, Mouvement des lycéens en France

Une inspiration pour le mouvement étudiant québécois

Dans le dernier mois, un véritable mouvement social s’est embrasé en France. Plus d’un millier de lycées ont été bloqués par des contingents d’étudiants manifestant entre autres contre le manque de personnel, l’état pitoyable des bâtiments et la surpopulation dans les classes.

Les premières mobilisations dans les lycées ont eu lieu à la fin août et au début septembre, dans des territoires français d’outre-mer. Au lycée de la Cité du Nord, à Mayotte, des parents d’élèves, des étudiants et des employés de l’établissement s’étaient mobilisés contre les conditions déplorables de leur école. Au lycée Félix Eboué, en Guyane, les étudiants dénonçaient l’insalubrité, les prix élevés de la cantine et un manque de personnel. 

Le mouvement s’est élargi peu de temps après dans les banlieues françaises métropolitaines, souvent qualifiées de ghettos modernes. Le taux de chômage y est deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Au lycée Saint-Exupéry de Créteil, en banlieue de Paris, des enseignants manifestant pour leurs conditions de travail sont alors rejoints par des étudiants frustrés par le manque criant de ressources allouées à leur établissement. 

Après une expansion fulgurante dans plusieurs lycées de France, des centrales syndicales, comme la CGT et l’USS, ont appelé les travailleurs de différents milieux à se joindre au mouvement. Entre autres, des pompiers, du personnel hospitalier et des travailleurs agricoles ont participé aux manifestations. Le mouvement a désormais rejoint d’autres pays d’Europe comme la Belgique, l’Italie et l’Allemagne. 

Un écho positif au Québec

Les revendications des lycéens français ont fait écho jusqu’au , où les élèves de l’école secondaire Jean-Jacques Rousseau, sur la rive-sud de , ont tenté d’organiser un blocage. Leurs revendications rappellaient en partie celles de leurs homologues français. Une affiche circulant sur les réseaux sociaux revendique notamment de « refaire le système d’ au complet ».

Des parallèles sont aussi à faire du côté des Cégeps. En effet, ce sont près d’une dizaine de collèges qui étaient en le 1er mai dernier. Les étudiants dénonçaient alors le délabrement des bâtiments et le manque de personnel. De même, la Coalition de résistance pour l’unité étudiante syndicale (CRUES) appelle actuellement les associations étudiantes à mener une grève du 9 au 13 novembre prochain pour dénoncer l’. 

Pour des organisateurs étudiants du Cégep Saint-Laurent interrogés par L’Étoile du Nord, le mouvement des lycéens français est une source d’inspiration et d’admiration: « D’un point de vue militant, c’est absolument génial ce qui se passe là-bas », affirme Marc*, membre de l’Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent (AECSL). 

« Le mouvement étudiant au Québec, c’est surtout quelque chose qui se passe entre les étudiants. Souvent, ça n’a pas l’ampleur que ça devrait avoir et le grand public n’est pas mobilisé. Je trouve donc que cet aspect-là, que toute la société civile en France ait décidée de se lier à ce mouvement-là, c’est assez percutant »

Les mobilisations étudiantes de 2012 au Québec contre les hausses de frais de scolarité se sont éventuellement étendues à toute la société civile.

Selon Marc, qui a participé à organiser la grève du premier mai dernier, les conditions qui ont menées au mouvement des lycéens en France existent bel et bien ici: « Tout ça, ce n’est pas parti de nulle part; regarde n’importe quelle école publique à Montréal-Nord, Montréal-Est, [ce sont] des classes de 35 élèves, des murs ouverts, de l’amiante. » 

En mars 2026, 61% des écoles secondaires publiques du Québec étaient décrites comme « en état de vétusté avancé » dans le Plan annuel de gestion des investissements publics en infrastructures.

Un contexte politique différent

Selon Nour El-Hage, également organisateur à l’AECSL, le contexte politique français permet à ce genre de mouvements sociaux de se généraliser. Il cite l’histoire de révoltes en France et croit que le rôle que joue La France insoumise (LFI) auprès des mouvements sociaux en France contraste avec celui de Québec solidaire (QS), qui se réclame seul parti de gauche de la province.

« Les députés de LFI, quand ils descendent sur des blocus, quand ils se rendent dans des manifs, les jeunes de cité qui n’en avaient rien à battre des politiciens […] les acclament, les protègent. […] Ça crie leur nom », explique-t-il. 

« Mais QS ne se positionne pas de la même manière que LFI. [QS dit] qu’il faut travailler avec la machine politique, que c’est elle qui nous donne les moyens. » À l’inverse, El-Hage croit que LFI met ses ressources au service des mobilisations: « [Ils sont] là pour appuyer les luttes, […] pour se faire façonner et utiliser par les luttes. »

Selon un sondage Elabe pour BFMTV, publié le 7 octobre, 55 % des Français approuvent le mouvement, tandis que 72 % jugent les revendications des lycéens légitimes.

Quelles perspectives pour les étudiants québécois?

Marc estime que la construction de ce genre de mouvement au Québec doit d’abord passer par un travail d’organisation terrain à long-terme:

« Si on veut que ce soit quelque chose qui se transmette ici, il va peut-être falloir un petit peu plus de travail de connexion, et probablement un bon travail de réseautage » Il précise qu’il faudra « aller parler aux gens, que ce soit du tractage, de l’enquête, de la mobilisation par les réseaux sociaux. »

La prochaine grande vague de mobilisations étudiantes en France est prévue pour le 17 octobre. Des organisations étudiantes de Montréal organisent pour leur part une manifestation d’appui à la même date, qui se tiendra à 15h au Square Phillips. 

*Un pseudonyme a été utilisé à la demande de l’interviewé

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