Le gouvernement français a déployé l’armée pour encadrer les manifestations qui auront lieu plus tard aujourd’hui. En même temps, celui-ci monte une campagne de manipulation médiatique pour faire croire qu’un ennemi intérieur, affilié à un parti social-démocrate, coordonne les manifestations qui embrasent la France. Ces deux éléments rappellent certaines méthodes utilisées par les régimes fascistes de l’Europe des années 30.
En entrevue avec L’Étoile du Nord, Léa La Salle, une québécoise en session d’étude à Bordeaux, résume bien l’ambiance politique française: « Ça fait peur. » Elle a l’impression que le pays sombre sous l’autoritarisme et le militarisme.
L’armée dans les rues
Pour celle-ci, ce fut un choc de réaliser qu’il y a, en France, des soldats armés dans les rues. Cela fait même partie du quotidien. « Il y a des groupes de militaires qui défilent en groupe d’une petite dizaine, en habit militaire avec leur petit béret et avec des mitraillettes, qui font des inspections », décrit-elle. Ces patrouilles nommées « Vigipirate » sont présentes dans les villes françaises sous prétexte de lutter contre le terrorisme.
Elle ajoute que les CRS, les policiers anti-émeute français, sont omniprésents dans la ville. « Je sais pas si t’as vu comment les CRS sont habillés, mais ça fait très stormtrooper », indique Léa. Ceux-ci ont été positionnés dans la ville pour contrôler les foules de promeneurs toute la semaine.
En plus de 70 000 policiers de l’État, des militaires ont été déployés par le Ministère de l’intérieur en vue des manifestations du 24 octobre. Celles-ci ont été appelées par les lycéens en lutte, mais aussi par le mouvement syndical et les Gilets jaunes, un mouvement contre la vie chère qui a émergé en 2018.
Couvre-feux et interdictions de manifester
Des couvre-feux ont été décrétés dans au moins une dizaine de villes françaises durant la semaine. Leurs particularités varient selon les endroits. À Bordeaux par exemple, seuls les mineurs devaient respecter le couvre-feu. À Paris, il se limitait à certaines zones, mais s’appliquait aux majeurs aussi.
Les manifestations, quant à elles, ont été pour la plupart interdites depuis le 17 octobre. Formellement, le gouvernement français et les mairies se sont montrés ouverts à négocier les parcours de manifestation pour les rendre légales. En pratique, ces négociations ne semblent pas avoir mené à des résultats. Les syndicats organisant la manifestation de Paris ont annoncé hier qu’ils manifesteront illégalement.
Créer un ennemi intérieur
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu a fait allusion, le soir du 17 octobre, à une « nébuleuse d’extrême gauche dans laquelle [le parti] La France Insoumise occupe une place importante. » Lecornu et le reste du gouvernement accusent cette « nébuleuse » de planifier des actes de violence.
Selon le média français Médiapart, le service de renseignement français aurait lui aussi participé à la fabrication de cette narrative, malgré que ses agents sur le terrain nient la véracité de cette propagande. Dans une note centrale, la Direction nationale du renseignement territorial affirmait que l’« ultragauche » comptait « 5 000 militants en France, en mesure de structurer et d’entraîner des actions offensives visant les symboles de l’État, du capitalisme, du complexe militaro-industriel »
Lecornu et le renseignement auraient aussi affirmé à la fin septembre que l’extrême-gauche est derrière les milliers de blocages étudiants qui paralysent l’éducation française. Un commissaire du renseignement territorial affirme quant à lui qu’on lui a demandé d’inventer que le parti La France Insoumise (LFI) était derrière le mouvement social qui secoue la France.

Interdire ses opposants politiques
LFI est un parti parlementaire social-démocrate qui possède 12% des sièges à l’Assemblée nationale. Dans une entrevue accordée au journal Le Figaro, le président du Sénat Gérard Larcher a ouvert la porte à une dissolution, par le gouvernement, de ce parti.
« LFI est un parti politique qui concourt à l’expression de la nation. Je l’entends. Mais il tient une grande part de responsabilité dans le discours de haine » avait-il argumenté. Des membres du parti Les Républicains ont aussi partagé l’idée de dissoudre le parti.
Le Code de la sécurité intérieure de France permet effectivement au gouvernement de dissoudre une association politique, même si celle-ci est un parti politique. Dans les dernières années, l’État français a par exemple dissous le Collectif Palestine vaincra, l’organisation écologiste Les Soulèvements de la terre, le groupe antifasciste la Jeune garde ou encore l’association dite complotiste Killuminateam.


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