Dans les tentes au milieu des ruines, les familles de Gaza essaient de survivre pendant que dans les capitales occidentales et du Golfe, on parle déjà de « reconstruction ». Sur la table, des dizaines de milliards de dollars; autour de la table, des États riches, des banques et des fonds d’investissement… mais aucun Gazaoui.
L’ONU, l’Union européenne et la Banque mondiale estiment que la reconstruction de Gaza devrait coûter près de 70 milliards $. Ce n’est pas surprenant: les bombardements israéliens ont rasé la plupart des logements, des écoles, des hôpitaux et des infrastructures.
Évidemment, les médias traditionnels présentent la reconstruction comme un enjeu humanitaire. Mais derrière cette façade, beaucoup y voit le potentiel de profits énormes. Les États-Unis, plusieurs pays européens, le Canada et des monarchies du Golfe ont déjà levé la main pour investir dans cette grande entreprise de redéveloppement.
Un « cessez-le-feu » signé Trump
Ce qui permet toutes ces discussions, c’est le « plan Trump ». Celui-ci a mis en place un cessez-le-feu bancal en octobre, divisant Gaza en deux avec une « ligne jaune ». Cette ligne laisse plus de la moitié du territoire sous contrôle militaire israélien, avec le reste sous le contrôle du Hamas. Mais même avec un accord de fin des combats, des bombardements continuent dans cette zone.
La reconstruction devrait commencer dans la « zone verte » israélienne, gérée par le « Board of Peace », dirigé par Donald Trump. Le plan de reconstruction proposé par les États-Unis n’est pas encore clair, mais Trump avait fait miroiter la possibilité de créer une oasis ultramoderne, destinée au tourisme et contrôlé par les Américains.
Une force internationale devrait prochainement être chargée de désarmer le Hamas. Ensuite, la gestion quotidienne du territoire devrait être remise à un comité technocratique palestinien, sans vrai pouvoir politique et non-élu.
Un sondage du Palestinian Center for Policy and Survey Research, publié fin octobre, montre la dissonance de ce plan avec la population. La majorité des Gazaouis opposeraient toujours le désarment du Hamas et supportent la réaction du groupe armé au plan de Trump.

Plusieurs propositions, la même idée
De son côté, l’Institute for Middle East Understanding dénonce dans un mémo l’absence des institutions palestiniennes de ces discussions. L’institut américain croit que ce plan prépare la partition de Gaza et permettra à quelques grandes puissances économiques (et aux proches de Donald Trump) de récupérer les contrats de reconstruction et les pouvoirs politiques.
L’idée que les Américains prennent le contrôle de Gaza a créé une forte controverse dans le monde arabe. En réponse, l’Égypte a soumis son propre plan, qui a été endossé par la Ligue arabe. Il propose d’aménager des « zones sûres », où les réfugiés pourraient habiter pendant que des grandes entreprises les ruines et reconstruisent les infrastructures.
L’Autorité palestinienne, dirigée par le Fatah, le parti au pouvoir en Cisjordanie, a aussi proposé son plan. Son coût est évalué à 67 milliards $, et il serait financé par les mêmes donateurs que les autres plans (banques, multinationales, pays occidentaux).
Le problème? Le Fatah est déjà contestée en Cisjordanie, et n’est plus au pouvoir à Gaza depuis 2007. Selon le sondage d’octobre, ce n’est que 33% des Palestiniens qui souhaiteraient que l’Autorité palestinienne reprenne la gouvernance de Gaza.
Dans tous les cas, ces plans ont comme point commun qu’ils misent sur les investissements et les profits à générer. Des partenariats public-privé offriraient de vastes occasions d’affaires à des entreprises occidentales et à des monarchies du Golfe, dans la construction d’infrastructures, de complexes touristiques, d’hôtels, de parcs industriels et de logements. Un rapport lié à un groupe d’hommes d’affaires israéliens proches de Donald Trump estime que les profits pourraient dépasser 180 milliards $ sur dix ans.
Et le Canada?
Le gouvernement canadien affirme qu’il « explore un rôle » à jouer dans ce grand marché d’après-guerre. Mais il semble déjà clair qu’il veut sa part du gâteau. Un responsable du Programme des Nations Unies pour le développement a cité le Canada parmi les pays qui aimeraient participer au financement de la reconstruction de Gaza.
Affaires mondiales Canada confirme également la possibilité de s’impliquer en formant les forces de sécurité palestiniennes et en participant à des mécanismes de « stabilisation » et de surveillance de Gaza.
C’est sans compter que la machine de guerre canadienne reste bien huilée. Même si le gouvernement avait dit geler toute exportation d’armes vers l’armée israélienne, un récent rapport confirme que ce n’est pas vrai.Les exportations directes sont bien bloquées, mais une ONG a révélé que des centaines de cargaisons de pièces d’avions de chasse et d’explosifs fabriqués au Canada ont été envoyées aux États-Unis, avant de partir vers Israël. Ces exceptions réglementaires, la « faille américaine » comme l’appelle le rapport, donne des options à l’oligarchie canadienne pour faire du profit, guerre ou pas.
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