L’annonce est tombée hier: Christine Fréchette sera la prochaine première ministre du Québec, après le départ de François Legault en janvier dernier. Elle a remporté la course à la chefferie de la CAQ contre Bernard Drainville, dans lequel 15 833 membres du parti ont voté. À peine 0,1% de la population québécoise aura donc choisi la nouvelle grande patronne de la province.
Fréchette sera assermentée mercredi comme 2e femme première ministre de l’histoire du Québec. Elle hérite d’un parti en chute libre dans les sondages: la CAQ est l’un des gouvernements les plus impopulaires de l’histoire du Québec. Trois partis reçoivent plus d’intentions de vote, et selon des projections d’experts, elle est menacée de perdre tous ses députés.
Qui est la nouvelle patronne du Québec?
Christine Fréchette vient d’un milieu de gestionnaires et de patrons. Elle compte parmi ses amis personels, entre autres, Dominique Anglade, ancienne cheffe du Parti libéral du Québec. Le mari de Fréchette, Guy Nadeau, est lui bien installé dans la finance québécoise: il est vice-président de Desjardins Entreprise Montréal.
Fréchette a fait ses armes dans Forces Jeunesse, qu’elle a contribué à fonder avec son ex-mari, l’ancien député péquiste François Rebello. Force Jeunesse est une association de lobbyisme qui « fait la promotion de la place des jeunes dans les sphères décisionnelles », avec un conseil d’administration rempli de jeunes cherchant à se tailler une place dans la classe dirigeante.
L’organisation a formé plusieurs vagues de politiciens et de patrons québécois, dont Martin Koskinen (proche de François Legault), François Rebello, Jean-François Roberge et plusieurs autres députés de la CAQ.

Mais ce n’est pas le seul endroit où Christine Fréchette a tissé des liens solides. Elle connaît très bien Paul Saint-Pierre-Plamondon, l’actuel chef du PQ. Elle l’a côtoyé pendant plusieurs années après son passage comme cheffe de cabinet de Jean-François Lisée au PQ, entre 2012 et 2014. Elle avait quitté le parti à la suite d’un désaccord profond avec Bernard Drainville, qu’elle appelle maintenant à jouer un rôle important dans son gouvernement.
Fréchette est également une bonne amie de Soraya Martinez Ferrada, devenue mairesse de Montréal après avoir été députée libérale au fédéral. C’est sans compter qu’elle a été présidente de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal de 2016 à 2021, pendant que Charles Milliard était président de la Fédération des chambres de commerce du Québec entre 2020 et 2024.
La nouvelle première ministre a donc beaucoup de connexions dans la petite élite économique, politique et managériale du Québec, surtout à Montréal, et elle connaît très bien ses adversaires politiques. Ça n’aidera certainement pas la population québécoise à s’y retrouver, face à ce méli-mélo politique de personnages qui affirment leur différence, mais qui semblent tous venir du même milieu.
À quoi s’attendre de ses politiques?
Ces derniers jours, Christine Fréchette a été présentée très positivement dans les journaux, en particulier par La Presse, qui lui a consacré un dossier entier où plusieurs de ses amis la louangent. C’est généralement l’accueil réservé aux candidats que l’élite économique propriétaire de ces journaux aime bien, comme ça avait été le cas pour Mark Carney, Justin Trudeau ou Emmanuel Macron en leur temps.
Mais quelles sont ses promesses concrètes? Pour la classe ouvrière, elles semblent assez maigres. Elle promet, entre autres, de détaxer quelques produits et de rembourser quelques taxes pour amadouer le portefeuille des Québécois.
La plupart de ses engagements pointent vers la privatisation, l’éloignement des services de la population ou l’aide aux entreprises: salles d’attente virtuelles pour l’urgence, construction d’écoles publiques dont l’infrastructure serait possédée par le privé, réduction de l’intervention économique de l’État, facilitation du transfert d’entreprises, réouverture de l’exploration du gaz de schiste, etc.
Face à un legs catastrophique, Fréchette devra en faire beaucoup pour regagner l’opinion publique. Ce qui semble improbable, tant qu’elle évitera la rupture que semble réclamer la population du Québec.


Joignez-vous à la discussion!
Les commentaires sont réservés aux abonnés. Abonnez-vous à L’Étoile du Nord pour discuter sous nos articles avec nos journalistes et les membres de la communauté. Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.