Une manifestation sans le patronat

Un jour du deuil indépendant et ouvrier pour une 2e année de suite en C-B

Des travailleurs se sont rassemblés au centre-ville de pour la deuxième édition annuelle d’un rassemblement indépendant de la Journée de deuil, scandant notamment « Tue un travailleur, va en prison » et « Quand les patrons perdent, ils sont dans le rouge, quand les travailleurs perdent, ils finissent morts ».

Le rassemblement du 27 avril, organisé par l’East Van Workers Assembly (EVWA), vise à dénoncer les décès au travail causés par des manquements à la sécurité et par le refus des employeurs d’appliquer des sécuritaires. Lorsqu’un travailleur est blessé ou tué au travail, les employeurs écopent rarement de plus que des amendes.

L’Étoile du Nord s’est entretenu avec Dustin Saunders, président local de la Teamsters Canada Rail Conference (division 945), au parc Thornton, où des organisations et des syndicats ont pris la parole avant le départ de la marche.

Il s’agit de la deuxième fois que l’EVWA organise un événement de la Journée de deuil en opposition à celui tenu par la province. Saunders a expliqué l’importance de cette indépendance.

« Les patrons et le gouvernement prennent pas la sécurité des travailleurs au sérieux. Ils sont seulement prêts à aller jusqu’au point où ça reste rentable. Et pour les travailleurs, y’a pas mal plus en jeu que des profits et des pertes. »

Daniel, membre de l’EVWA ayant pris la parole, a repris cette idée :

« Il faut bâtir le pouvoir des travailleurs, et il faut bâtir la dans les milieux de travail. Il faut se construire notre propre rapport de force pour affronter les employeurs, parce qu’eux, ils ne vont pas améliorer nos conditions pour nous. Et des institutions comme WorkSafeBC [équivalent de la CNESST], elles aident pas du tout. »

Plusieurs discours ont insisté sur la nécessité de s’organiser sur les lieux de travail et de développer ce rapport de force. Daniel l’a aussi souligné :

« J’espère que le monde va réaliser que les problèmes qu’ils vivent au travail sont pas isolés. Ils sont pas les seuls à vivre ça. »

Avant d’ajouter : « On peut se regrouper comme classe ouvrière pour riposter aux employeurs. On peut travailler ensemble pour empêcher ces situations horribles et pour bâtir un nouveau système économique qui fonctionne pour tout le monde, qui exploite pas le travail de la majorité et qui ne les blesse pas, qui ne les tue pas. »

Doug Kellum, du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (section locale 846), a parlé du prix payé par les travailleurs pour maintenir les profits, comparant le système à une machine mortelle. Son intervention portait sur la mort d’un ami du secondaire dans un accident de travail à l’usine Canfor de Vanderhoof, en Colombie-Britannique.

« Neil avait 18 ans. Il travaillait de nuit à nettoyer et entretenir les machines. La nuit où il est mort, un bout de sa chemise s’est pris dans une machine. La machine l’a happé pis l’a étranglé. »

« Personne a été puni ni tenu responsable pour sa mort, à part une amende pour manque de mesures de sécurité […] La machine aurait dû être arrêtée, mais ça rallongeait le processus et ça ralentissait la production. Donc la pression était toujours là pour la garder en marche. Et la machine a mangé mon ami. C’est ça que fait le capitalisme, c’est une machine qui mange du monde. Elle les consomme, que ce soit leur travail ou leur vie. »

Pour clore le rassemblement, la foule s’est rendue au parc CRAB, où Ismail Askin, membre de l’EVWA, a dénoncé le recours aux amendes comme principale sanction, rappelant que plus de 1 000 travailleurs meurent au travail chaque année depuis 2023.

« Une amende, c’est un montant en dollars qu’on colle sur la vie d’un travailleur », traité comme « une dépense d’entreprise », a lancé Askin, en dénonçant un système qui met un prix sur les morts au travail. Pour une même négligence criminelle, a-t-il ajouté, un travailleur peut se ramasser en prison à vie, alors qu’un boss « peut juste le passer en dépenses ». « Parce que le système est truqué ! »

(Des représentants des syndicats suivants ont pris la parole : Teamsters Rail Conference, division 945 ; Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, section locale 846 ; Ambulance Paramedics of BC, CUPE section locale 873 ; Hospital Employees Union, Coast Mental Health Vancouver Recovery Club.)

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