Licenciements chez Dexterra

Avant la FIFA, des nettoyeurs du SkyTrain dénoncent leurs conditions

Des travailleurs syndiqués chargés du nettoyage du SkyTrain de Metro dénoncent des mises à pied, du vol de salaire et des conditions dangereuses imposées par Dexterra, une multinationale milliardaire engagée par TransLink pour entretenir les trains et les stations.

Depuis que Dexterra a repris le contrat d’entretien du SkyTrain en février, les travailleurs disent que la situation s’est rapidement détériorée. Certains membres du Service Employees Union Local 2 estiment que la charge de travail a augmenté jusqu’à 50 %, après le congédiement de plus de 25 employés depuis la reprise du contrat.

À quelques mois de l’arrivée de 350 000 visiteurs supplémentaires à Vancouver, une des villes hôtes de la FIFA World Cup, les travailleurs évoquent des salaires versés en retard, un refus de fournir des produits chimiques adéquats et de l’équipement de protection, entre autres problèmes.

L’Étoile du Nord s’est entretenu avec l’agente d’affaires du syndicat, Dallis Van Steinberg, qui représente les travailleurs de l’entretien du SkyTrain.

« Les travailleurs utilisent des machines à pression pour nettoyer des excréments, de l’urine, du matériel de drogue, du sang, n’importe quoi de dégueulasse. Ils demandent de l’équipement de protection, comme des lunettes ou du matériel pour se couvrir le corps », dit-elle. « On leur a refusé, et on leur a dit qu’ils perdraient leur job s’ils en reparlaient. »

Face à ces situations, le syndicat a déposé des griefs auprès de TransLink et lancé une campagne publique contre Dexterra.

« Ce qu’on voit, et ça ressort dans nos griefs, c’est de l’intimidation, du , et des mesures de sécurité carrément horribles. »

Parmi les cas signalés, des travailleurs doivent nettoyer les lignes jaunes de sécurité au bord des quais pendant que les trains circulent.

Même si l’entreprise affirme que ce travail ne se fait ni seul ni pendant le passage des trains, le syndicat affirme avoir constaté le contraire.

« Sur les quarts de nuit, on a vu du monde nettoyer la ligne jaune pendant que le train roule, ce qui peut les tuer. En plus, ils le font seuls. S’ils tombent sur la voie ou s’il arrive quelque chose, il n’y a personne après l’arrêt du train. Et même là, c’est désert. Personne ne va trouver un travailleur blessé avant qu’il soit trop tard. »

Un membre du syndicat, Sanchit, croit que Dexterra retarde les paiements et coupe des postes pour économiser après avoir soumis une offre beaucoup plus basse que ses concurrents, dont l’ancien employeur Bee-Clean. Pour lui, ces retards ont eu des conséquences directes.

« Sur notre premier chèque de paie, ils ne m’ont pas payé à temps. Et d’autres m’ont dit qu’ils n’avaient pas été payés pendant un mois… Il y a un système d’appel d’offres pour obtenir le contrat. Ils ont soumissionné très bas. Et moi, je pense qu’ils n’ont pas assez d’argent pour payer les travailleurs. »

Dallis partage cette lecture.

« C’était surtout une question d’économiser. Quand l’appel d’offres est sorti, ils ont pris une soumission plus basse. Et c’est ce que Dexterra nous dit aussi en rencontre de griefs: ils ont soumissionné très bas, et c’est pour ça qu’ils coupent dans les travailleurs. »

Un autre travailleur, Andres Andrada Garrigo, 66 ans, a été mis à pied le jour des funérailles de sa mère.

« J’ai perdu ma mère, et j’ai perdu ma job en même temps. Je suis un travailleur immigrant. Je soutiens ma famille ici, et aussi ma famille aux Philippines. Perdre mon revenu dans un moment comme ça nous met dans une situation très difficile. »

Il ajoute: « Dans le moment où j’avais le plus besoin de compassion, on m’a traité comme si j’étais jetable. »

Selon Dallis, des entreprises comme Dexterra profitent de la vulnérabilité des .

« Il y a plein de tactiques honteuses et illégales ici. Mais TransLink refuse de s’asseoir avec nous pour entendre ces témoignages et les preuves qu’on a. »

Le syndicat a lancé une pétition publique pour exiger que TransLink rencontre les travailleurs. Andres dit espérer que cette mobilisation empêchera ces pratiques de devenir la norme.

« Personne ne devrait avoir à vivre un deuil tout en se demandant comment il va survivre… Les travailleurs qui gardent le SkyTrain propre et sécuritaire méritent du respect. On mérite de la stabilité. On mérite d’être traités comme des humains, pas comme des numéros. »

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