci à la prochaine Assemblée générale des Nations unies et de lever l’avertissement aux voyageurs qui nuit au tourisme canadien dans l’île des Caraïbes.

Pour plus d’informations : no-war-on-cuba

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