La grève des ingénieurs de l’État québécois, qui affecte 127 chantiers depuis le 6 juillet, crée du chômage chez les ouvriers de la construction qui auraient dû travailler sur ces mêmes chantiers. Qu’à cela ne tienne, le mot d’ordre pour ces travailleurs n’est pas de blâmer les ingénieurs en moyen de pression, mais le gouvernement-patron qui lésine sur les négociations. L’Union des opérateurs de machinerie lourde a même lancé une pétition pour soutenir le mouvement de grève.
Depuis 2023, les ingénieurs au service de l’État québécois sont en négociation de convention collective. Le 6 juillet 2026, cette négociation s’est transformée en grève générale illimitée, laquelle perdure encore.
Les membres de l’Association professionnelle des ingénieurs du Québec (APIGQ) n’ont toujours pas accepté d’offre du gouvernement, au contraire des salariés du Front commun de la fonction publique ou des autres syndicats de fonctionnaires faisant cavalier seul, lesquels ont majoritairement réglé en 2024.
Au cœur du conflit, on trouve le salaire. En incluant les avantages sociaux, le Secrétariat du Conseil du trésor, qui négocie pour le gouvernement, offre aux ingénieurs 18,5% d’augmentation de la masse salariale sur 5 ans (3,7%/année en moyenne). Ceux-ci refusent d’accepter cette offre puisque d’autres métiers de la fonction publique ont pu obtenir près de 25% d’augmentation pour la même période.

La grève paralyse actuellement une soixantaine de chantiers au Québec, en plus d’une autre soixantaine qui sont au ralenti. Certains chantiers à l’arrêt sont critiques pour des régions éloignées, notamment pour les travaux de réfection routière, mais certains sont plutôt critiques pour les profits de certains monopoles. C’est le cas du Chantier Davie à Lévis (possédé par la muntinationale Inocea) qui doit être transformé pour la construction de sous-marins suite à l’augmentation drastique du budget militaire canadien.
Pour plusieurs travailleurs de la construction, cette situation est synonyme de chômage. C’est le cas notamment des opérateurs de machinerie lourde, qui travaillent à 80-85% dans le domaine du génie civil. En entrevue avec L’Étoile du Nord, Marc-André Blanchette, représentant technique de l’Union des opérateurs de machinerie lourde (le Local 791), indique ainsi que des membres ont « signalé à plusieurs reprises des ralentissements dans leur région d’attache. Je pense à notre monde du Saguenay-Lac-St-Jean, de la rive sud de Québec, de la Côte-Nord ».
En réaction à cette situation inquiétante de chômage en saison chaude, le Local 791 a décidé de se solidariser avec les ingénieurs, au contraire d’autres acteurs politiques qui ont appelé le gouvernement à décréter plus de chantiers comme étant « essentiels ».
Une pétition pour que le gouvernement cesse de faire traîner les négos
Le 6 août, le Local 791 a lancé une pétition demandant au gouvernement de négocier de bonne foi avec les ingénieurs à son emploi. Le texte de la pétition montre clairement dans quel camp se positionne le syndicat, dès les premières lignes: « Soyons clairs. Les chantiers du Québec ne sont pas paralysés par les ingénieurs. Ils sont paralysés par trois ans d’inaction et de mauvaise foi de la part du gouvernement de la CAQ. »
La pétition demande ensuite au gouvernement « de donner un véritable mandat de règlement à ses négociateurs et de mettre fin à une impasse qui pénalise autant les ingénieurs de l’État que les travailleurs de la construction et l’ensemble de la population ». Celle-ci rappelle justement que le Tribunal administratif du travail a condamné le gouvernement pour avoir négocié de mauvaise foi à la mi-juillet.
Marc-André Blanchette explique que son syndicat « a un mandat de [ses] membres de les représenter à toutes les occasions possibles et de défendre leur gagne-pain. » Si c’est le gouvernement qui négocie de mauvaise foi, alors c’est lui qui doit être pris pour cible pour que les opérateurs au chômage forcé retrouvent de l’emploi dans leur région.
Quant au choix tactique de la pétition pour essayer de faire bouger les choses, le représentant technique du 791 explique que, par le passé, cela a fonctionné. Avec trois autres syndicats de la construction (l’AMI, le Local 9 et le Local 717), son syndicat avait lancé une pétition en 2025 pour demander une enquête sur les décès dans les chantiers du Québec. La mobilisation et la pétition avaient finalement poussé le gouvernement à déclencher cette enquête. « Si on est capable de les faire bouger avec une enquête publique qui n’a pas eu lieu depuis 40 ans, on va peut-être être capable de les faire négocier », résume Blanchette.

Pas question d’être divisés face à l’État québécois
Lorsqu’on lui demande s’il y a des gens qui rechignent face à la pétition du 791, qui préféreraient mettre le blâme sur les ingénieurs, Marc-André Blanchette rejette cette rhétorique de division. Celui-ci pointe plutôt vers le portrait global des relations entre les salariés québécois et le gouvernement en poste.
Il parle de « discrimination systémique envers chaque travailleur au Québec », pointant les récents projets de loi de la CAQ qui s’attaquent largement aux droits du peuple québécois. « Le projet de Loi 3, le projet de constitution du Québec, le projet de Loi 27, la fin des comités paritaires, la fin de ci, la fin de ça… Ils attaquent les mêmes personnes: les salariés, les syndiqués. »
Celui-ci ajoute que les récentes réformes du ministre Jean Boulet pour limiter le rôle des syndicats, « les bébelles qu’ils mettent en place pour nous empêcher d’agir », affectent tout autant l’APIGQ que les autres syndicats québécois. « C’est pas parce que t’as un diplôme universitaire ou un diplôme en machinerie lourde que t’es pas opprimé. »
La pétition de l’Union des opérateurs de machinerie lourde approche des 3 000 signatures. Les travailleurs de la construction et les citoyens solidaires peuvent la signer ici : https://local791.ca/le-local-791-lance-une-petition-en-appui-aux-ingenieurs-de-letat-en-greve-linaction-gouvernementale-doit-cesser-le-conseil-du-tresor-doit-negocier-de-bonne-foi/


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