Action syndicale des infirmières de Colombie-Britannique

Lettre: Mettez pas les travailleurs en compétition pour obtenir l’équité

Pour la première fois en 25 ans, les infirmières de la Colombie-Britannique ont déclenché une grève pour obtenir une convention collective qui appuie des salaires équitables, répond aux enjeux de sécurité au travail et apporte des solutions à la pénurie de personnel. Ces lignes, je les écris non seulement à titre de résidente de la Colombie-Britannique, mais aussi comme l’une des 55 000 infirmières et infirmiers qui ont pris part à ce mouvement pour redéfinir les priorités d’un système de qui est en train d’échouer lamentablement.

Après un vote de grève appuyé à 98,2% et trois semaines d’une mobilisation historique, le BC Nurses Union (BCNU) a levé une demi-douzaine de lignes de piquetage à travers la province pour entamer une médiation avec la Health Employers Association of BC.

L’interdiction, à l’échelle provinciale, des tâches non liées aux soins infirmiers ainsi que la restriction des heures supplémentaires imposées aux employeurs sont demeurées en vigueur tout au long du processus de médiation — jusqu’au 23 juillet, moment où les deux parties se sont finalement révélées incapables de s’entendre sur la question de la rémunération.

Les médiateurs Amanda Rogers et Vince Ready ont alors recommandé que ce dossier soit tranché par un arbitrage exécutoire volontaire, une proposition que le syndicat a acceptée.

Entre-temps, la Nurses Bargaining Association a déposé une plainte pour pratique déloyale de travail auprès du BC Labour Relations Board, après avoir recensé plus de 5200 signalements de menaces illégales envers les travailleuses et d’ingérence de l’employeur dans les activités syndicales.

Un argument qui a retenu mon attention au cours de ces négociations concerne la clause dite « me-too » du secteur public. Année après année, on nous explique que toute augmentation salariale négociée pour les infirmières risque d’entraîner des hausses similaires chez plusieurs autres syndicats du secteur public, rendant ainsi les négociations beaucoup plus coûteuses pour notre gouvernement, et pour les contribuables.

Cette clause visait à l’origine à garantir que si une unité de négociation du secteur public obtient une hausse de rémunération, les autres unités de négociation bénéficient à leur tour d’ajustements afin que les augmentations nettes de leur rémunération globale soient équivalentes.

Pendant les négociations, cette clause a été présentée comme une limite aux augmentations salariales pouvant être obtenues à la table de négociation. Or, le syndicat a accepté les nouvelles recommandations visant à soumettre la question de la rémunération à un arbitrage exécutoire, une procédure qui, fait à noter, échappe à l’application de la clause « me-too ».

Pendant les négociations, cette clause a été présentée comme une limite aux augmentations salariales pouvant être obtenues à la table de négociation. Or, le syndicat a accepté les nouvelles recommandations visant à soumettre la question de la rémunération à un arbitrage exécutoire, une procédure qui, fait à noter, échappe à l’application de la clause « me-too ».

Le rapport des médiateurs précise que les « augmentations accordées dans le cadre d’un arbitrage exécutoire sur les intérêts » constituent une exception et ne déclencheront pas le même mécanisme « me-too », lequel aurait servi de garde-fou pour éviter qu’un groupe de négociation obtienne davantage qu’un autre.

Y a-t-il vraiment lieu de s’en réjouir? On nous répète sans cesse qu’une augmentation salariale équitable pour les infirmières coûterait trop cher aux contribuables, du seul fait qu’elle pourrait s’étendre à d’autres travailleurs du secteur public. Pourtant, on s’arrête rarement pour se demander où va déjà l’argent public. Si la préoccupation est réellement celle de la capacité de payer, on est en droit de se demander: à qui profitent réellement les projets auxquels notre gouvernement choisit de consacrer l’argent de nos impôts?

Nos employeurs « n’ont pas les moyens de maintenir les effectifs de base », mais ils peuvent se permettre de payer trois fois plus cher pour du personnel d’agence. Ils « n’ont pas les moyens de conserver les avantages sociaux », mais ils tolèrent des postes vacants à n’en plus finir, en raison de la violence quotidienne et des risques en milieu de travail auxquels ils refusent de s’attaquer. 

Par ailleurs, les PDG des autorités sanitaires de la Colombie-Britannique touchent chacun un salaire de base supérieur à 300 000 $. Je trouve pour le moins étonnant qu’on nous répète qu’il n’y a pas assez d’argent pour partager les gains entre les travailleurs du secteur public en Colombie-Britannique. Si nous voulons vraiment parler de capacité de payer, pourquoi ne remet-on en question que le salaire des personnes qui fournissent les soins?

Une chose que cette grève a mise en lumière, c’est que les infirmières et infirmiers doivent régulièrement combler les lacunes lorsque l’employeur ne maintient pas les effectifs de base dans d’autres fonctions essentielles de soutien. En refusant d’assumer cette charge de travail supplémentaire, notre mouvement de grève montre concrètement que les patients ne reçoivent pas de soins en temps opportun sans le personnel d’entretien ménager, les préposés au transport, les commis d’unité, les préposés à l’approvisionnement, le personnel de laboratoire, les thérapeutes et les préposés aux bénéficiaires.

Si l’on nous dit que ces hausses salariales significatives sont hors de portée parce qu’elles profiteraient également au personnel de soutien hospitalier, aux ambulanciers paramédicaux, aux travailleurs sociaux, aux enseignants et à d’autres employés du secteur public, je vois là un système qui force les travailleurs à se faire concurrence pour obtenir leur juste part.

La grève est peut-être terminée, mais nos hôpitaux, eux, restent engorgés. Des patients attendent plus de 20 heures dans les salles d’attente, les admissions traînent, et les gens n’obtiennent pas les soins auxquels ils ont droit, quand ils en ont besoin. On peut choisir de reconnaître que les tiennent grâce à la solidarité de tous les travailleurs — ou continuer d’accepter un système de santé qui n’arrive plus à répondre aux besoins de la population.

Joignez-vous à la discussion!