, , Plus de 300 millions d’argent public

Québec et Montréal financent les dérives de GardaWorld

Des centres de détention de migrants aux à l’abandon de travailleurs afghans après le retour des talibans au pouvoir, GardaWorld multiplie les scandales depuis quelques années tant au Canada qu’à l’étranger. La multinationale montréalaise s’est hissée au sommet mondial de la sécurité privée à coups d’investissements gouvernementaux douteux et de combines, au service des intérêts occidentaux partout où les élites ont besoin de protection ou d’un bras armé.

Une expansion mondiale subventionnée

Fondée en 1995 à , GardaWorld est rapidement devenue la plus grande compagnie de sécurité détenue par des intérêts privés. Elle compte plus de 130 000 employés dans 45 pays et a offert ses services de sécurité dans des zones de conflit en Afghanistan, en Irak, au Yémen, en Libye et en Somalie, parmi plusieurs autres.

Une grande partie de cette vaste expansion internationale a été facilitée par un investissement de 300 millions de dollars du gouvernement québécois en 2022. L’investissement d’argent public, réalisé sous forme d’actions privilégiées, est arrivé alors que la multinationale multipliait les acquisitions à travers le monde. 

Une demande d’accès à l’information de L’Étoile du Nord révèle que près d’une centaine de contrats ont été accordés à GardaWorld depuis 2020 par la ville de Montréal, totalisant 1,6M$.

Ces ententes incluent la location à GardaWorld des emblématiques cônes orange au coût d’un dollar par jour, ainsi que la sécurité dans plusieurs installations municipales, dont les bibliothèques et les mairies d’arrondissement. 

Une entreprise qui tire profit de la sous-traitance et des briseurs de grève

Ce type de sous-traitance est un enjeu central dans le conflit social qui oppose la Ville de Montréal à ses ouvriers depuis la fin de l’année 2024. Le recours à ces agents entraîne, selon des cols bleus de Montréal interrogés par L’Étoile du Nord, un fort roulement de personnel, une connaissance limitée des sites et une perte d’expertise comparativement aux employés municipaux.

Le mois dernier, le Conseil canadien des relations industrielles a réprimandé la Banque du Canada pour avoir fait appel à des employés de GardaWorld afin de remplacer le personnel de sécurité en grève. GardaWorld propose également une gamme de services de sécurité physique aux entreprises dont les salariés sont en grève. Ces services comprennent notamment la gestion de l’accès aux lieux de travail bloqués par des piquets de grève et le « contrôle des foules ».

Des syndicats ont critiqué l’entreprise pour avoir fait pression contre les lois anti-briseurs de grève et pour avoir embauché des travailleurs de remplacement lorsque ses propres salariés se sont mis en grève.

Les forces anti-émeutes du SPVM répriment des manifestants devant le siège social de GardaWorld, à Montréal. 13 février 2026. Photo de William Wilson.

GardaWorld à l’échelle internationale

En 2025, GardaWorld Federal Services, la filiale américaine de la multinationale montréalaise, a obtenu un contrat évalué à plusieurs millions de dollars américains pour fournir du personnel de sécurité au South Florida Detention Facility, le centre de détention de migrants aussi connu par le surnom « Alligator Alcatraz ». Le centre, qui jouait un rôle important dans la politique migratoire du gouvernement Trump, a été vivement critiqué pour ses conditions de détention exécrables: manque de adéquats, accès refusé à des avocats, insalubrité et violence.

Le 13 février, quelques centaines de manifestants se sont rendus devant le siège social de GardaWorld à Montréal pour dénoncer leur partenariat avec ICE. Avant la manifestation, qui a été violemment réprimée par la police de Montréal, un membre de Solidarité sans frontières dénonçait dans un discours le modèle d’affaire de l’entreprise: 

« Quand une entreprise choisit de soutenir ou de collaborer avec des politiques qui alimentent la détention massive, la séparation des familles, la peur, la criminalisation des migrants, ce n’est pas neutre, ce n’est jamais neutre. »

À l’autre bout du monde, GardaWorld assurait depuis quelques années la sécurité de l’ambassade britannique à Kaboul en Afghanistan jusqu’à la prise du pouvoir par les talibans en 2021. 183 employés assurant la sécurité de l’ambassade ont alors été laissés sans nouvelles et sans salaire par la compagnie. Plusieurs de ces employés ont été victimes de violence de la part des talibans tandis qu’ils étaient ignorés par leur ex-employeur. 

« GardaWorld avait à nous soutenir et [à nous aider à être rapatriés], mais non, Garda était juste ici pour faire de l’argent », a dit un des ex-employés au Journal de Montréal.

Lors d’une entrevue accordée à Radio-Canada, un porte-parole de GardaWorld a refusé de commenter des contrats précis, mais a affirmé que l’entreprise « opère toujours avec respect pour les , la dignité personnelle, la sécurité des employés et une gouvernance rigoureuse ». 

Ces affirmations de GardaWorld contrastent fortement avec les conclusions d’un rapport d’Amnistie internationale sur Alligator Alcatraz:

« Les personnes détenues arbitrairement dans Alligator Alcatraz vivent dans des conditions inhumaines et insalubres, incluant des toilettes qui débordent avec de la matière fécale qui finit par s’infiltrer dans les dortoirs, ainsi qu’un accès limité aux douches et à la lumière tout au long de la journée. » 

Intérieur de l’Alligator Alcatraz, avec le président en arrière-plan

Un outil géopolitique?

Au-delà des controverses médiatisées de GardaWorld, l’entreprise canadienne occupe une place grandissante dans l’appareil de sécurité des puissances occidentales. Les dossiers qu’elle prend en charge dépassent largement la sécurité dans les centres d’achats et les bâtiments municipaux; GardaWorld agit en compagnie de sécurité privée militarisée active dans plusieurs pays déstabilisés par le Canada, les États-Unis et leurs alliés. 

Cette fonction de chiens de garde pour les impérialistes occidentaux explique en partie l’enthousiasme avec lequel l’État québécois a investi 300 millions de dollars d’argent public dans GardaWorld, ainsi que la ferveur avec laquelle le SPVM a réprimé les quelques centaines de manifestants rassemblés devant son siège social en février. 

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