Sous-traitance, surcharge de travail et salaires qui ne suivent pas le coût de la vie: voilà parmi les enjeux qui ont poussé les cols bleus de la Ville de Montréal à déclencher une deuxième grève cette année.
Les cols bleus de la Ville de Montréal ont dressé leurs lignes de piquetage aux quatre coins de la ville tôt ce matin, au premier jour d’une grève de trois jours. Ils négocient avec l’administration municipale depuis plus d’un an, ce qui avait déjà mené à leur première grève depuis 2009 en février. Les quelque 6 000 travailleurs et travailleuses, représentés par la section locale 301 du SCFP, sont sans convention collective depuis la fin de 2024.
Les cols bleus municipaux assurent un large éventail de tâches, dont la collecte des déchets, l’entretien des réseaux d’eau et d’égouts, la réparation des routes, le déneigement, ainsi que l’entretien des parcs, espaces verts et patinoires de la ville.
Marie*, une syndiquée interviewée L’Étoile du Nord, explique que les négociations avancent « extrêmement lentement ». La Ville a annulé à plusieurs reprises des rencontres et offre une hausse salariale de seulement 11 % sur cinq ans, bien en dessous de l’inflation.
Les cols bleus de Montréal sont moins payés que leurs homologues dans des municipalités voisines comme Laval et Longueuil, malgré le coût de la vie plus élevé dans la métropole.
« C’est sûr qu’il y a eu la COVID, et tout le monde comprenait les enjeux monétaire. Mais là, à un moment donné, il faut qu’on rattrape le coût de la vie, aussi. »

Des fonds publics gaspillés en sous-traitance
Un autre enjeu qui pèse lourdement sur les travailleurs, mais aussi sur les finances de la Ville, est la sous-traitance de tâches historiquement réalisées par des employés municipaux syndiqués. Comme la Ville doit accorder les contrats privés au plus bas soumissionnaire, les coins sont souvent coupés. Au bout du compte, les coûts pour réparer des infrastructures mal faites retombent sur le public et sur les travailleurs municipaux.
Marie se souvient d’un épisode où un entrepreneur privé a été embauché pour remplacer des pavés au Jardin botanique, une tâche que les employés municipaux auraient très bien pu accomplir eux-mêmes.
« Les pavés ont été mal faits, puis là, c’est les employés du jardin qui doivent passer derrière le privé pour refaire cette job-là. C’est lourd la sous-traitance. Ça nous enlève de la job d’un côté, et de l’autre, ça nous en rajoute sur les épaules. »
Plusieurs sites de la Ville ont aussi confié leurs services de sécurité à des firmes privées comme GardaWorld. Le fort roulement de personnel dans la sécurité privée a des effets importants sur la qualité des services rendus.
« Souvent, ils ne savent même pas se rendre jusqu’à nous parce qu’ils ne connaissent pas l’endroit. C’est rendu qu’à cause de la sous-traitance, les employés ne se sentent même plus en sécurité, pis les visiteurs non plus. On n’appelle même plus Garda si on a besoin d’ambulances. On compose le 9-1-1 parce qu’on ne peut pas leur faire confiance: ils ne savent pas où ils sont sur le site. »
La mauvaise qualité des services fournis par les sous-traitants privés a une autre conséquence pour les cols bleus.
« Les cols bleus ont une mauvaise réputation », dit Marie. Elle souhaite que les résidents comprennent « à quel point notre travail est essentiel, mais aussi à quel point notre travail nous tient à cœur. »
« Les gens ont tendance à croire qu’on se rassemble autour d’une pelle et qu’on attend que quelque chose se passe. Depuis que je suis devenu col bleu, ma propre vision des cols bleus a changé. Maintenant, je sais que si ils sont quatre à se tenir autour d’une pelle, c’est parce qu’ils attendent des matériaux que leur contre-maître n’a pas fait livrer au bon moment, ou parce qu’il y a une partie de la job qui va être faite par le privé, et le sous-traitant n’est pas à l’heure. »
Un pseudonyme a été utilisé afin de respecter la demande d’anonymat de la travailleuse.


Joignez-vous à la discussion!
Les commentaires sont réservés aux abonnés. Abonnez-vous à L’Étoile du Nord pour discuter sous nos articles avec nos journalistes et les membres de la communauté. Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.