Le salaire de la directrice de l’OMHS, qui gère les HLM de Sherbrooke, a plus que doublé en quatre ans. C’est quatre fois le revenu médian d’un travailleur de la région, et plus de six fois le salaire maximum qui donne accès aux logements sociaux de l’organisme. Pendant ce temps, un logement sur cinq du réseau est dans un état de délabrement avancé, et les locataires, comme la communauté qui les finance, n’ont quasiment pas leur mot à dire.
En effet, Marie-Claude Bégin, directrice générale de l’Office municipal d’habitation de Sherbrooke (OMHS), gagnait 98 000$ par année en 2020. Elle en gagne maintenant 214 000$. Bien des syndicalistes rêveraient d’obtenir une hausse aussi faramineuse: 118% en quatre ans, révélée par La Tribune.
Si on en croit l’échelle salariale de la Société d’habitation du Québec (SHQ), qui supervise les offices d’habitation, Bégin devrait se trouver plus de 80 000$ au-dessus du maximum autorisé pour son poste. La SHQ est au courant du dépassement et le juge acceptable. Pourquoi? Parce que Bégin aurait aussi assumé, par intérim, la direction des services à la clientèle. Il paraît toutefois peu probable qu’elle ait travaillé 70 à 80 heures par semaine pour accomplir l’ensemble des tâches normalement attitré aux deux postes.
Bégin aurait occupé les deux fonctions pendant près d’un an. Le poste de direction des services à la clientèle a finalement été pourvu en septembre 2024, mais temporairement: le poste est de nouveau vacant.
Pourtant, l’OMHS aurait bien besoin de cet argent ailleurs. En avril, La Tribune révélait qu’un HLM sur cinq à Sherbrooke est dans un état de dégradation avancé, soit 228 logements répartis dans 21 immeubles. Le déficit de maintien des actifs de l’OMHS est passé de 6,6 millions $ en 2023 à 24,5 millions $ en 2025, une hausse d’environ 370%. Sans compter la liste d’attente pour un logement, qui s’allonge maintenant à 1 400 ménages.

Pour obtenir un logement à loyer modique auprès de l’OMHS, le revenu d’un couple ou d’une personne seule ne peut dépasser 35 500 $ par an, soit six fois moins que la directrice de l’organisme. Un travailleur médian de la région gagne 57 000 $ par année avant impôt, soit presque quatre fois moins que Bégin.
Le conseil d’administration de l’OMHS, qui doit superviser le budget et le travail de sa directrice, est composé de sept personnes: trois nommées par la Ville, deux par le ministre de l’Habitation, choisies parmi des « groupes socio-économiques représentatifs du territoire » (un critère flou qui laisse toute la latitude au ministre), et seulement deux locataires élus par leurs pairs. Aucun siège n’est réservé à un représentant élu des communautés locales. Les locataires et la population qui financent l’organisme y sont donc minoritaires, avec moins de 30% des voix.
La présidente du CA, Laure Letarte-Lavoie, nommée par le conseil de ville, a refusé de commenter le dossier salarial, tout comme Marie-Claude Bégin. Le CA n’a fixé aucun échéancier pour se pencher sur la question.


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