Logement et itinérance

Comment se porte Montréal après un an d’Ensemble Montréal ? (1/3)

Un an après l’élection de Soraya Martinez Ferrada et de son parti , la ville se porte-t-elle mieux ? L’état de décrépitude des routes, les débuts de bidonvilles et les consultations bidons laissent croire le contraire. L’Étoile du Nord s’est entretenue avec un groupe citoyen pour avoir son avis sur la question. Ce premier article d’une série de trois aborde les enjeux d’ et de logement. 

La Ligue 33 est un organisme citoyen qui œuvre depuis 5 ans dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, à . Ils se sont fait connaître pour avoir fait pression contre la collecte bimensuelle des ordures que Projet Montréal, l’ancien parti dirigeant, avait infligée à leur milieu de vie. 

Selon Jonathan Haiun, responsable des activités politiques du groupe, « [La Ligue 33] met de la pression sur certains enjeux qui préoccupent les citoyens. C’est basé sur les discussions qu’on a avec eux durant des activités communautaires, comme des barbecues. On fait aussi du porte-à-porte à travers l’arrondissement. »

Depuis le 13 novembre 2025, c’est à une administration municipale dirigée par le parti Ensemble Montréal que l’organisation fait face. Son constat global : un climat généralement meilleur, mais aucun grand changement dans la gestion de la ville.

La Ligue 33 tient mensuellement des événements de type « Bières et politique » pour recueillir l’avis des citoyens.

Y a-t-il un plan pour l’itinérance ?

L’itinérance est, depuis la crise du COVID, un enjeu central des questions municipales. Carolyne Chagnon, qui est secrétaire de la Ligue 33, croit que la situation ne s’est pas améliorée avec le changement d’administration, au contraire. Pour preuve : les campements pour sans-abri deviennent de plus en plus permanents. 

« Je peux pas croire que Montréal va avoir des bidonvilles. Je peux pas croire ça. C’est la misère humaine. » De plus en plus de campements de la ville compte ainsi des installations en bois, comportant parfois plusieurs pièces. Elle raconte même avoir rencontré, à Hochelaga, un homme qui se construit un abri de fortune en briques.

Dans la dernière année, Carolyne et d’autres membres de son groupe ont fait plusieurs sorties pour discuter avec les personnes présentes dans les campements et autour des refuges. Ces conversations lui ont permis de porter un jugement plus éclairé sur le Protocole de gestion des campements, un document produit par la nouvelle administration pour favoriser la cohabitation entre résidents et itinérants. 

Le verdict: il ne sert pratiquement à rien. « Le Protocole est très flou. Quand tu le lis et que tu l’analyses, il n’y a pas d’encadrement, il n’y a rien. » 

Ce manque de clarté marquerait l’ensemble de la stratégie d’Ensemble Montréal pour la lutte à l’itinérance. Selon Jonathan, « il n’y a pas vraiment de solution mise de l’avant ». Le seul changement notable pour l’instant serait l’augmentation des sommes accordées aux ressources en itinérance.

Carolyne est critique de cette approche. « C’est bien beau qu’ils vont nous répéter dix fois qu’on met de l’argent, qu’on met de l’argent, qu’on met de l’argent… Ça ne veut pas dire que les solutions vont être là au bout du chemin. » 

Les deux membres de la Ligue se demandent si l’administration Martinez Ferrada a l’intention de proposer un changement de cap sur le sujet. « Est-ce qu’ils comptent vraiment agir et changer les choses ou est-ce qu’on va juste se faire demander d’attendre pour toujours pendant que ces problèmes vont se pérenniser ? », demande Jonathan.

Des logements transitoires

Durant la campagne électorale, Ensemble Montréal avait promis de développer « au moins 2 000 logements de transition et permanents avec accompagnement psychosocial dans un premier mandat », dans le but spécifique de sortir des gens de la rue. Pour l’instant, L’Étoile du Nord n’a pu recenser que 45 logements qui seront rénovés par la ville et qui visent des gens qui seraient, autrement, à la rue. 

L’administration municipale a cependant accordé la permission à des organismes à but non lucratif de construire de pareils logements sur des terrains vacants lui appartenant. Carolyne pense que le parti attend peut-être du financement promis par le gouvernement provincial, récemment élu, avant d’annoncer d’autres projets.

La mairesse avait ouvert la porte, dès les premières semaines de son mandat, à faire un partenariat avec des magnats de l’immobilier pour y développer des logements de transition. En octobre, les compagnies Mach, Devimco et Cogir ont annoncé qu’elles souhaitaient construire une tour de 20 étages pour y loger des sans-abri. Si le projet aboutissait dans les temps, cela compterait pour un peu moins du quart des logements promis pour la durée du mandat d’Ensemble Montréal.

La mairesse du logement

Soraya Martinez Ferrada s’était engagée à être « la mairesse du logement » durant la campagne électorale. Celle-ci connaît bien le sujet, en fait, puisqu’elle loue des logements, parfois en contournant les lois québécoises. 

L’angle principal de ses promesses électorales était de faciliter la de logements par des compagnies privées, incluant celles à but non lucratif. « J’ai l’impression qu’Ensemble Montréal, leur préoccupation, c’est de construire au plus vite en mettant moins de normes », explique Carolyne. Celle-ci ne voit pas d’un mauvais œil une augmentation de l’offre sur le marché, sans savoir si cela aura réellement un résultat positif.

En ce qui a trait aux conditions des logements déjà existants sur l’île, les citoyens ne semblent pas voir de changement sous le règne d’Ensemble Montréal. Avec la Ligue 33, Jonathan accompagne deux comités de résidents de Mercier-Ouest qui demandent une meilleure qualité de vie. 

« J’ai rencontré Chantal Gagnon [la mairesse d’arrondissement] avec un comité de . Elle était là vraiment en mode écoute. […] On est partis de là un peu déçus, parce que les locataires avec qui j’étais pensaient vraiment qu’elle allait venir les sauver. Ce n’était pas le cas. » 

Avec un autre comité de citoyens, celui de la Cité des âges, il attend des nouvelles d’une conseillère de l’arrondissement, elle aussi élue sous la bannière d’Ensemble Montréal. Les membres du comité « sont optimistes par rapport à ce que la ville peut faire pour eux ». La conseillère a effectivement promis d’aider les locataires. Pourtant, Alba Zúñiga Ramos ne répond pas aux courriels que lui envoie Jonathan. 

Jonathan Haiun (à gauche) prenant la parole lors d’une conférence de presse dénonçant la gestion de la Cité des âges, un complexe d’appartements de l’est de Montréal.

Ce dernier est aussi membre du groupe Offensive populaire, qui coalise différentes luttes à Montréal. Dans l’arrondissement de Saint-Laurent, où tous les conseillers sont du parti Ensemble Montréal, l’organisation se fait actuellement poursuivre par de grands propriétaires du coin. Là aussi, l’aide des élus ne se fait pas sentir.

Le maire d’arrondissement de Saint-Laurent, Alan DeSousa, a été interpellé à plusieurs reprises par des locataires de l’endroit, mais celui-ci n’a jamais pris de mesures pour les aider à faire respecter leurs droits bafoués. 

Celui-ci les a plutôt systématiquement redirigés vers le Tribunal administratif du logement, ou parfois vers le Comité logement Saint-Laurent. DeSousa et son équipe ont pourtant retranché 31 933 $ au financement de ce comité, au début de l’année 2026.

Bref, Ensemble Montréal pourrait réussir à faire augmenter le nombre de logements à Montréal, notamment grâce à des développeurs privés. Il est cependant inquiétant que, pour l’instant, les seules constructions concrètes pour sans-abri soient des cabanes de fortune. De même, les nouveaux appartements pourraient bien ne pas profiter à leurs futurs locataires si les gens au pouvoir ne travaillent pas à faire respecter les droits de ces derniers vis-à-vis des propriétaires.

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